SCENE XXII
Dame Jeanne.
Il suffit, Puis que chacun le sien, n'est pas trop, comm'an dit.
Miris.
Ne fais pas tant de bruit, je ne veux point d'affaire, Et tu pourrois m'en faire avec le commissaire.
Dame Jeanne.
C'est un malavisé, qui doit sçavoir mes droicts, Et ce qui m'aparquient selon toutes les loix. Je prétens, jour de Guieu, qu'il me rende justice. Mais, puisque vous voulez que je vous éclaircisse, Sachez qu'il veut sceller ce que je dois avoir. S'il sçavoit son mequié, il pourroit mieux sçavoir Qu'il ne doit point toucher à de certaines bardes Dont souvent les défunts font un présent aux gardes.
Miris.
Ne me fais point de bruit, repose-toy sur moy, Tu ne t'en plaindras pas, et j'auray soin de toy.
Beatrix.
Madame, il n'est plus temps de vous faire un mystère De l'amour que, pour vous, Clidamis n'a sçeu taire. Il me Ta ditluy-mesme, à moy-mesme, aujourd'huy; Et vous pourriez avoir les biens qui sont à luy, Pour peu qu'à son amour vous donniez d'espérance.
Orphise.
Pensez que vous devez, ma sœur, en conscience, Songer à vostre bien.
Beatrix.
Pouvez-vous faire mieux?
Dame Jeanne.
C'est un bon gcntishomme, on le dit en tous lieux, Et vous devez l'aimer, ayant tant sceu luy plaire, Pour faire de céans sortir le commissaire.
Orphise.
Le temps presse, ma sœur.
Miris.
Oûy; mais quediroit-on r
Bbatrtx, Ah! le qu'en dira-t'on n'est pas une raison ; Et, bien loin d'y penser, songez plutost, Madame, Que lorsque le chagrin vient à quitter nostre ame (Car, avecque le temps, c'est un coup assuré), On veut rire, souvent, après avoir pleuré. Cependant on ne peut, lors que Ton se voit gueuse, Et, malgré qu'on en ait, on est toujours pleureuse.
Miris.
Mon époux n'estant mort qu'aujourd'huy , cet effort. . .
Beatrix.
Hé bien, dans quelque temps il sera plus vieux mort : De générosité, vostre amant qui se pique, Vous laissera pleurer un temps par politique. Le voila.