‹ La veuve à la modeChapitre 2 sur 50 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

elle n'avait occupé que les places les moins chères, le parterre et le paradis, ou du moins les loges du dernier rang, puisque la recette ne s'éleva pas au-dessus de 252 livres 10 sols à la première représentation, et que, dès la seconde, elle tomba tout à coup à 83 livres 10 sols. On peut donc affirmer qu'il n'y avait personne dans les grandes loges ni sur le théâtre. Il est vrai, comme le fait observer M. Edouard Thierry, que le roi et la reine étaient en voyage avec la cour. N'accusons donc pas trop la tragédie de Corneille, Attila, d'avoir fait le vide dans la salle du Palais-Royal.

Robinet, qui était sans doute un ami ou un officieux de l'auteur, ne cessait pourtant, dans sa Galette en vers, d'appeler à ces représentations le public de la cour et de la bonne compa gnie, puisque sa Galette paraissait sous les auspices de Madame, sœur du Roi. Il disait, par exemple, en annonçant que les rôles de femmes étaient remplis par M lle de Brie et la mignarde de Molière :

La Veuve à la mode se joue, Et, franchement, je vous avoue Que, si Ton veut bien rire, il faut la voir exprès. Voyez-la donc, je vous en prie.

La pièce, qui fut jouée dix-sept fois dans sa

PRÉFACE. Ht

nouveauté, trouva, en automne, les spectateurs distingués qu'elle n'avait pas eus en été : aussitôt après le retour du roi, le 6 novembre 1667, la troupe de Molière partit pour Versailles, par ordre de Sa Majesté, et joua deux fois de suite la Veuve à la mode, avec Attila, qui ne lui fit aucun tort. La comédie de Donneau de Visé avait laissé de si bons souvenirs au théâtre qu'elle fut reprise au mois d'avril 1668 avec beaucoup de succès, et qu'elle resta au répertoire.

M. Edouard Thierry n'a pas manqué de dire que Molière n'avait pas peu contribué sans doute au succès de la pièce, en donnant à l'auteur quelques bonnes idées et quelques bons conseils. Il a même indiqué une scène où l'on peut reconnaître l'influence de Molière. « Cette scène, dit-il, de Visé l'a écrite, on ne s'y trompe pas, mais Molière l'a dû dessiner et façonner lui-même sur les planches. » Il est incontestable que, dès les premières représentations, la Veuve à la mode avait été attribuée à Molière, car on imprima, sans doute en province, une contrefaçon de l'édition originale, sous la rubrique de Paris et avec le nom estropié du libraire, Nicolas Pepingué (la contrefaçon porte Pepinglé); on lit à la fin de la pièce : « Fin de la Veuve à la mode, comédie de M. Molière. »

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