SCENE XII
Je vous viens témoigner combien je prens, Madame, De part à la douleur que vous sentez dans rame.
Crispin.
Je vous sommes, Monsieur, grandement obligez De venir consoler les pauvres affligez.
Si vostre femme meurt, on vous fera de même.
Je voudrois bien, Monsieur, que ma douleur extrême Pour vous remercier me laissât un moment.
Je pourrois mieux répondre à vostre compliment.
Damis.
Estant robuste et sain, je ne sçaurois comprendre Comment en quatre jours la mort a pu le prendre.
Crispin.
Je croy le voir encor dedans son cabinet, L'été, se promener avecque son bonnet.
Beatrix.
C'estoit un bonnet blanc, il m'en souvient encore, Car celuy qu'il portoit l'hyver estoit aurore.
Miris.
Helas!
Damis.
Consolez* vous.
Miris.
Ahl que je pers, Monsieur!
Le temps ne peut jamais adoucir ma douleur.
Quand le pauvre homme avoit quelque chagrin dans l'amc, Il me le racontoit toujours la nuit.
Beatrix.
Madame, Quoy! ne le plaignez-vous que pour ce sujet-là? Si le pauvre défunt ne faisoit que cela, Il n'est pas fort à plaindre.
Il avoit Pâme bonne.
Orphise.
On ne sçauroit trouver de meilleure personne.
Damis.
Je croy que Ton ne peut jamais le plaindre assez.
Beatrix.
Tous les hommes sont bons quand ils sont trépassez.
Damis.
Sortons ; dans sa douleur, le monde l'incommode.
Crispin.
Se retirer ainsi, c'est sortir à la mode.