ACTE PREMIER
LA COMTESSE, redescendant.
Qu'est-ce qu'il y aV Voyons.
NORAXCEY.
La cbose la plus simple du moiule. Je voudrais savoir s'il est vrai... maii là... bien vrai, que vous ayez cessé de prendre le moindre intérêt à monsieur de Léoneins?
LA COMTESSE
Monsieur de Léoneins... encore!... Tout le monde aujourd'hui me parlera donc de monsieur de Léoneins.
NORANCEY.
Je ne vous demande qu'un mot : Est-il vrai, oui ou non, qu'il vous soit aujourd'hui tout à fait indifférent?
LA COMTESSE, exaspérée.
Oui, oui, cent fois oui... monsieur de Léoneins m'est indifférent... tout à fait indifférent. Le plus grand plaisir que l'on puisse me faire est de ne jamais me parler de lui... cela suffit-il?
NORANCEY.
Cela suffit... je le tuerai demain matin...
LA COMTESSE
Vous dites?..
NORANCEY, comme s'il regrettait ce qu'il vient de dire.
Une chose que je ne voulais pas dire assurément... mais, ma foi, puisque c'est parti...
LA COMTESSE
Voyons, voyons, je n'y suis plus, moi... vous voulez tuer monsieur de Léoneins?
XORANCEY.
Maintenant que je sais que ça vous est égal.
Et pourquoi voulez-vous?...
NORAXCEY.
Parce qu'il aime Albertlne, et que si je ne le tue pas demain matin, Albertine l'aimera dans huit jours.
LA COMTESSE
Allons, bien l! mois c'est absurde, mon ami, ce que vous dites là.
NORANCEY.
Oh!
LA. COMTESSE
D'abord rien n'est ridicule comme cette n unie que vous avez maintenant de toujours vous imaginer quevotre femme... Et puis comment pouvez- vous croire... c'est cela surtout qui est absurde... comment pouvez-vous croire que monsieur de Léonems aime Albertine ?... Monsieur de Léoneins ne peut pas aimer Albertine, puisque...
NORANCEY.
Puisque ?..
LA COMTESSE, impatientée.
Eli!
NORAXCEY.
Puisque c'est vous qu'il aime... n'est-ce pas?.. Oui, il y a un mois, lorsqu'il est venu nous retrouver en Touraine, c'était vous qu'il aimait.
LA COMTESSE
Il est allé vous retrouver en Touraine?
NOUANCEY.
Vous ne le saviez pas?
LA COMTESSE
Albertine ne m'en a pas dit un mot dans ses lettres.
NORANCEY.
Vous voyez bien... Je dois convenir que le jour où il esi arrivé chez nous il était désespéré... Il parlait de vous, encore de vous, toujours de vous, et il était désespéré... Mais au bout de huit jours ce grand désespoir n'était plus que de la tristesse... Au bout de quinze jours cette tristesse elle-même se changeait en une douce mélancolie et au bout de trois semaines...