‹ La victoire en dérouteChapitre 58 sur 169 · CAPOT TOUTE PE TE · texte numérisé non relu

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cour, dans le vestibule, dans l’escalier.

Pressensé fendit ces flots de peuple au milieu des acclamations.

Quand il se leva pour parler, silence de mort.

Et pendant deux heures, de cette voix unie monotone et précipitée qui enchainait les phrases en chapelet, sans laisser le moindre intervalle pour applaudir, il nous débita, sur les pays des Balkans, leurs conflits, leur histoire, le péril balkanique, la politique de la France et de la Russie là-bas, le même discours qu’il eût prononcé devant la Chambre ou devant une conférence des ambassadeurs. Il énumérait rapidement, d’une mémoire infaillible, les vingt races diverses, les tribus montagnardes, leurs religions, leurs mœurs, leurs genres de eulture et d’éle-

vage. | Puis, quand nous fûmes renseignés et

très au courant, il nous précisa les intrigues diplomatiques des grandes puissances, l’action de l’Autriche, l’action de la Russie, l'immense danger d’une guerre prochaine. — | Quand il se tut et quitta le devant de la tribune, tout ce peuple angoissé, hale-

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tant, suspendu à ses lèvres, éclata en un tonnerre de bravos et de cris, une triple salve de gratitude.

On lui était reconnaissant de parler dans une assemblée populaire du même ton qu’à des académiciens. Son accent doctoral et infaillible, loin de choquer, flattait.

On le remerciait, au fond de soi, de nous avoir fourni ces renseignements, au lieu de phrases ronflantes, de nous avoir jugés capables de construire, avec eux, une opinion solide.

Je pensais, ce soir-là, aux clameurs de l’époque boulangiste, aux réunions vociférantes, aux poings tendus, et aux 1in- Jures, les yeux hors de la tête, et aux batailles de l’affaire Dreyfus. C'était fini, maintenant, le peuple avait pris l’habitude et le goût des discussions sérieuses :

on ne reverrait plus jamais ces nuits de tumulte et de chahut.…

Dans cette période, qui s’étend de la fondation de l’unité socialé à la guerre de 1914, il est clair que l’action immé:diate du parti ne consiste pas à préparer l’insurrection prochaine.

L'’effort principal est d'organiser le

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parti, de recruter des adhérents, de développer le tirage de L'Humanité, d’éduquer l'opinion. “Joignez-y une recrudescence d’action internationale, une liaison plus étroite avec les socialistes d’Allemagne et d'Angleterre.

En même temps, le mouvement coopératif, où les pays voisins nous proposent des exemples frappants, commence à se dessiner.

Les syndicats se multiplient, les grandes fédérations ouvrières se fondent. La C. G. T,, jalouse de son indépendance absolue, se pique d’incarner seule, en contraste avec le parti socialiste, la véritable action révolutionnaire.

En effet ! ce n’est pas tant la propagande de l’ « action directe » qui lui donne droit de revendiquer ce monopole!

C’est que, désormais, à tous ceux qui pensent à la manière dont croulera la société capitaliste, la forme qui se présente est la grève générale.

Leur esprit ne caresse plus, comme sous Louis-Philippe, l’espoir d’une émeute politique dépavant les rues et dressant les barricades. |

C’est un vaste soulèvement économique,

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une grève générale arrêtant les trains, les usines, fermant les ateliers par toute la France. Croisons les bras ! tous ! Oh !

on s’attend aux gendarmes ! bien entendu ! Mais que feront-ils ? Viendront-ils, chaque matin, chercher chaque travailleur au saut du lit pour le mener à l’usine ?

Pas pratique ! La bourgeoisie sera impuissante. Et si elle veut joindre l’armée aux gendarmes, que diront les soldats ?

Pendant ce temps, le progrès du parti, le succès de la propagande jauressiste, l’ascendant croissant des socialistes dans le Parlement et dans l’opinion donne à beaucoup l’espérance que la transformation sociale puisse être atteinte par le seul développement de la démocratie. Du moins, ce développement peut nous mener si haut, il peut élever la force économique du prolétariat à une niveau tel qu’un jour vienne où l'effort révolutionnaire n’ait plus qu’à secouer l’arbre pour que

les fruits mûrs tombent.

Telle était la situation morale des travailleurs français quand la guerre éclata.

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