‹ La Versification de Frédéric MistralChapitre 22 sur 38 · ASSONANCES ET ALLITÉRATIONS · texte numérisé non relu

ASSONANCES ET ALLITÉRATIONS

Mistral connaît toutes les ressources que donne au poète l’allitération et l'assonance. On pourrait en trouver déjà beaucoup dans n'importe quel poète provençal, car le provençal a des sonorités plus musicales que le français et de plus il faut remarquer que la prononciation mouillée de le, qui en fait une sorte de 1 un peu plus rude, double les chances d’allitération.

Très souvent l’allitération et l’assonance soutiennent la musique du vers, sans aucune indication d'effet spécial ; souvent aussi un effet spécial est, sinon cherché, au moins trouvé. On sait combien Sainte- Beuve, Baudelaire, Th. Gautier attachaient d'importance, après les Latins et les Anglais, à ces deux procédés poétiques. Becq de Fouquières, dans son Traité Général de Vetsification Française, a fait de l'allitération et de l’assonance presque toute l’harmo-

nie du vers. Sans exagérer il faut en montrer toute

l'importance, et comme tout poète, Mistral, de façon inconsciente, a usé constamment de ces deux procédés. En voici quelques exemples : ”

A travès de la Crau, vecs la mat, dins li bla... ! (Mir, 1,str. 1),

4 Paris, 1870.

Assonance des a; allitération des & et des /, dont le son est assez proche, en provençal. Effet de largeur.

Ni diademo d’ot ni manfèu de Damas...

(Ibid, str. 2).

‘Assonance des a ; allitération des dentales. Effet de.

richesse.

Car cantan queipèc vaufce, o pastce e gent di mas. (Ibid., str, 2).

Assonance des a ; allitération des r et des dentales. Indication de volonté bien arrêtée, tenace, têtue :

L’oumbto dis aubo s’aloungavo.….

; RARE (v, str. 1).

‘‘Assonance des sons sourds ou, au, oun, a, 0. Allité-

ration des b et des 1. Effet d'ombre qui s'étend le sdtr. Voici maintenant pour les sons clairs :

Bello jitello proumietenco E redoulento e vierginenco, Bello frucho madalenenco,

Ounte l’aucèu de l’èr se ven léva la fam. .

: ; (EST, 4h

As$onance des é, des i, des u. Allitération des / et des r. Effet de fraîcheur, de grand air. L'effet continue dans la strophe suivante : ; x Iéu la vese aquelo branqueto E sa fcescour me fai lingueto…

Iéu, vèse ji ventoulet boulega dins lou cèu Sa ramo e sa frucho immourtalo

Assonance des iéu, é, i, in. Allitération des set des 1.

Degcaus e lougeref e gai coume un lésett (v, Str, 6).

Ma UE:

Effet de jeunesse, de marche alerte.

À l’aubo claro se matido Lou clat canta di bouscatido.., (VASE TT).

Assénarice des a et de i, allitération des & et des L. Effet de clarté matinale, grave et gaie en même temps.

; La chatouno Lou peésugo, se courbo e s’escapo en risènt (y, str. 21}.

Assonance ce A des o, des i, sons clairs. Allitéra-

tion des 9, des c, “É 5. Indication d’un mouvement

vif et gai. Voici une Strophe où s'offrent deux effets

“bien nets :

' “Lou Rose, enmalicia pèr l’auro :

Fasié coume un troupèu de tauro Courre sis erso treblo à la mar, mai eici Entre lis tousco d’amarino Que fasien calo emai oumbrino, Uno mueio d’aigo azurino

Liuen dis oundo plan-plan venié s’ emperesi... (I, str. 3).

Les deux betosyllabes et. les neuf premières syllabes de l’alexandrin donnent des sons graves qui expriment le mouvement furieux du Rhône, les trois octosyllabes

-suivants et l’alexandrin final rendent un son clair qui exprime la clarté et le calme du Rhône en cet endroit, “et l’alexandrin avec l’allitération des 4 exprime le mou- |: vement de repos et de paresse.

Voici enfin une strophe de Micèio tout à fait caractéristique :

. Di ribo ounte l’Argèn varaio, Di plano, di coulet, di draio, S'enausso peralin un long cor de cansoun,

Mai, belamen de la cabruno, Cant d'amour, èr de cantobruno, Pau à pau dins li colo bruno

S’'esperdon, e vèn l’oumbro emé la languisoun. (vin, str. 2).

‘Les assonances des i, e, ai, in, en, u, ou, donnent à la strophe l'accent de langueur cherché par le poète, en même temps l’allitération des & et des 7 en soutient

\ la musique et les coupes très bien faites, et notamment la coupe de l’alexandrin final font de cette strophe un chef-d'œuvre technique. =

Nous voyons donc que, dès l’époque de Mireio, Mistral possède à fond toutes les ressources de l'assonance et de l’allitération. |

Nous en trouverons tout le long de ses autres poñmes des exemples innombrables. Ainsi :

Amo di sèuvo armouniouso, E di calanco souleiouso, De la patrio amo piouso.

T'apèle… (Cal. x Sfr S).

Les sons clairs donnent l'indication de la tendresse et de l'harmonie. F

Voici dans Lis lsclo ch 0e une sorte de hallali : ;

Aquèli qu’an la memôri,

Aquèli qu’an lou cor aut,

Aquèli que dins sa bori , .

Sènton giscla lou mistrau,

Aquèli qu'amoun la glôri,

Li valènt, li majourau.….

(La Countesso, Isclo, p. 188).

L’assonance des a, des au, des i, l’allitération des £ donnent une belle impression d’élan. C’est l'instant où Mistral convoque à la libération les poètes provençaux,

Voici dans Lis Oulivado un autre effet :

Ié disien Margarideto E, pèr coupa court, Rideto,

Estènt que toujours risié,

Aquèu noum de fantasié

À soun rire s’entrasié

Coume la roso au-rousié.…..

Les sons clairs donnent l'impression du rire.

Dans Lis Isclo d'or, voici une impression de lumière large :

Enterin lou soulèu, gai, espoussavo Sa como d’or sus tout Paris ravi.

L'assonance des a et des i donne la sensation de l'amplitude et de la clarté, et toujours l’allitération si musicale des / et des +.

Mèmes effets dans la Rèino Jano (p. 18).

La Roue ones es vuei en Avignoun.

Assonance des sons graves : ou, oun; effet de lar-

geur et de pompe.

Malur ! car uno oundado, uno erso d’ahiranço D'encreso sournarudo e de desesperanço… (p. 282).

Assonance des a, an, en, AAHÉTAUION dés &, impréssion de haine.

E li recampadis que la terro li raque...

Indication de vomissement par l’allitération des te et ta. R

Mêmes emplois heureux dans Merto: voici une impression de fraîcheur matinale, obtenue par le redoublement des sons clairs :

Ah ! que fai bon èstre deforo ! = Vès, espinchas à noste entour ; Gardant si fado, li pastour Fan davans si pastoureleto Sus l’erbo la cambareleto ; En reguejant dins li gara, Lou bouié siblo, alegoura ; Dins li blad verd li sauclarello Charron e quilon, riserello...

Voici dans Lou Pouèmo dou Rose, une évocation de la farandole :

La naciounalo danso roudanenco

E dôu reiaume ancian di Bousounido

Que de Coundriéu-à-n-Arle, 1 jour de voto,

Di viravôut du Rose imitarello,

Ersejo e fai la serp au long di dougo.

(Rose, 1, 3).

Là encore répétition des sons clairs, allitération des c et des L.

Voici au contraire un effet de largeur :

Eu regardavo eilalin, coume un ladre,

Lou Rose qu’à la mar s’anavo perdre.

(Rose, 1v, 37).

Assonance des a, 0, ou, sons graves ; il s’agit de peindre le Rhône qui descend vers la mer.

Voict enfin une impression de goinfrerie :

Oh !.de bon Diéu ! li sartanado einormo De sang de biôu, li tian de tripo grasso, Lou catigot, li carbounado e chouio E li troucho farcido emé de berlo S’engloutissen i buerbo pansarudo, Enterin qu’à-de-rèng la damo-jano Fasènt lou tour, cadun, li couide libre,

. Se vuéjo à plèn de got... :

(Rose, xt, 100),

Les mots eux-mêmes expriment la sloutonnerie, et

she , r:

dla dE a

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