‹ La veuve à la modeChapitre 25 sur 50 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Et, comme enfin de luy je n'ay point eu d'enfans, Je pers, en le perdant , des biens tout à fait grans.

Beatrix.

C'est ce qui vous afflige.

Miris.

Eh!

Beatrix.

Croyez-moy, Madame, Vostre douleur est juste, et vous pouvez, sans blâmé. Faire un peu vostre main.

Orphise.

Vous le devez, ma sœur.

Ce remède adoucit la plus grande douleur.

' Miris.

Hé bien, je m'y résous.

Beatrix.

Vous ferez bien, Madame.

Miris.

Cela n'est point contraire à l'amour qu'une femme Doit éternellement avoir pour son épous.

Beatrix.

Ah! le bon homme aimoit vostre bien plus que vous. Et se rejoûiroit de vous voir à vostre aise, Si cela chez les morts pouvoit rendre bien aise.

Miris.

Porte donc chez Damon , ce voisin obligeant ,

l8 LA VEUFVE A LA MODE.

Un service complet de vaisselle d'argent; J'envoîray ma cassette, après, chez certain Homme, Où j'ay mis de loûis une assez bonne somme; Et de mes diamans, que dessus moy j'ay mis, A Lucille, par moy, le soin sera commis; Puis je feray porter chez quelques gens fid elles Quelques hardes de prix, avecque des dentelles.

Beatrix.

Quand tout sera dehors, vostre ennûy finira.

Orphisb.

On ne doit que la nuit emporter tout cela.

Quand tout sera serré, ne songez plus, Madame, Qu'à bannir le chagrin qui trouble trop vostre ame Car, à vous dire vray, vostre défunt épous Estoit pour nous meilleur qu'il ne l'estoit pourvous. Quand on est jeune, avoir un épous déjà d'âge, C'est dequoy se trouver fort mal du mariage.

Mais passons là-dessus; vous aviez en Monsieur Un épous incommode et de mauvaise humeur, Mal-propre, dégoûtant, chagrin, jaloux, bizarre, Sujet à mille maux, fâcheux, colère, avare.

Miris.

Il estoit mon épous.

Orphise.

Il l'aimoit tendrement ; Et ma sœur doit, du moins, avoir en ce moment L'âme fort abattue et dans l'ennûy plongée.

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