INTRODUCTION
La poésie de Mistral a suscité d'innombrables études, mais quels moyens techniques Mistral a- “til su mettre au service de son inspiration, c'est là ce que peu de gens ont songé à se demander. Il est plus aisé de faire quelques couplets sur la vertu du soleil et le chant des cigales que de lire patiemment des vers en cherchant à savoir comment ils sont faits ; il est plus
agréable d'écouter le chant d’une ie que d'en
démonter le mécanisme.
Ce mécanisme pourtant, il ne manque point d'intérêt, tant pour le public que pour les poètes curieux de connaître toutes les ressources de leur, art.
En cet art, Mistral, tout inspiré qu’il fût, a été un ouvrier très habile; à feuilleter ses œuvres on est étonné d'abord de la variété des formes rythmiques qu'elles présentent, de leur nouveauté tout aussi bien, enfin de leur justesse et de leur noble harmonie. De Micèio jusqu'aux dernières chansons contenues dans Lis Oulivado. c'est une diversité constante, qu'on ne peut pas appeler un progrès, puisque la forme de
. Micèio est déjà parfaite, non plus qu’une décadence,
puisque le dernier recueil du poète se clôt par un poème qui restera peut-être comme l’une de ses plus pures inspirations et de ses plus parfaites réussites.
Je veux étudier ici l'art de Mistral, en tant qu'il est individuel, et non pas les points de détail par lesquels la technique provençale diffère de la technique française et qu'on retrouve chez tous les poètes pro- vençaux. J'ai l'occasion d’en parler dès les premiers chapitres, mais c’est pour mieux faire comprendre comment Mistral traite et utilise ces différences.
J'essaie donc de montrer le poète organisant dès le début sa prosodie et sa métrique selon l'exemple de ses meilleurs devanciers, selon la tradition littétaire et populaire de son pays, selon le bon sens et l’'harmonie. Quand il est en possession de son instrument. dès ses débuts il le manie en maître, en créant la strophe… de Mirèio. Par la suite son art trouve d’autres façons de s'exprimer ; je les analyse à mesure qu’elles se présentent.
Une telle étude ne saurait diminuer en rien l’admiration que tous professent à l'endroit d'un des plus grands poètes qu’ait portés le sol dela Gaule romaine ; elle l’augmenterait plutôt. Il n’est pas nécessaire que ie Mistral ait été le laboureur rêvé par Lamartine; sa ve profonde culture n’a point porté tort à la spontanéité de son. inspiration ; l’homme qui a écrit le Teésor du Félibrige est plus qu’un lettré, c'est un érudit. Et poète, il a su tout le prix d’une technique impeccable; ainsi satisfait-il à srRe rare miracle, les simples et les lettrés. <
On pourra se reporter avec intérêt à dei études qui ont précédé celle-ci, mais qui, d'ailleurs, n'avaient
Le