‹ La victoire en dérouteChapitre 29 sur 169 · OMAN ER · texte numérisé non relu

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toire de guerre. Il fallait prendre le Khin et vous installer dessus solidement, sans vous occuper des sentiments des peuples, pas plus que Bismarck, votre modèle, ne s’occupa des sentiments des Alsaciens ni des Lorrains.

Mais vous n'avez pas osé, ou plutôt . Wilson et Lloyd George vous en ont em- 1! pêché. Cette lutte entre les rédacteurs du traité de Versailles explique le caractère hybride de leur œuvre. Wilson restait fidèle à ses idées ; il fondait la Société des Nations. Mais la France avait renié sa foi. D’où l’Europe étonnante dont accoucha la Conférence de Versailles.

Etalez côte à côte deux cartes sur votre table : une carte d'Europe en 1913, une carte d'Europe en 1922. Au premier regard, ce qui vous saute aux yeux, c’est le bariolage si découpé de la seconde. Les petits Etats y fourmillent.

Dans la première carte, de grands Etats composent l’Europe : la Russie, l'Allemagne, l’Antriche, la France, l’Italie.

Sur la carte d’aujourd’hui, voici la Pologne, qui s’étend vers Dantzig à travers la Prusse. Voici la Hongrie, Îa

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Tchécoslovaquie ; l’Autriche est réduite à rien, et la Yougoslavie est devenue un vaste Etat.

Ainsi le trait principal du traité de Versailles et des traités annexes, c’est la substitution des petits Etats aux grandes formations antérieures. La Révolution russe a travaillé exactement dans le même sens. Sur les bords de la Baltique, toute une rangée de petites nations : Esthonie, Livonie, Finlande.

Au Sud-Ouest, l’Ukraine, dont les frontières ne sont pas fixées encore, mais qui prendrait volontiers toutes les côtes de la mer Noire.

D'une facon générale, faut-il considérer comme un progrès cette substitution de petits Etats à de grandes formations Je n’en suis pas sûr du tout. J’inclimerais plutôt à la considérer comme un

‘recul historique. Qui done a soulevé la

question à Versailles ? Personne. C’est un problème qu’on a pas même entrevu !

Oh ! il y avait une excellente façon de reconstruire l’Europe en petits Etats, tout en maintenant les avantages économiques et politiques des grandes forma-

tions : c'était de les unir en vastes fédérations.

Rien de mieux, par exemple, que de ressusciter, dans toute l’immensité du territoire russe ces cent républiques autonomes de la Baltique et de la mer Noire, du Caucase et de la Volga. Mais à condition de les englober dans une Fédération Slave.

Y a-t-il rien de plus bête que de supposer la Russie isolée de la Baltique par la volonté du ruban de petits peuples qui occupent ces bords ? Ils ne le voudront pas, ces petits peuples ! Ce n’est pas leur intérêt. |

En ce cas. puisqu'ils sont solidaires et ?

associés par la nature des choses, constatons-le donc par le lien d’un pacte fédéral ! Mais ils sont trop fiers de leur indépendance reconquise et prennent ombrage de tout ce qui les unirait à la Russie.

Un lien ? Jamais ! Il leur semblerait que leur indépendance est fragile et provisoire. |

De même, quand on proposait de remplacer l’empire austro-hongrois par une

fédération, on était fort mal reçu. Les

Yougoslaves ne consentiront jamais à renouer avec l’Autriche !

Et les Tchécoslovaques non plus.

Bah ?. C’est donc qu'ils ne compren nent pas de quoi il s’agit.

Quand nos troupes d’Orient sont arrivées à Belgrade, elles apportaient aux Yougoslaves la liberté de disposer d’euxmêmes. Puisque les alliés leur apportaient cette indépendance, leur prestige et leurs conseils n’auraient-ils pu leur suggérer, en même temps, les meilleures façons d’en user ?

On pouvait leur proposer l’exemple des Etats-Unis comme le modèle à suivre.

Impossible ?… Allons donc !

Quelques mois s’écoulaient : et les Yougoslaves, inquiétés par l’Italie, cherchaient alliance au loin, du côté roumain, du côté tchèque. Il suffisait de leur montrer que l'Autriche n’était plus rien qu’un petit Etat, moins grand que le leur, et qu’il ne fallait pas s’effrayer d’un fantôme. Dans cette fédération du Danube, ils trouvaient la garantie de leur indépendance, et non la menace.

Comment Masaryk et Benès n’ont-ils pas compris cela ?

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