OU
La chatouno venié | d’arriba si magnan… | A
Parfois le vers ternaire correspond à uneffet de tristesse :
Coume au mas, | coume au tèms de moun pail|re, ai!ai!ai! (x, str. 22).
parjois à un mouvement de colère: :
Aubre déu diable, | aubras qu’un divèndre | an planta.… ? (1x, str. 48).
ce qui d'ailleurs peut se scander :
Aubre dôu diable, | aubras | qu’un divèndre an planta
Parfois c’est un effet\de torsion : le poète peint un serpent auquel un pâtre a rompu l’échine avec un bloc de pierre : k
Coume uno serp, | en quau un pastre | em un clapas
À coupa lis esquino.… e {v, str, 64).
où bien un effet de chute. d'engloutissement : la barque d'Ourrias coule dans le Rhône :
E coume a di, | la barco au Rose | se prefound (v, str. 80).
ou bien c’est un ordre pressant :
Au Trau di Fado, | au Trau di Fado | pourtas-lou ! (vi, str. 21).
ou bien l'indication d’une position courbée :
Eh! que m’enchau ? | la Fe cami | no de plegoun.…. (vi, sir. 31).
Effet d’ampleur :
O Luno, o Luno, . Que mau-passage t’encatuno, Pèr davala, | tan roujo e largo, | sus li Bau…. SES (vi, str. 60).
Dans beaucoup de vers, outre que la coupe est contestable et que Mistral devait plutôt scander le vers de facon classique que romantique, l'effet n'est pas significatif. En tout cas l’alexandrin de Mirèio à toujours une coupe secondairé à la sixième syllabe, et, sauf exception, sa coupe principale s’y trouve aussi le plus souvent. Et cela n’a rien de monotone, car la monotonie des alexandrins séparés par trois octosyllabes n’est nullement accusée. Voici au reste les proportions trouvées pour les six premiers chants et le dernier :
Vers n'ayant pas leur coupe principale à la sixième syllabe :
Ch SET SU IO GheeNe230 SU 194:
Eh TES ro sUr"194: Ch: INF a sur 806:
GRAF) 6 sur 124. OCR XIT 12 SUr-130:
CR EVS< Oo sur 140;
En moyenne c’est le huitième.
Or, si nous étudions à ce point de vue les alexandrins de Calendau, nous voyons que le nombre des vers ternaires ou coupés de façon non classique augmente dans de sensibles proportions, ce qui nous indique un progrès certain dans l’assouplissement du vers ; Mistral est de plus en plus maître de sa forme, et il a lu sans doute les poètes romantiques, alorsique sa première éducation poétique s'était faite dans les œuvres de Lamartine.
C’est ainsi que nous trouvons dans le chant I de Calendau, 5 vers ternaires, 5 dans le second, 4 dans le troisième, 11 dans le quatrième, 10 dans le cinquième,
8 dans le sixième. 13 dans le douzième, c’est-à-dire une. moyenne de 8 environ, par chant, alors que la moyenne dans Micèio est de 6 seulement. a
Comme dans Micèio, Mistral tire de l'emploi de ces vers certains effets, d'autant plus saisissants qu” ils sont plus rares.
Ainsi un effet de négation :
E tout d’un cop | : « Noun, noun, crido mai | pode pas! Ë (x, str. 34).
Un effet de brisure nette et brutale :
E lou brau | s’esclapè li ba | no sus lou ro. -(5 Str. 78).
Un effet de tremblement :
. E tremoulan | to à ‘princes | so ferniguè. , re (ïi,-str. 82).
Une indication de serment, la main tendue : 2
Te lou ju | re, la man duber [to dins l'Infer. - : (a, Str. 75).
AS PT te l ñ CETRE:
{? 51 1e ie è : ; 1 34
L'indication d’un effort violent et collectif :
Afeciouna | de pèd e d’ounglo | sièis pèr sièis. (1, str. 75).
Une sensation d’évanouissement subit : -
‘Passe la man, | lèu mai espin | cho : i’ èro plus. (1v, Sir. 27).
A côté du ternaire romantique on voit même apparaître dans Calendau le vers parnassien, c’est-à-dire le vers qui na plus du tout de césure appréciable à la sixième syllabe, le vers qui triché en mettant à cette place un article ou un mot insignifiant sur lequel la voix ne peut pas s'arrêter et qui est là pour l'œil seulement. Ainsi :
De la Prouven | ço, coume uno isclo de soulas (1Y, str. 17).
Tante pièi mai | que nous sépa | ron... A l’oustau if : (ur, str. 64). :
E tremoula | nto la prince | sso ferniguè..… EN (1, str. 82).
Enfin la proportion des vers qui ne sont point susceptibles de recevoir leur coupe principale à la sixième syllabe est ceile-ci:
FER L: 37-sur A Eh -V: 39 Sur 90.
Ch." Il: 409 sur 160. Ch. VI: 27 sur 168.
Ch. III : 34 sur 168. Gh:XTE: 55-Sûr;122.
Ch: TV::36 sur 144:
C'est en moyenne un peu moins du quart, c’est-à-dire le double de la moyenne obténue dans Micèio.
Dans la. Rèino Jano la proportion s'accroît encore, et cela d’ailleurs est naturel, car l’alexandrin, employé à l’état pur, exige une plus grande variété de coupes
que s’il est mélangé à l’octosyllabe. Je trouye, pour le 1e" acte, 96-vers sur 300 qui ne sont pas coupés à la sixième syllabe, soit le quart.
Le vers parnassien s'y rencontre aussi. Ainsi:
Dou Martè | gue qu ’es Za Veni | so prouvençalo. (p. 12).
Pèr uno rei | no, $e la Mai | o dou reiaume.…..
Espèro, espè | ro que debaras | se la rèino…. (p. 54).
. reveni sus lis alo Blanquinou | so de mi galè | ro prouvençalo (p. 182).
Pau sa nè | ço, la countes | so de Coumenge.….. (p. 276).
Dans le lyrisme de Mistral, l’alexandrin affecte une forme généralement classique, et d'autant plus classie que qu’il n’est pas employé seul. Employé à l’état purs il est coupé de façon assez variée ; dans Lou Roucas de Sisife (Isclo, p. 42) on peut compter 37 vers sur 104: “quine sont pas coupés à la sixième syllabe, soit plus du tiers, dans Romanin (p.275) 24 sur 132 dans l’Or de Toulouso (Ouliv., p. 190). 25 sur 06.
Par contre, dans l'Eloge de Clémence Isaute où V'alexandrin est combiné avec le vers de six syllabes, on compte 7 vers seulement, sur 104, qui ne soient pas . coupés à la sixième syllabe, et dans l’Elégie sut la Mott de Lamattine, 5 sur 50. On conçoit, en effet, que le. mouvement lyrique de telles odes comporte des coupes moins variées, un vers plus chantant.
Mais, tout en traitant l’alexandrin de façon presque classique, Mistral, s'il n’æpoint dépassé les limites où se sont tenus les meilleurs des Parnassiens, n’a pourtant reculé devant aucune césure, quand elle était nécessaire pour un effet. Nous venons d’en voir quel-
0 nt de, à «de
ques exemples. Pas plus qu’il n'hésite à rendre presque imperceptible la césure de la sixième syllabe, il n’a de Scrupule à placer deux accents toniques de suite, en coupant les vers à la cinquième, septième ou onzième Syllabe, ce qui est théoriquement interdit par les principes classiques, bien que Racine ait écrit :
Le sang de vos cois ceie et n’est point écouté... 5 (Athalie, acte 1, sc. 1).
et que, depuis, aucun poète ne se soit privé de cet effet, Musset écrivant:
Qui fis hésitez Faust au seuil de Marguerite. (Lucie).
et Hugo:
On s’endormait dix mille, on se réveil/aif cent. (L’Expiation).
Nous trouvons dans Mistral des alexandrins semblables, avec des coupes à la 5°, à la 7° ou à la 11° syllabe. Ainsi pour un effet de conversation :
: . Mouscouloune La pouncho de moun fus, ve? Vautre, sias tardié. ) (Mir., 1, Str. 16).
De même :
Voulès que vous aju | de? O! Dôu tèms qu’eilamount (Ibid., 11, Str. 5).
De même, dans la conversation, pour la mise en relief d’un mot:
As une sorre? - E la jouvènto,
Braveto qu’es e bèn fasènto, Digué lou verganié... Trop! qu’à la Font-dou-Rèi... | Ibid., str. (10).
pour souligner une affirmation :
Que pièi ma maire pourrié dire Qu’ai panca proun de biais, o, per me marida. (Ibid., str. 21).
pour un appel pressant :
Courre lèu, Vincenef, lèu !.. Es que, i’a’n moumen. (Ibid., str. 38). :
‘pour insister sur un mot:
E basto, à iéu paucef, basto, uno fes de l'an. « (Ibid., str. 64).
shot Meten, dis, qu’à moun tour fugue la reino, iéu.> (Mir., 111, Str. 20).
pour indiquer une opposition :
te LS -Eko BAIE tout jouine e vièi, bèu o laid...
” (Ibid, 1v, 15). Z
pour indiquer un résultat total:
, Que n’aguènt pas fini soun du e roumpènt tout. (R. Jano, acte v, sc. 1}.
pour insister sur une conjonction importante :
.… E Diéu fague Que vuei countèmple, iéu, la fiho de mi rèi Dins soun ONE ! cat, d’aquel ome d’elèi . (R: Jano, acte v, SC2:3);
pour une exclamation d'encouragement :
. 54 Ur A | à Lou miracle nous mostro L’iro de Febus ; dau ! fasen en terro nostro.. (Qulio., p. 202).
Sata Sd to déce 5 à
après la seconde syllabe -
IT, L'octospllabe
Comme à l’alexandrin, Mistral donne à à l’octosyllabe toutes les coupes possibles. Coupe normale à la quatrième syllabe : ë
: Dins lis amour | de sa jouvènco.
4 (Mir,, 1, str. 1)+
et cette coupe est naturellement très fréquente, si fré- -quente que dans l'invocation de Micèio, soit les 5 premières strophes, c'est-à-dire 25 octosyllabes, cette
È coupe se présente 15 fois. Sur les 100 premiers vers de
Netto, on peut compter go octosyilabes qui présentent cette coupe, et sur les 50 derniers vers,3o octosyllabes ainsi césurés. Mais à côté de cette coupe très fréquente et qui donne à à l'octosyllabe son allure bien assise de vers’ narratif, aisé à reconnaître en tout cas, il y a des
# coupes plus variées et plus expressives.
Ainsi après la première syllabe :
Tu, | Segnour Diéu de ma patrio à tMizs 1, str. 3).
Sus Luücifer, coume un lioun, Part, | e moustrant lou crousihoun:..
RU (Nerto, p. 298).
LTD ENS 2720 ns 4:
Aqui, |.iè vènon bèn li fedo À (Mir; 1, ST: L)E
Bèu Diéu, | Diéu ami, sus lis alo UMTS CL tStr: 5)!
après la troisième syllabe :
léu la vese, | aquelo branqueto.
(Ibid, str. 5).
Lou sabès ; | entre la verduro.….
(Ibid. str, 3).
Après la cinquième syllabe :
E sus lou lindau, | à l’eigagno. ; É | (Ibid. str. 15).
Cette coupe est moins fréquente que les précédentes. Après la sixième syllabe :
25108 Quan fan d’araire Au mas di Falabre | go, paire... ;
(Ibid., str. 8).
après la septième syllabe : Souvènti-fès !... Mais té !té! | porge LE cagornis...."" - / \ (Ibid, 11,"str. 36). DS
Cette coupe est rare, et n’est jamais la seule dans le vers, on le voit. Elle met en relief le mot qui est ainsi isolé comme la coupe de la onzième syllabe dans l’alexandrin. Fr
Ainsi, dans ce vers de Necfo (p. 88)
.…. De que ié béure en disènt | «more ! » N
Mais il n’est pas nécessaire d’insister ; l’octosyllabe est un vers très souple, qui se prête à toutes les coupes, et nous ne pouvons faire un mérite particulier à Mistral de les avoir toutes pratiquées.
Remarquons simplement qu'il a pu écrire tout le poème de Verfo en octosyllabes, soit plus de quatre \ mille vers, sans que son récit soit monotone. >
Il n'a pas manié avec moins d'’artle décasyllabe, mais nous le verrons en parlant du Pouèmo dôu Rose, où se déploie avec le plus d'éclat l'originalité et la sûreté de son art, ë Fe
ve #5