SCÈNE III
LES MEMES) PIERRE^ apportant le potage.
LAURE
Alors, — c'est dit, — n'est-ce pas? — Pierre, mettez le couvert de M. d'Albret.
(Elle ajoute deux ou trois mots à toîx basse, pub revenant à
Henri:) Vous me conterez vos voyages,., je vous conterai mes chagrins... Là! mettezvous là I
Ils s'assoient devant la petite table.
PIERRE, après avoir servi sa maîtresse, offrant une assiette de potage à Henri d'un ton lugubre.
Potage printanier?
HENRI, d'une voix ferme.
Volontiers. {^^ mangeant, — avec un accent de condoléance.) Mon Dieu ! ma cousine, je ne voudrais pas risquer de raviver vos blessures à peine fermées... mais je ne voudrais pourtant pas non plus vous paraître indifférent... Permettez-moi donc de vous demander quelques détails sur ce terrible événement. . .
LAURE
Oh! j'essaie de les oublier.
im LK VOYAGEUR
HENRI
Naturellement... Mais cela a donc été bien prompt,., bien soudain?..
LAURE
Oh ! la foudre !
* PIERRE
Monsieur désire-t-il de la sole?
HENRI
Volontiers.
LAURE, à Pierre.
Servez donc du porto à M. d'AIbret.(A Henri.) Vous voyez que je me rappelle votre vîn de prédilection ?
HENRI, slnclinant.
Ma cousine, vraiment!..
Pierre est sorti. Quand il est absent, Laare et Henri prennent un ton plus vif et plus gai. Quand Pierre rentre, Us reprennent le ton de deuil que Pierre observe lui-même.
L A U R E , plus ▼i?ement.
Ah! vous devez me trouver bien changée, mon cousin... bien ravagée, n'est-ce pas?
ilKNRIy très doucemeot raiileor, avec une aisance délibéno.
Ravagée, c'est beaucoup dire,., mais, eu effet, vous êtes un peu changée;., seulement, c'est à votre avantage... Votre beauté, — si j'ose m'exprimer ainsi, — a pris un caractère plus posé, plus correct,., plus magistral.
LAURE
Vous avez toujours été si indulgent pour moi!..
HENRI
Mais non I
LAURE
Si aveugle sur mes défauts !..
2W LE VO\MGEUR
HENRI
Vraiment non! je n'étais pas aveugle sur vos défauts,., je les voyais parfaitement...
Seulement...
LAURE, MurUat
Vous les aimiez !
HENRI
Je les adorais, hélas I
Ils rient légèrement tous dem. Pierre rentre. Us refvtnneat la mine et le ton de oompoactiott.
PIERRE
Poulet chasseur?
HENRI
Volontiers... Vous ne connaissiôE pas la tristesse dans ce temps-là, ma cousine...
Heureusement on ne prévoit pas l'avenir...
LAURB.
Âhl oui|.. heureusement
LE VOYAGEUR tl9
HENRI
C'est un véritable bienfait de la Providence que de nous avoir cacbé notre desti* née future,., sans cela on ne jouirait de rien.
Oh! de rien du tout!..
HENRI
Car il n'y a pas à dire, — à mesure qu'on avance dans la vie, il faut que le cœur se bronze...
LAURE
Ou se brise,., certainement.
PIERRE
Chaud-froid de perdreau?., salade?
HENRI
Volontiers. rim* mh.
890 LE VOYàGEUE
IiAUREy relerantU Tois.
A propos de changement, c'est vous, mon cousin, qui êtes changé !.. vous êtes méconnaissable I
HENRI
Méconnaissable? bahl.. en quoi?
LAURE
Mais autrefois,., je puis vous le dire maintenant, n'est-ce pas?., vous aviez vraiment par trop Tair d'un savant,., vous étiez un peu gauche,., empesé,., emprunté. ••
Votre femme de chambre prononce : empoté!