DAME JEANNE, MIRIS, ORPHISE, CRISPIN, BEATRIX
M IRIS
Helas ! ma chère sœur, je suis inconsolable.
Ah ! mon pauvre mary !
{Se laissant tomber sur un siège.)
Orphise.
Le desespoir l'accable.
M IRIS
Hé quoy! mon cher mary, je ne te verray plus!
Crispin.
Pourquoy donc tous ces cris, puis qu'ils sont superflus?
Dame Jeanne.
Quoy ! le bon homme est mort ! Non, je ne le peux croire ; Il avoit tant de soin que Ton me fit bian boire.
Orphise.
Remontez donc là-haut, et ne le quittez pas; Vous devez le garder mesme après son trépas.
Dame Jeanne.
Je croy qu'auparavant je peux, sans vous déplaire, Madame, vous bailler un avis salutaire.
On veut rire, par fois, quand on a bien pleuré ; Et, contre tous nos maux le remède assuré Estant d'avoir du bien, pensez à vos affaires; Et, comme vos soupirs ne les avancent gueres, Sans plus perdre de temps, songez à détourner...
Miris.
Quoy ! c'est là le conseil que tu me veux donner? Tu ne me connois pas.
Orphise.
Sa peine est trop profonde.
Mon épous estant mort, rien ne me touche au monde.
Dame Jeanne.
Eh! mon Guieu,) 'avons veu d'autres veufves que vous, Qui songions à leur bien en pleurant leurs épôus. Je vous baille un conseil que vous dévriais bien suivre. Cent Guiebles! vos soupirs ne vous feront pas vivre.
Crispin.
Dame Jeanne a raison; qu'en dis- tu, Beatrix? On ne sçauroit disner de larmes ny de cris.
Dame Jeanne.
Dans un pareil malheur, l'autre jour, une veufve De ma fidélité, jour de Guieul fit répreuve : Aussi je la sarvis avec tant de bonheur...
Orphise.
Laisse ma soeur en paix rêver à sa douleur.