CATHERINE, PHILIPPE
Philippe (revenant à Catherine gui Cexamine d’un air pensif). Enfin !... nous v’Ià donc seuls... seuls pour la première fois... depuis que nous sommes unis à perpétuité!...
Catherine. Oui , depuis une heure... et je vous dirai que depuis une heure, je ne vous reconnais plus...
Philippe. Bah!... tiens!... tiens !... ça serait doue mon haliit neuf... ou ma frisure. (Il va vers un miroir .)
Catherine. Non, non,... il ne s'agit pas de cela... mais vous n'êtes plus le même... Savezvous que vous avez fait plus de bruit, à vous tout seul, depuis une heure, que Piuchon n’en a fait pendant nos trois ans de ménage?
Philippe. Ah! dis donc. Pinchon. .j'aimerais autant ne pas parler de Pinchon... un jour comme celui-ci.
Cathehine. Pourquoi donc?... c’était un honnête homme rempli de qualités...
Philippe. Et même un peu jobard... soit dit sans t’offenser. (// fait te salut militaire.)
Cathemne. Comment, monsieur... est-ce parce qu'il était docile, soumis... qu'il n'avait d'autres volontés que les miennes... qu'il ne me contrariait jamais... qu'il me rendait fieurcti.se...
Philippe. J’espère bien te rendre trente-six fois plus heureuse que lui , moi , C Appuyant .) mais d'une autre manière... ( Catherine le regarde.) (Il reprend gaiement.) Je suis bon enfant, je ris toujours, et je ne le ferais pas oublier ce Nicodème de Pinclion ! (Faisant le salut militaire.', Soit dit sans t'offenser !
Catherine. Il ne s’agit pas de ça... mais...
Philippe (gaiement,. Tiens... mettons le couvert. Hein?... ça sera gentil à nous deux.. ( Ils prennent chacun un bout de la nappe.) Prends la nappe.
Catherine. Eh bien, soit, mais avaut... je veux que tu m’expliques franchement... (En secouant la nappe pour t'éteiulre, elle échappe des mains de Philippe )
Piuli ppe. Ah ! tu as secoué trop fort .. (Il la reprend )
Catherine. Tiens donc plus ferme! ( Ils la mettent sur ta table.)
Philippe. Il ne faut que l'habitude... ça viendra... (Mettant les assiettes .) I-es couverts, à présent... Ici la mariée et le marié.
Catherine. Oui, oui, mais., je veux que tu me dises.
Philippe (rapprochant les assiettes). Plus près, encore plus près, n'est-ce pas ?...
Catherine (arec impatience). M'écouterastu, quand je parle?...
Philippb (regardant derrière lut). Hein?...
qui ça? où est-il?...
Catherine. C'est à vous!
Philippe (riant) A moi?... Ah! ah! excusez.. . je croyais que tu parlais à Mulot... ou bien à Turc... Tu disais.
Catherine (plus doucement). Qu'on aurait dit que tu faisais exprès, tout à l'heure, devant tout le monde, de me contrarier, de me taquiner
Philippe. Moi! quelle idée!... ( Mettant les couverts.) Ah! ça, nous mettons notre nièce ici... et Mulot à coté d'elle...
Catherine. Du tout... M. Frédéric près de Perrine.
Philippe. Je ne crois pas qu’il vienne... je lui ai dit que je ne l’invitais pas.
Catherine. Et je lui ai dit, moi, que je l’invitais.
Philippe. C’est égal... il ne viendra pas!...
Catherine (arec autorité). Hein?... comment?... voilà que vous recommencez... prétendriez vous me contrecarrer, pour ce mariage que j'ai arrangé... qui est convenu... et me faire accepter pour ma nièce ce petit drôle de Mulot?... un entélé, un raisonneur... qui vous donne des conseils, qui vous moule la tete...
Philippe (gaiement). Ah! bah!... c'est pour rire... Comment? là, sérieusement, tu
PJNCHON.
penses que moi, ancien militaire, j’ai besoin, pour me conduire, des conseils de ce gainin-là ? Je te dis seulement que Mulot es un bon diable, au fond... qu’il aime Perrine, et qu’il lui convient mille lois mieux que ce godelureau qui fait le monsieur, et qui la rendrait malheureuse.
Catherine (impatientée). Et moi, je te dis...
Philippe. Tu te trompes...
Catherine (irritée). Hein?... je me trompe!... j'ai tort !... par exemple!... jamais Pinclion n'aurait osé...
Philippe (gaiement ). Mais je ne suis ni Pinchon I" ni Pinclion II, moi,. . je suis Philippe... (Lui prenant les mains.) Ton petit Phi... Phi... lippe.
Catherine (se dégageant). Laissez... ditesmoi tout de suite que vuus prétendez commander, faire le maître chez moi!
Philippe. Chez nous!., le maître!... moi!...
du tout, quand on s'aime bien... on est toujours d'accord... (Il lui prend la taille.)
Catherine. Finissez... tout ça c'est des raisons, mais j’ai dit à M. Frédéric qu'il épouserait ma nièce... et...
Philippb (riant). Et il ne l'épousera pas!
Catherine. Si fait!... et il dînera ici...
Philippe. Il n'v dinerapas!
Catherine. Il y dînera, et là, près de moi...
(Elle met un couvert près du sien.)
Philippe ( déplaçant le couvert , en riant).
Je te dis que non !
Catherine ( replaçant le couvert). Je te dis que si...
PiULtpPE ; même jeu). Du tout!
Catherine. Monsieur Philippe, je le veux !
Philippr (riant). Madame Philippe... Je ne veux pas.
Catherine ( étonnée , le regardant). Hein ?... il a dit...
Philippe. Je ne veux pas!...
Catherine, (hors d’elle - même , replaçant l’assiette). Eh bien, si!...
Philippe (prenant l'assiette et ta brisant }. Non! (.4 part). Et v'ian!
Catherine (poussant un cri). Ab!...