I.ES PROCÉDÉS D'ORNEÎMENTATION
d'Aegyptus, à qui son épouse Hypermnestre sauva la vie, taudis que tous ses frères furent tués par les filles de Danaiis (i). La scène représente Hypermnestre couronnée, tendant la main à son mari qu'elle refuse de mettre à mort. Au-dessous, Poihos ailé. Dans le champ sont gravés les noms : ynePMHCTF.'v ArarEvc noeoc. Cologne. Musée Wallraf-Richartz.
5. Cologne. — Verre à boire tronconique. Ë r os ailé. Style ha.Thare du rv« ou du v^ s. (2). Musée Wallraf-Richartz.
6. Hohensulzen, près Worms. — Verre gravé orné d'une scène appar-
■y\ovi]'^')-
FiG. 325. — CoTTPE GR-WÉE, découverte en 1S7S, à Cobem-sur-Moselle. — Musée de Berlin.
tenant au Cycle dionysiaque. Les personnages sont Dionysos tenant un thyrse et une coupe, Héraklès ivre et étendu à terre, Attys, Pan, des Silènes et des Ménades. On interprète ordinairement cette scène comme le triomphe du vin sur la force (3) .
(i) I,e bol de Ljiicée a été publié par Kaiip, Die epigraphischen Anticaglien in Kôln, 1S69, p. 16. 11 est reproduit dans Kis.4, Das Glas im Altertume, fig. 246 et 247.
(2) Anton Kisa, loc cit., p. 665, fig. 249.
(3) Bonner Jahrbiicher, 1870, p. 74, pi. III. Un sujet analogue est représenté sur le vase Sailier, du musée de Saint-Germain (nr siècle) [voy. J. Décheletie, Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine, t. II, p. 310 et pi. IV].
7. Gobelet troiico)ii(]ue du Provinzialniuseum de Bonn. — Aphrodite et Eros (i).
8. Rheiiidorf près Opladen. — Bol 71. Ê'ros au milieu de pampres. Texte latin : MERVEIFA. Vivas. Tvis (2). Bonn. Provinzialmuseum.
g. Fragment de coupe de la collection Pier pont-Morgan | Ancienne collection Gréau]. — Verre verdâtre épais. Combat d' Héraklès et de l'Hydre de Lerne. Style barbare (3).
e. Têtes de personnages disposées en médaillons. — Quelques verres gravés de la basse époque impériale sont ornés de têtes de personnages. Chacune de ces têtes se présente, comme sur les monnaies, au centre d'un encadrement circulaire. Nous signalerons deux spécimens de ce genre de verreries, tous deux trouvés à Cologne.
Le premier est un bol conservé au musée de Bonn (n^ 5.566) (fig. 160) . La tête, gravée de profil dans une double couronne de feuilles, est traitée dans le style de la fin du lys s. ou du début duv^ (fig.322, n03).
Le second appartient à M. Pierpont-Morgan [ancienne collection Julien Gréau]. C'est une coupe en verre verdâtre, de 10 centimètres de diamètre et de 5 centimètres et demi de hauteur. Elle porte quatre médaillons. Au centre de chacun d'eux est un buste imberbe, drapé, tourné vers la gauche. Près du bord du récipient, sont gravés deux étoiles et deux petits temples distyles (4).
f. Sujets chrétiens. — De bonne heure, l'Église manifesta un goût pour le luxe qui n'était guère en harmonie avec ses humbles origines. Dès que le culte chrétien fut ouvertement autorisé par l'Empire (313), ses prêtres adoptèrent les plus riches matières pour le mobilier hturgique : métaux précieux, ivoire et verre.
Alexandrie, par sa situation géographique, par sa position sur la route des pèlerins et des marchands, semble avoir été le centre le plus actif de la fabrication des verres chrétiens.
Les verres chrétiens sont des œuvres de petits artisans, des œuvres populaires remphes de tous les défauts de basse époque : lourdeur,
(i) Anton Kisa, loc. cit., p. 663, fig. 248.
(2) Aus'm'Weerth, Rômische Gldser, dans ks Bunner Jahrbiichci; 1SS2, fasc. 74, p. 63 ; — Anton KiS-i, loc. cit., p. 665, fig. 252.
(3) Froehner, Collection Julien Gréau, n» 1.094, pl- iSS, 11» 2.
(4) Froehner, loc. cit., n" 1.084, pl. 184, n» 4.
LES PROCÉDÉS D'ORNEMENTATION. 243
incorrection du dessin, impuissance à donner aux physionomies des personnages une expression en accord avec le nouvel idéal religieux. Ce sont pourtant des œuvres d'art. Sous ces formes naïves qui trahissent une inexpérience à peu près complète, apparaît quelque chose que l'antiquité ignorait. Il a passé sur ces productions comme un souffle d'universelle espérance. Comme les plafonds peints des catacombes, les verres chrétiens sont le germe vivant d'une fleur nouvelle qui s'épanouira dans les mosaïques byzantines, sur les custodes et les reliquaires du Moyen âge, sur les façades de nos églises romanes.
En puisant leurs expressions plastiques dans le vieil arsenal du paganisme, les peintres, les graveurs, les ciseleurs chrétiens, établirent une transition imprécise, flottante, mais réelle, entre Tesprit antique et l'esprit médiéval.
Essaj-ant d'arracher une nouvelle doctrine à l'amas confus des vieux m>i;hes, incapables de renouveler les formules mais sachant leur donner une âme nouvelle, ils racontent avec une simplicité touchante, ils psalmodient, sur un rythme lourd mais empreint d'un grand caractère, les épisodes les plus populaires de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Les graveurs des coupes que nous allons examiner ne savaient pas dessiner. Ils ont pourtant été des artistes, car ils ont su équihbrer les masses, disposer harmonieusement les lignes, lier intimement le décor d'un objet à sa forme, ne jamais sacrifier les ensembles au profit des détails.
On peut étudier à Paris même un des plus précieux monuments de l'art chrétien primitif . C'est une coupe, forme 70, découverte en 1884, au cimetière d'Homblières, à Abbeville, et achetée en 1887 par le musée du Louvre. Elle faisait partie du mobiher funéraire d'une femme de cinquante à soixante ans, inhumée vers la fin du iv^ s. ou le début du v^. Elle est en verre verdâtre et filandreux. Elle a été gravée sur sa face externe (fig. 326) (i).
(i) I^ coupe d'Homblières a été publié dans la Gazette archéologique de 1884, pi. XXXII, et dans les Mémoires de la Société Académique de Saint-Quentin, 1S86, 4" série, t. VI. On la trouvera aussi décrite dans J. PiLLOV, Etudes sur d'anciens lieux de sépultures dans l'Aistie, oaint-QiK-ntin, 1S86, t. I, p. I79etsuiv. (Dcscriptiou du cimetière d'Homblières. Tombe n» 52).
La gravure représente plusieurs motifs dont le sens s'établit aisément. On voit au centre un grand monogramme du Christ auprès
FiG. 326. — Coupe CHRÉTIEN-N-E GRAVÉE. — Cimetière d'Homblières, à Abbeville (Somme). Fouilles dei8S4. Fin du IV ou début du v' s. — Musée du Louvre. JI.N.C. 919.
duquel brillent six étoiles à huit rayons ; et, sur le pourtour, Daniel entre deux lions, Adam et Eve auprès de l'arbre du bien et du mal
LES PROCÉDÉS D'ORNEISEËNTATION. 245
et du serpent, Daniel et le dragon de Bel, la chaste Suzanne entre •les deux vieillards.
lycs personnages et les animaux sont séparés par des palmiers stylisés formant dix arcades d'égale grandeur. T.e modelé des figures est obtenu au moyen de hachures d'un travail barbare. I/imperfection du dessin ne retire rien du caractère des sentiments qui ont inspiré le graveur. /
La coupe d'Homblières est d'une belle tenue décorative. Peutêtre est-elle la copie de quelque œuvre plus importante, d'une coupe en métal précieux, ou d'une de ces riches tapisseries dans la confection desquelles excellaient les industriels orientaux.
On a découvert en Gaule un certain nombre de verreries gravées qui se rattachent directement à elle par le style et la nature des sujets qui les ornent. Voici les plus connues d'entre elles :
1. Vermand {Aisne). — Fouilles Théophile Eck pour la Société Académique de Saint-Quentin. Coupe trouvée le 3 février 1886, à 80 centimètres de profondeur dans la tombe à inhumation n° 330. Diamètre : ig centimètres. Hauteur: 5 centimètres. Le sujet gravé au burin sur la face externe représente la résurrection de Lazare. Cette scène, qui figure dans l'Evangile de Jean, mais n'est rapportée ni dans Mathieu, ni dans Marc, ni dans Luc, fut néanmoins une des plus familières de l'iconographie chrétienne. On la trouve reproduite à satiété sur les sarcophages, dans les peintures et dans les mosaïques. Autour de la coupe, on lit un souhait de vie et de bonheur: VrvAS. In. Deo. p. Z. Dans le champ, au-dessous du Z, sont gravés le monogramme du Christ et une étoile à huit branches. Fin du iv« siècle. Musée Lécuyer, à Saint-Quentin (i).
2. Vermand {A isne) . — Fragment d'une coupe gravée représentant Daniel dans la fosse aux lions et portant une inscription dont il ne reste que les mots : ViVAS. In.... Cette pièce faisait partie, en 1886, de la collection de M. Hoffmann, antiquaire à Paris (2).
3. Boulogne-sur-Mer {Pas-de-Calais). — Fouilles au cimetière du
(i) Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1886, p. 238, avec figure au trait ; — Th. Eck, Les deux cimetières gallo-romains de Vermand et de Saint-Quentin, 1S91, p. 94 et 173, pi. III, n» i. (2) Th. Eck, loc. cit., p. 172-173.
Vieil-Atre, le 21 octobre 1888. Coupe en verre incolore un peu verdâtre, de 3 à4 millimètres d'épaisseur. Grand diamètre : 0,192 millimètres. Profondeur : 0,053 millimètres. Le sujet gravé représente le sacrifice d'Isaac. Dans le milieu, un autel allumé. A droite, Isaac,
FiG. 327. — Coupe chrétienne gravée. Le sacrifice d'Is.\ac. — Cimetière du \'ieil-Atre, à Boulogiiesur-Mer. Fouilles de 1888. iv s. — ColUction Bdlon. à Saint-Nicolas-lès-Arras (Pas-de-Calais).
nu, debout, les mains liées derrière le dos. A gauche, Abraham tenant le couteau du sacrifice ; près de lui, un béher. Dans le haut, le bras de Dieu sortant d'une nuée. Dans le bas, le monogramme du Christ, un croissant radié, un croissant non radié et des étoiles. Dans le fond de la coupe, des anneaux et des traits gravés. Sur le côté, près d'Isaac, un arbre. En pourtour, l'inscription ViVAS. In. Eterno. Z. (fig. 327). Travail en hachures obliques taillées à la meule. Collection Bellon
LES PROCÉDÉS D'ORXEJIENTATIOK. 247
à Saint-Nicolas-lez-Arras (i). Dans la séiDulture, qui contenait cette coupe, on a trouvé quatre monnaies de bronze de Tacite (mort en 276).
4. Trêves. — Fouilles du chanoine von Wilmowski au cimetière de Pallien en 1873. Coupe de 0,235 millimètres de diamètre. L,e sacrifice d'Isaac. En pourtour, ViVAS. In. Deo. Z. Provinzialmuseum de Trêves (2).
5. Strasbourg. — Fouille du 14 mai 1880. Tombe en maçonnerie no 157. Gobelet en forme de cône tronqué. Hauteur : 12 centimètres. Les sujets gravés représentent la résurrection de Lazare, le sacrifice d'Isaac, Moïse frappant le rocher (3).
6. Bonn. — Fouilles de 1877. Coupe gravée représentant la résurrection de Lazare (4).
7. Coupe du Paulus-Museum de Worms. — Suzanne (5). D'autres verres gravés à sujets chrétiens sont signalés par Froeh-
ner (6) et par Kisa (7).
g. Inscriptions. — Les verres gravés ne portant qu'une simple inscription sont nombreux. Nous nous contenterons de mettre quelques exemples sous les yeux du lecteur :
ToLLiTE. Vi. sur une coupe faisant partie du mobilier de la tombe du chef de Monceau-le-Neuf . Collection Cl. Boulanger, à Péronne (8) .
VrvAS. CvM. Tvis. P. Z. sur un bol forme 73 découvert à Vermand et conservé au musée de Saint-Quentin (décrit plus haut, p. 220, n" 3).
CvRRE PvERVM. sur Une bouteille forme 40. Musée de Mayence, n° 1125 (fig. 104, B.).
SiMPLici. Zeses. sur un verre àpied forme 109. Musée deMayence.
(i) V. J. Vailx.\>."t, \oies boulonnaises. Épigraphie de la Morinie, Boulogne, 1890, p. 210, et planche ; — I,E Blaxt, dans le Bulletin Archéologique, 1890, p. 78 ; — P.«rL ALL.'iRD, dans La Science catholique, 3« année, n" r.
(2) Von Wilmowski, .ircluicologische Fundein Trier und Umgegend, 1873, p. 43 ; et pi. IV. — Aus'm'- W'EERTH, dans les Bonner Jahrbiicher, 1S80, p. 53, pi. VI.
(3) Straub, Le cimetière gallo-romain de Strasbourg, p. 91 et suiv., et pi. II et III.
(4) Botmer Jahrbiicher, I,XIII, pi. 5, 4 a, I,XIV, 128.
(5) AxTOX Kis.A., loc. cit., p. 674.
(6) \V. Frœhner, Collection Julien Gréau, Paris, 1903, n" i 091, pi. 1S6. Fragment de coupe en verre verdâtre. Moïse frappant le rocher et les trois jeunes Hébreu.x dans la Fournaise.
(7) Anton Kisa, loc. cit., p. 670, fig. 259 (la résurrection de I,azare) et p. 674, fig. 265 (Suzanne). (S) Cl. Boul.vxger, Le Mobilier funéraire, pi. 14 et pi. 20.
Félix. Vivas. sur une bouteille forme 41. Musée de Mayence. (Fouille de Kastel) (i) (fig. m, B).
PvER. MiscETVE. D (OTABO) sur une bouteille forme 40. Musée de Mayence.
On remarquera que les verreries, sur lesquelles ces inscriptions sont gravées, sont toutes du Romain II tardif.