CHAPITRE IX
Hi. Les Sonnets
Mistral, comme tous les grands poètes français, s'est peu servi du sonnet: La forme en est étroite pour qui a dressé quatre grands poèmes épiques. Pour lui, le
’ sonnet semble avoir été un petit poème de circonstance + adressé à quelqu'un. C'est ainsi que se présentent à … nous les onze sonnets des J4clo d’or, groupés dans une seule partie, et tous écrits pour une circonstance particulière. Dans Lis Oulivado sur six sonnets, trois seulement sont des poèmes indépendants de toute circonstance et de toute personnalité.
C'est dire que ces sonnets sont des œuvres de second plan dans le lyrisme de Mistral et qu'il nest ‘ pas besoin d’insister longuement sur leur technique.
__ Si l'on s'en rapporte au critérium de Banville,
d'après lequel le type de sonnet abba, abba, ccd,
ede, est le seul régulier 1, Mistral n’a écrit aucun son-.
net régulier; mais cette affirmation est purement fan-
gaisiste, car le plus beau type de sonnet nest point * celui de Banville, mais le pur sonnet italien, dans lequel les tercets sont établis sur deux rimes et non pas sur trois.
On peut considérer comme des sonhets très réguliers le type abba, abba, ccd, ccd, et c'est celui qu'emploie Mistral une fois dans Lis Isclo d’or? et cinq fois dans Lis Qulivado. C'estdonc le type de sonnel auquel il s’est
1 V. Banville, Petit tcaité, etc., p. 173.
2 Jclo, p. 408. À 3 Ibid., pp. 33, 103, 173, 197; 200.
Le
arrêté vers la fin de sa carrière. Mais au début il a traité le sonnet avec quelque fantaisie.
Fantaisie d’abord très limitée qui consiste à croiser
les rimes des quatrains, au lieu de les établir embras-
sées, selonletype: a b a b a b a b.En cegenre, Mistral écrit cinq sonnets dans Lis Isclo d'or! avec des tercets du type: ccd ccd et un dans Lis Oulivadoe*?. Encore faut-il remarquer que dans un des sonnets des Zsclo d'ot,% la fantaisie s’introduit dans les tercets par l’emploi de vers de six syllabes, selon ce type : 64+6+ 12, et de même dans le sonnet des Oulivado, la suite d'octosyllabes (le sonnet est écrit en octosyllabes) est rompue par l'emploi de deux alexandrins à la fin des ter-
cets. En somme, c’est ici la hantise du rythme de Mitèio.
Nous rencontrons une fois dans 5 Isclo Ha combinaison suivante: aabb aabb ëcd ccd, Beu usitée par les sonnettistes, car elle détruit le croisement des rimes dans les quatrains #,
À deux reprises nous trouvons une combinaison i in-
téressante, sur ce modèle : abcd abcd def def, ce qui consiste à bâtir deux quatrains et deux tercets sur ‘les mêmes rimes qui ne riment pas entre elles 5.
Enfin, à deux reprises nous trouvons le sonnet italien où les tercets sont établis sur deux rimes seulement, selon la combinaison suivante : abab abab cdc dcdouccd ddcsf.
! Jamais nous ne rencontrons le sonnet sur six rimes, le Sonnet où les quatrains n'ont pas les mêmes rimes,
1 PP. 410, 412, 418, 422, 424. | 2 p. 126. x ; + Sp: 420;
à Ibid., pp. 404 et 420.
$ pp. 414 et 416.