SCÈNE PREMIÈRE
DUPRE , parlant au fond li la cantomiade ., sur te devant de
de la scène , UNE Y E^Ï^ÎE, tenant une lettre ii la maùi.
DUPRÉ
Serrez ces ballots de marchandises , et prenez garde de rien gâler... Ces domestiques indiens sont d'une maladresse ! . . . En France , quelle diiïéreace ! Je me rappelé que quand j'élais laquais j'avais toujours plus d'espril que mes maîtres.
LA FEMME, s' avançant.
Monsieur. . .
DUPRÉ
C'est juste; on m'avait dit que quelqu'un m'attendait dans mes magasins. . . {D''un ton imposant.) Qu'est-ce que c'est i'
LA FEMME
De la part de myladi , ma maîtresse.
DUPRÉ , prenant la lettre.
Voilà une soubrette qui â une fort jolie tournure . . . une
charmante petite femme! { La regardant . ) Ah! mon dieu! quel souvenir !..
LA FEMME
Quel son de voix !
DUPRÉ
A la sueur froide qui me saisit .. .
LA FEMME
A la terreur que j'éprouve...
DUPRÉ
Je. ne peux pas m'abuser...
LA FEMME
Je ne me trompe pas. • . c'est le fripon de Dupré.
DUPRÉ
C'est ma femme !
LA FEMME
C'est mon mari! . . . Comment après cinq ans d'absence, je te revois enfin !
Comment, malgré l'océan qui nous séparait, je te retrouve encore !
M me DUPRÉ.
C'en est fait , je crois à la sympathie.
DUPRÉ
Et moi à la fatalité. {^Montrant sa femme.^ Je la laisse en Europe et u^'embarque pour les Indes. . . seul moyen, avec elle, pour faire bon ménage. .. Eh bien , il faut que le hasard , plus puissant que nos cœurs, nous réunisse. Où?... Au Malabar ! Un pays qui , jusqu'à présent, m'avait porté bonheur ! C'était bien la peine de faire le voyage !
Mme DUPRE.
Plains-toi donc :'
Air : y^ soixante ans.
J'ai , comme toi , vu le cap des Tempêtes ; J'ai , comme toi , passe sous l'e'quateur ; Des ouragans qui grondaient sur nos tètes, Ainsi que loi , j'ai bravé la fureur ! Mais toi , du moins, dnns le tond de ton àme , Un tendre espoir te suivait jusqu'ici . . . Car ce voyage . . . hclas , que je maudi , Tu le faisais pour évil'îr ta femme , Et je l'ai fait pour trouver mon mari.
Et quel mari i' Un mauvais sujet , un brûla 1, un jaloux , un dissipateur, un . . .
DUPRÉ , la regardant avec tendresse.
Cette chère Angélique !. . . Elle n'est point change'e. Eh bien donc, ma douce compagne, puisque les vents contraires vous ramènent près de moi, donnez-moi des nouvelles de mon ménage d'outre-mer ? Voyons . . . qu'as-tu fait pendant les cinq ans de mon absence ?
M"" DUPRÉ
Ce quej'ai fait? J 'en ai profité pour être heureuse.
DUPRÉ
Et moi , pour faire fortune.
M""" DUPRÉ
Comment ! il serait possible ! Ce riche négociant , chez lequel je venais
DUPRÉ
C'est moi-même... et tout ce que tu vois, m'appartient. Cette maison . . .
M™* DUPRÉ, avec tendresse.
Dupré !
DUPRÉ
Ces esclaves, ces marchandises...
j^jme DUPRÉ , de même.
Mon cher Dupré ! . . .
DUPRÉ
Et dans ma caisse , cinquante mille piastres, Mme DUPRÉ , de même.
Mon ami! et j'osais t' accuser. . . soupçonner ta conduite...
DUPRÉ
ïu me pardonnes donc mon départ '^
jVime DUPRÉ.
T'en ai-je jamais gardé rancune.
DUPRÉ
Vaiidecil/e de la Somnambule.
Apic.« cinq ans Ae. discorde ri d'absiMicf , Ah! fju'i! est doux de se revoir!
M nie DUPRÉ.
Ainsi que toi , mon hon ami , je pense.
DUPRB , la regardant avec surprise.
Fortune , quel est ton pouvoir , Tu fais, rien qu'en daignant paraître , Ce que l'amour n'a pu faire jadis !
Pour la première fois , peut-être , jNIa lemnie et moi sommes du même avis.
Mme DUPRÉ , de même.
Mon ami 1 . . . «
DUPRÉ
Mon ^n^é\\{\}xt\ {Us s embrassent.^ Quel bonheur de se retrouver.
jVime DUPRÉ.
De s'aimer plus que jamais.
DUPRÉ
De ne plus parler du passé.
Mme DUPRÉ.
Ou plutôt de le faire oublier par les soins , les égards, les prévenances . . . Tu dis donc , mon ami , que tu as gagné cinquante mille piastres?
Oui , ma femme.
Mme DUPRÉ.
El que cette maison , ces esclaves , ces marchandises nous appartiennent.
DUPRÉ
Oui , madame Dupré. De plus, je jouis d'une certaine considéralion dans le pays ; d'abord je m'y suis fait naturaliser , ce qui augmente encore la confiance ; et à la première occasion favorable, je me retire des affaires , je réalise mes fonds et vais ra'établir en France , où je n'aurais plus rien à faire qu'à vivre en honnête homme.
Mine DUPRÉ.
Et moi , en grande dame! Quel bonheur! Je vais le dire
à lady Anthony , ma maîtresse , avec qui j'étais venue en ce pays,
DUPRÉ
C'est inutile . • Je sors ... et je me chargerai de ta commission. . . Si on venait me demander, je reviendrai dans une heure.
M'"« DUPRÉ
Tu me quittes déjà !
DUPRÉ
Il le faut pour une affaire importante qui regarde un de mes compatriotes , M. de Survilfe , un jeune Français trèsriche.
M™e DUPRÉ.
Et quelle est cettte affaire ?
DUPRÉ
Oh ! ce n'est pas une affaire de commerce, proprement dite . . . parce qu'il s'agit , vois-tu bien . . . Mais dans ce moment, je ne peux pas t'en dire davantage. M"'= DUPRÉ.
Et pour quelle raison .''
DUPRÉ
Parce que c'est un secret.
M^^DUPRÉ
Vous en avez donc pour moi ?
DUPRÉ
Sans contredit.
M"^ DUPRÉ
Après l'amour que j'ai pour vous !
DUPRÉ
Entendons-nous. Je suis sûr de ton amour , mais non pas de ta discrétion.
M'"" DUPRÉ
Tu auras beau faire ! cependant il faudra bien que je sache.
DUPRÉ
Tu ne le sauras pas,
M'"^ DUPRÉ
Je le saurai.
DUPRÉ
C'est ce que nous verrons.
M""^ DUPRÉ
Ah! »u espères me cacher ta conduite, mais j'y mettrai bon ordre.
DUPRÉ
Ah! tu crois que je me laisserai mener!
M "" DUPRÉ
Et moi , que je me laisserai tyraimiser ! . . . Non . . . j'ai été trop douce jusqu'à présent; mais je veux être maîtresse chez moi. Je veux être obéie ; et si tu ne me dis à l'instant . . .
DUPRÉ
Là!... Voilà nos querelles Européennes qui recommencent.
Cœur infidèle ^ cœur volage. (Fragment d'un duo de Biaise et Babet. )
M"^ DUPRÉ
Ensemble.
Crois-moi , redoute ma colère ; Oui , tu pre'tends en vain le faire , Je montrerai du caractère; Oui , redoute ici ma colère.
DUPRÉ
Crois-moi , redoute ma colère, Commence d'abord par te taire ; Je montrerai du caractère :
Oui, redoute ici ma colère.
Mme BUPRÉ.
Dieux , pourquoi donc suis-je venue !
DUPRÉ
Plus que toi je suis mécontent !
Mme DUPRÉ.
Je ne puis supporter ta vue . . .
DUPRÉ
Tu peux t'embarquer à l 'instant.
Ensemble.
Oui, redoute ici ma colère !
( à part )
Dieu ! quel aimable caractère, Sur l'un et sur l'autre he'misphèrc , Toujours le même caractère :
( haut )
Oui , redoute ici ma colère.
Dupre prend son chapeau et sort.