‹ La victoire en dérouteChapitre 50 sur 169 · SR · texte numérisé non relu

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lait, que l’empereur et son fils étaient en Hollande. Ils étaient l’opposition, voilà pourquoi ils devenaient le pouvoir.

Mais le peuple s’imagine volontiers que, sitôt maîtres, les socialistes vont réaliser, en un tournemain et trois décrets, une société nouvelle où tout ira comme sur des roulettes. Au bout de quelques semaines, on s’étonne. Rien ne va ! Qu’estce que cela signifie ? Les ouvriers des usines demeurent confiants. Maïs si Îles usines chôment ?

Et puis, il n’y a pas que des ouvriers d’usine. À côté du prolétariat industriel, il y a tout ce monde d’artisans, d'employés, de paysans, de petits bourgeois. Grosse part de l’opinion.

. Hélas ! on est obligé d’avouer, en dé- : pit de la plus pure foi démocratique, qu’il ine faut pas faire tout de suite voter le * pays au lendemain d’une Révolution. Pas * plus qu’il n’eût fallu le faire voter si vite + après celle de 1848. Et à plus forte raison E s’agit d’une Révolution socialiste, plus difficile à comprendre, plus lente à réali- ; 8er. | À Ah ! la dictature du prolétariat prend * jei son vrai sens ! et l’on trouve que les

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bolchevistes russes n’ont pas eu tort de : se défier.

Très vite, les socialistes ont perdu le pouvoir en Allemagne, puisqu'ils ont dû le partager, renonçant par là même à la poursuite intégrale de leur programme. Majoritaires, indépendants, communistes 8’excommunièrent, s’emprisonnèrent.

La France refusait de les connaître et de les aïder. Elle faisait le jeu des pangermanistes. Elle s’écriait : « Il n’y a qu’une Allemagne ! une Allemagne qui vent sa revanche et la prépare. »

Ainsi nous obligions les Allemands à détourner leur pensée des transformations sociales, Nous les avons forcés à ne penser qu'à leur défaite, à ses conséquences, au traité de Versailles !

En vérité, la France n’a pas compris la révolution allemande. Elle n’a pas com-

pris l’Allemagne d’après la guerre , ni le mouvement profond qui secouait les masses populaires, ni les aspirations qui les soulevaient.

Trop tard ! trop tard ! c’est venu trop tard !

Ah ! deux ans plus tôt, nous aurions compris. Pour comprendre, il faut la sym-

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pathie. En 1916, une révolution allemande éclatant contre le kaiser, contre les militaires et pour le socialisme aurait enthou-

siagmé la France. Mais fin 1918, trop tard!

Et puis, on ne nous à pas renseignés.

Nous avons vu les fragments : on ne nous a pas montré l’ensemble. Le journal, aujourd’hui, nous racontait ce qui s'était passé à Strasbourg. Le lendemain, les émeutes de Berlin. Nous voyions passer des marins venus de Hambourg et arborant le drapeau rouge. Nous n’avions pas la vue générale de l’Allemagne ouvrière fondant chez elle un régime nouveau.

On nous enivrait de notre victoire. Nous ne pensions plus qu’à cela.

C’est pourquoi, par une incroyable sottise, le public français en arrivait à croire ce que lui répétaient nos réactionnaires :

« Une révolution en Allemagne ? Allons donc ! c’est du camouflage ! un truc adroit pour nous rouler. Ils espèrent nous jeter de la poudre aux yeux, nous faire oublier nos droits, obtenir que nous les traitions en amis. »

Nous n’avons pas compris.

Camouflage ? Quelle pitié qu’une na-

tion comme la nôtre ait pu 8e duper elle-

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