‹ La veuve à la modeChapitre 49 sur 50 · SCENE DERNIERE · texte numérisé non relu

SCENE DERNIERE

MIRIS, ORPHISE, CLIDAMIS, DAME JEANNE, BEATRIX.

Beatrix , à Clidamis.

Vous devez luy parler sans détour; Madame vient, par moy, d'apprendre vostre amour.

Clidamis, à Beatrix.

Bien que pour ses appas mon triste cœur soupire, Je n'aurois pas si-tost entrepris de luy dire. Je n'ose mesme encor, Madame, vous parler De la pressante ardeur dont je me sens brûler ; Et, lors que vous avez tant de chagrins dans l'âme, Ce n'est pas un temps propre à vous parler de fiamc.

Orphise.

Répondez.

Miris.

Je ne puis...

Vous devez ..

Miris.

Laisse-moy.

Beatrix Mais vous devez répondre,

MlRIS.

Ah ! de grâce, tais-toy.

Clidamis.

Je voy qu'avec chagrin vous souffrez ma présence.

Beatrix.

Donnez-luylieudu moins d'avoir quelque espérance.

Miris.

Monsieur, vous sçavez bien qu'aujourd'huy mon épous Estantmort,jenepuis...Mais,quandjepenseàvous... Mais... je ne songe pas à ce que je vais faire; Et, pour un temps du moins, mon cœur se devroit taire.

Orphise.

Quoi! vous ne direz rien?

Miris.

O Dieu ! quel embarras !

Beatrix.

Mais le haïssez-vous?

Moy, le haïr, helas !

Beatrix.

Avecque cet helas que pretendez-vous dire ?

Orphise.

D'amour et de douleur son triste cœur soupire.

Beatrix.

Je croy que cet helas vous doit estre bien doux, Et que vous voyez bien qu'elle parle pour vous. C'est tout ce qu'elle peut à présent, et je treuve Que c'est en dire assez pour une fraîche veuve.

Page 1