SCÈNE II
HENRI seul, puis LAURE.
HENRI
(La rappelant & demi-Toiz.) lllérèSe !.. (II écoute arec
anxiété.) Le piano s'arrête!.. C'est faiti — Il s'agit maintenant de bien se tenir... Moi qui me croyais complètement guéri!.. Et, en réalité, je Tétais! — Mais la retrouver
LE VOYAGKUll JO'J
veuve tout à coup, c'est troublant,., c'est profondément troublant !.. Sans compter que je vais nécessairement rouvrir la source des larmes... Je vais avoir des scènes de désespoir. . . Elle adorait cetanimal. . . (Se reprenant.) ce malheureux Gaston !
IJAURE, entrant à gauche; gbiement.
Comment!., c'est possible!.. Ah! quelle bonne surprise !
Elle lai tend la main.
HENRI, avec embarras.
Ma chère cousine!
LAURE
Mais je vous croyais aux antipodes !
HENRI
J'en arrive,., et c'est mon excuse, ma cousine, pour tomber si maladroitement
ÎIO LE VOYAGEUR
chez vous au milieu d'un deuil que j'ignorais...
LAURE, se rappelant qu'elle est Tenye et changeant de ton
Gomment I vous ne saviez pas?..
HENRI
Pas du tout... C'est votre femme de chambre qui vient de me rapprendre à l'instant... Vous m'en voyez encore tout bouleversé ! . .
LATTRE) avec contrainte.
Ah! oui,., bien éprouvée I
Henri, ne sachant que lai dire, soupire et lui serre cordialcnient
la main.
LAUREy du même ton péaitrè.
Moi que vous avez connue si vive,., si gaie,., si en train, n'est-ce pas?
HENRI
Ouil.. Ah! mon Dieu! que voulez-vous?..
c'est la vie!., et malheureusement, contre de pareilles douleurs, toutes les consolations sont impuissantes... Le temps... le temps seul...
Hélas! oui... Mon Dieu, ouil
HENRI
Et vous demeurez ici avec monsieur votre oncle, m'a-t-ondit?
LAURE
Oui, mon cousin ; mon bon oncle a bien voulu habiter avec moi... depuis...
HENRI
Depuis la catastrophe?
LAURE
Oui.
tl2 LE VOYAGEUR
UENRI.
Et il va bien, monsieur votre oncle?
LAURE
Non,., pas trop bien... Il a la goutte en ce moment.
HENRI
Ahl vraiment!.. Ah! pauvre homme!..
Enfin, avec une garde-malade comme vous!.. Eh bien! ma chère cousine, je vous remercie de votre accueil si amical...
Vous êtes mille fois bonne de m avoir pardonné mon indiscrétion,., mais je ne veux pas la prolonger .. . Je me retire...
Comment! vous vous en allez?.. Et où allez- vous?
HENRI
Je vais regagner la gare en me promenant tout doucement. Il fait très beau ce soir...
LAURE
Pas tant!.. Il neige! — Et puis, voyons, vous ne pouvez pas me quitter comme cela au bout de cinq minutes, — après cinq ans d'absence... Un parent! un vieil ami!..
D'ailleurs, vous n'avez pas dîné... Où dînerez-vous?
HENRI
Oh! ma cousine,., un voyageur comme moi!..
LAURE
Enfin, un voyageur dîne comme tout le monde... Dînez avec moi, je vous ferai conduire ensuite à la gare... Justement je dîne seule aujourd'hui... mon oncle garde la
ÎU LE VOYAGEUR
chambre... et, vous voyez, j ai fait dresser mon petit couvert dans ce boudoir au coin du feu, parce que la salle à manger est trop froide.
HENRI
C'est une bonne idée.
LAURE
Eh bien! restez!.. Ce sera une charité.
HENRI
Si c'est une charité, ma cousine!..
Il robserre curieusement pendant tout ce dialogue.