Second corpH de^ garde
Placard publié à l'époque des Coavulsionnaires (1730). (Bibliothèque Nationale. Estampes.)
pas un mot de français quand il entra à la Bastille et que c'était moi qui lui avais appris à le parler en si peu de temps. En le renvoyant dans notre chambre, il le pria de se tranquilliser et lui dit qu'il pouvait être assuré que ses affaires prenaient un bon train et, se tournant devers le commissaire Camuset : « Monsieur, lui dit-il, il faut que vous veniez demain continuer l'interrogatoire de M . Linck », et sur ce que le commissaire s'excusa sur la sainteté du jour de Pâques. « Vous savez, lui répliqua-t-il, que cette affaire ne souffre point de remise puisqu'il y a un ordre positif du roi de l'expédier. Ne manquez donc pas d'y revenir lundi prochain. » Lorsque M. Linck, de retour sur les neuf heures, m'eût fait une relation exacte de ce qui s'était passé, j'en conclus que sa liberté prochaine était infaillible et, comme il n'y avait nul moment à perdre, je m'empressai d'écrire à mon épouse, à M. le marquis de Torcy, à M. de Ghamillard et à mes amis, pour solliciter ma liberté. Le curé ne manqua pas d'écrire à sa famille pour le même sujet. Il fut trois ou quatre jours à composer une lettre qui était impayable. Si M. Linck en avait retenu une copie, comme il me l'avait promis, j'en réjouirais le public, car rien n'était plus risible.
Le lundi des fêtes de Pâques, le commissaire ne manqua pas de faire encore descendre sur les sept heures du soir M. Linck qu'il interrogea seulement pour la forme. Il lui fit bien des civilités, le régala même d'une collation où le vin de Bourgogne ne manquait pas. Tout cela sentait bien le branle de sortie, dont je congratulai mon ami à son retour, dans des termes qui partaient du fond du cœur. Il n'y avait que notre prêtre, qui en paraissait chagrin, car Vombre de la prospérité de son prochain suffisait pour l'attrister tant il avait l'âme belle, outre qu'il pensait bien qu'il fallait dire adieu au bon vin, au gibier et à la bonne chère. Le jeudi 12 avril, on fit encore descendre M. Linck pour contrôler toutes ses drogues et en faire des essais devant l'apothicaire de la Bastille en présence de M. d'Argenson et du commissaire, cérémonie fort mystérieuse, mais à mon avis, fort inutile, qui ne servait qu'à persuader aux étran-