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d'affaire dans des conditions moins favorables.
Ceci nous ramène à la règle posée plus haut : il faut créer une différence entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas. C’est-à-dire recourir à la contrainte.
Diable ! c’est embêtant ! c’est dur à avaler ! mais résignons-nous ! Quelle contrainte ? ;
La contrainte peut être militaire, autoritaire. Dans ce cas, le travail est commandé, l’ouvrier vient à l’atelier par ordre, sur réquisition ; il y est surveillé ; et, au besoin, puni.
Ecartons cette solution. On peut y être acculé en régime socialiste, mais c’est un expédient affreux et bref.
Supposez que la famine en Russie augmente, et que les chemins de fer ne marchent pas. Il faut qu’ils marchent, et régulièrement, et de façon active.
Si, par impossible, les Soviets manquaient de cheminots, si leur nombre était trop petit, ou leur travail insuffisant, ils pourraient être amenés à militariser les lignes. | Tout comme, s’ils ont besoin d’armes
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LA RÉVOLUTION RUSSE z09
pour résister à un Wrangel quelconque, ils militarisent les grandes usines Poutiloff. Mais ce n’est pas une solution, ni un régime de travail tolérable.
En second lieu, la contrainte peut résulter, tout aussi dure mais plus hypocrite que l’autorité militaire, de la misère. En régime capitaliste, celui qui travaille mal ou ne travaille pas est renvoyé de l’atelier et crève de faim, lui, sa femme, ses gosses.
Cette contrainte par misère est plus inconcevable encore dans une société communiste que la brutale contrainte militaire.
D'abord, la femme et les enfants seront toujours nourris, même si l’homme ne travaille pas. Et puis, n'est-il pas aussi odieux de réduire un homme à la famine que de le mettre en prison ?
Il est vrai que pour échapper à cette faim, à cette misère, il n’a qu’à travailler. En régime patronal, le patron peut lui fermer l’atelier, le jeter à la rue, et le signaler aux autres patrons. En régime socialiste, le travail est là, les ateliers sont ouverts. |
Tout de même cette contrainte qui
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oblige l’homme à travailler pour manger prend ainsi en régime socialiste une forme moins dure.
Mais on peut lui substituer une contrainte plus adoucie encore. Au lieu de refuser la nourriture à qui travaille mal, on peut assurer à qui travaille bien des suppléments et du luxe.
Admettons qu’en société communiste tout le monde, sans condition ni contrôle, ait droit de manger à sa faim. Il suffit d'entrer dans un restaurant et de s’asseoir à table pour avoir droit au pain et à la soupe. Donc la contrainte par la faim disparaît, et le fainéant peut s’en aller, plein de soupe, et son morceau de pain sec en poche.
Mais cet obstiné paresseux qui se refuse au travail, suis-je tenu de Iui assurer autre chose que du pain sec ou de la soupe ? Je ne vois pas pourquoi, une fois que je l’ai mis à l’abri de la faim, je serais obligé moralement de lui donner les mets produits par le travail des autres.
Ceci admis, nous possédons le moyen de contrainte adoucie dont nous parlions, le moyen de créer une différence entre
l’ouvrier qui travaille bien et l’ouvrier qui travaille mal.
Tout travail normal assure à qui l’accomplit des bons qui lui procurent à son choix des vêtements soignés, un logement agréable, des meubles abondants, des aliments fins, une bicyclette.
Ainsi l’homme est sans aucune condition garanti contre le froid et la faim.
JÏl a, sans travail, le pain, l’abri, la blouse. Mais il n’a que cela : au lieu que le travail lui procure la vie aisée, joyeuse, et au lieu du strict nécessaire, le luxe.
Naturellement, ce système de contrainte si adoucie qu’elle cesse d’être une contrainte, — car nous lui substituons un appât, une récompense, — nous impose, en conséquence, des mesures nécessaires dont nous aimerions mieux nous passer. D'abord, il faut que le travail soit surveillé, pour que nous sachions qui travaille bien et mérite les bons de travail.
Il n’y a plus de patron, maïs il faut un chef de travail, un directeur du travail.
Dans les grandes administrations, comme les Postes et Télégraphes, par exemple, c’est facile. Le bureau de poste
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comporte à sa tête un receveur. Nommé par qui ? Par la Fédération postale, évidemment ! Par le Comité Directeur qui répond de la bonne exploitation du service postal, ou par les Directeurs départementaux qu'il a lui-même nommés.
Mais dans l’atelier ? Dans les établissements métallurgiques ?
Le contremaître sera-t-il nommé par les ouvriers qu’il commande ? Respecteront-ils demain celui qu'ils ont élu la veille ? Et s’il court après sa réélection, sera-t-il ferme surveillant ?
L'exemple de nos coopératives et de leur personnel ouvrier, si j'en crois Héliës, est fait pour inspirer à cet égard quelques doutes. Mais, d’autre part, il existe, dès maintenant, des « commandites » ouvrières acceptées par le patronat, où les membres de l’atelier n’ont besoin de personne et n’admettent personne à les surveiller.
Ils s’arrangent entre eux, sans intrusion de l’extérieur. La commandite s’est chargée d’exécuter une tâche déterminée en tel délai déterminé. Au jour dit, le travail est livré.
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