‹ La veuve à la modeChapitre 14 sur 50 · XVIII NOTICE · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE

donnait à toutes les pièces de son théâtre; dans celle-ci, plus que dans aucune autre, on se prend à rechercher, on retrouve presque çà et là la marque de sa main.

Il y a des détails qui sont des retouches d'ouvrier, de ces traits d'un burlesque hardi, de ces vivacités de réplique que Fauteur n'a pas rencontrés tout d'abord sur le froid du papier, mais qui arrivent au comédien et au metteur en scène par le contact de la planche vibrante, par V effet de la situation qui les pénètre, par l'assimilation qui les gagne et la vérité du rendu qu'ils atteignent.

Dans la scène du potage, dont nous parlions tout à Vheure, quand le visiteur malencontreux a mis tout le monde en déroute, l'alerte passée, Miris redemande son bouillon. Qu'est devenu le bouillon ? Crispin vient de le boire. Sa maîtresse lui a dit de le prendre, — de prendre la tasse, bien entendu, — et c'est le bouillon qu'il a pris. Le quiproquo est plaisant. La mine de Crispin, qui s'est brûlé, n'est pas moins amusante, et Béatrix n'est pas fille à manquer une occasion de s'égayer. Elle a déjà quelque sottise au bord des lèvres, le mot va partir ; mais, s'il part, Miris sent que son sérieux lui échappe; et notre Artémise de supplier qu'on l'épargne :

En l'état où je suis, ne me faites pas rire.

Vers aisé, féminin, vers de situation; et toute la scène a un courant naturel, une liberté de mouvement, qui doivent se ressentir d'une impulsion donnée par Molière, Sans vouloir diminuer l'auteur de la Veuve a la mode, on peut bien reconnaître qu'il n'était pas, surtout alors, précisément homme de théâtre. Il n'avait pas d'ailleurs besoin de l'être pour assembler, sans autre industrie, ses vingt ou vingt-deux scènes épisodiques; mais on ne conduit pas non plus certaines scènes délicates, comme celle du mariage enlevé d'impromptu entre la tante et le neveu, sans l'art familier de la comédie.

Cette scène, de Visé l'a écrite, on ne s'y trompe pas; mais Molière l'a dû dessiner et façonner luimême sur les planches. C'est lui qui en aura posé les personnages : le neveu à distance, respectueux et timide comme le compliment qu'il bégaye; Béatrix entre le neveu et la tante, un peu en arrière pour animer le jeu sans se montrer; Orphise auprès de sa sœur pour lui servir de chaperon tout ensemble et combattre doucement ses résistances. Rien qu'à lire la scène, on la voit. On voit qu'elle a dû être rendue à merveille par les acteurs, et elle n'a pas manqué de l'être. MUe de Brie, la veuve d'une heure, était charmante dans ce rôle écrit pour une véritable co-

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