‹ La vie à Paris ... 1880-1885, 1895-1910Chapitre 8 sur 12 · GUY DE MAUPASSANT · texte numérisé non relu

GUY DE MAUPASSANT

On inaugure demain le monument de cet écrivain de haute allure. II est bon d'avoir des contemporains et des amis : on ne fait point antichambre au Panthéon. Le poète de Rolla n'a pas encore sa statue, l'auteur de Mademoiselle Fi fi a la sienne. II a son buste plutôt, au bas duquel le statuaire a étendu je ne sais quelle jeune femme colossale qui semble une Parisienne de Brobdingnac. Guy de Maupassant valait hardiment l'hommage que les écrivains vont lui rendre, et la Société des Gens de lettres a bien mérité de la littérature en consacrant ainsi la mémoire de l'un des siens.

Il semble que l'existence de Maupassant, ce mort d'hier, ait déjà la séduction mélancolique de lalégende. L'homme apparaît, donne des chefs-d'œuvre, ajoute l'abondance à la perfection, multiplie les nouvelles supérieures qui font de lui un Mérimée moins sec et

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plus fécond, un Mérimée qui joindrait au drame la note comique et rabelaisienne, un Mérimée qui aurait lu Flaubert, et brusquement il disparaît, emporté par un mal qui frappe souvent les rois de la pensée à la tête, et le souvenir qu'il laisse d'un maître écrivain de pure et forte race française demeure attendri par cette fin douloureuse, précoce, injuste et atroce qui l'atteint en pleine vigueur.

H. Taine, en causant avec moi, le jour où nous apprîmes la mort de l'auteur à'Une Vie — un chefd'œuvre, — le comparait à ces Norlhmans, ses ancêtres, qui couraient le monde, écumaient les mers, aimaient la lutte avec la tempête, la chasse, la pêche, — tout ce qui, pour Maupassant, épris de liberté, de solitude sur son yacht ou dans son ballon, était non seulement un sport, un sacrifice à la mode, mais un besoin physique. Maupassant, en effet, bien que fêté par Paris, n'eut jamais rien du boulevardier. Il était né pour vivre en gentilhomme campagnard, canotant ou courant le gibier parmi ses gars de Normandie, comme Pierre Loti parmi ses Bretons ou ses Basques. Le malheur voulut que ce gentleman faiifnei\ qui était un authentique gentilhomme de lettres, fût séduit par le côté mondain de la vie, eût l'éblouissement des relations titrées, riches surtout, et se laissât étourdir par la sonorité des millions. Rien de plus funeste à l'homme de lettres. L'existence factice, si contraire à sa vie de labeur, devant son encrier et ses feuillets de papier, l'hypnotise. 11 attache un prix inutile à ce qui ne doit être que le relatif, et il oublie que Balzac se contentait d'étudier le Faubourg par la porte entr'ouverte

de solitude qui le poussait à vivre loin de tous sur la j^ ki^..^ ^„ ^« kt^: — -u désert. Tantôt le mon-

M le misanthrope rede-

e temps avant la repré- Tantichambre de ce lique où, sur la recompt, ce lettré délicat qu'est hé à son cabinet, irit, mon étonnement de , dans l'antichambi^e de t ce tapis à fleurs que iplé machinalement.

e ditïil, pour la même

)uyer une demande de rand talent qui la mériestmort sans l'accrocher

is répondre le ministre?

[u'il va répliquer : « Je ler à vous ; je tâcherai irotégé. »

IX rien, moi ! Je ne me imais décoré, je ne serai , je n'écrirai jamais à la

manquait pas de fierté, tites forteresses où l'on ^s et d'où l'on s'évade mt avait fini par donner

un roman à la ttevue, et Alexandre Dumas me disait : « J'achève tout ce que j'entame, vous savez; eh bien! j'ai mis dans ma tête d'amener Maupassant à l'Institut. Il m'aime beaucoup, il m'écoute volontiers. Nous verrons bien. » '

Le coup de pistolet — sans balle de plomb — de Maupassant anéantit les projets de Dumas. Et la catastrophe de Cannes ne me surprit pas.

Quelques mois auparavant, j'avais reçu la visite de l'auteur de Boule de Suif^ qui venait me parler, très sérieusement, d'une pièce nouvelle qu'il devait (c'était au printemps) m'apporter à l'automne.

— Est-ce la Paix du ménage, qu'un jour vous avez communiquée à M. Bodinier?

— Non, me dit-il, il s'agit d'une comédie en trois actes, importante. Je ne veux rien donner avant cette pièce qui, au théâtre, sera mon début.

Je ne lui cachai pas la joie qu'éprouverait le Comité de la Comédie à entendre une œuvre de lui et la satisfaction personnelle que j'aurais à voir son nom sur notre affiche.

— Je sais bien, fît-il, ce n'est plus le théâtre de Ballande, et je n'oublie pas votre article sur l'/fis/oire du vieux temps. Mais précisément voilà où gît le lièvre. Je ne veux point passer par le Comité de lecture.

— Comment? Pour vous, ce ne sera guère qu'une sorte de formalité ! Vous êtes de ceux qui, de par leur nom, sont responsables devant le public !

Très doucement, la voix lente et le regard fîxe, Maupassant répéta :

— Je ne veux point passer par le Comité de lecture.

Gomlei

VOUS la jugerez tout seul, vous la recevrez tout seul, et vous la jouerez !

— Mais encore une fois...

Il m^intèrrompit :

— Je l'écrirai cet été, le plan en est achevé, je vous l'apporterai cet automne, et vous la jouerez cet hiver I

Je regardai son visage, qui m'avait paru amaigri tout à l'heure et, avec sa barbiche en pointe, le faisait ressembler à un chasseur à pied fatigué d'une longue campagne. L'œil était brillant et gardait sa fixité singulière. Pas un muscle de cette figure ne bougeait. La voix, lente et ferme, redisait, répétait encore :

— Je ne veux avoir affaire qu'à vous seul — pas de Comité, aucune lecture publique, — et je vous apporterai ma pièce pour la saison prochaine !

Je compris que, sous cet entêtement, cette résolution d'un cerveau buté à une seule idée, se cachait quelque trouble pathologique ; et, passant à un autre sujet, me parlant de la nécessité où nous étions tous de ne plus goûter à une seule grappe de raisin, tous les raisins de France étant empoisonnés par le soufre, Guy de Maupassant me conseilla de ne pas même manger un grain de muscat, puis se levant :

— Eh bien ! c'est dit. A l'automne. Vous aurez mes trois actes en octobre. Mais aucun Comité ! pas de Comité de lecture !

Je songeai que, du printemps à l'automne, les idées de Maupassant pouvaient se modifier et je le laissai aller, lui disant en riant, à lui qui ne riçiit pas :

aurait pu la prévoir, peut-être, la deviner, cette hantise de la folie, dans telle étude poignante comme le Horla — dans telle nouvelle où passe le frisson de rinconnu, le vertige de la peur. Quelle étude de littérature physiologique pour Arvède Barine, qui étudie déjà la maladie chez Poe et Gérard de Nerval! Y eut-il, chez le pauvre et admirable Maupassant, surmenage ou hérédité ? Fut- il la victime de sa vie factice de mondain ou de ses rêveries de solitaire? De cette existence contrastée quelle part devint la partie morbide ?

On a tour à tour accusé Maupassant de vivre seul par orgueil et de rechercher les succès de k plage par vanité. Le vrai est qu'il était fier et que partout où il allait, promenant ses inquiétudes et ses songes, il souffrait. L'idée de la mort le suivait, sinistre ; la

Bruant. — Un chemineau tragique. — Le tueur de bergers. — Vacher, l'assassin errant. — Un roman parisien; Tenlèvement du prince de Sagan. — La vie privée. — Les interviews d'aujourd'hui et les Mémoires de demain. — Les deux Paris. — La inve droite et la rive gauche. — Passer les ponts ! — La Cour des comptes. — Moineaux francs et bouquinistes. — Dortoirs et parapets. — Les quais littéraires. — Une observation de M. Viviani. — Xavier Marmier. — La gare d'Orléans. — Le bouquinage et les bouquineurs. — L'existence des bouquinistes et la vie des vieux livres.

28 octobre.

— Au gui!... Demandez du gui !...

Et le vendeur, qui passe dans les rues portant des branches de gui vert, ponctuées de baies d'un blanc d'opale, s'en va répétant ce cri où, à travers Paris, l'évocation nous vient des bois désertés, des chênes lointains, de tout un côté de la vie qui n'a rien de commun avec notre existence parisienne.

Les marchands de gui, les crieurs de fleurs

sapins, dans leur collerette de feuilles, les violettes nous font songer à des jours enfuis et, dans un bouquet de deux sous, tient, comme un univers dans une goutte d'eau, tout un monde de souvenirs.

L'homme moderne a pris goût aux fleurs, et qu'il a raison I II retrouve en une rose remontante, en un brin de chèvrefeuille tous les paradis perdus. Au printemps, les violettes comme le muguet sont cueillis dans les bois par les pauvres gens qui vivent de ce sourire des bois. Je sais telle actrice applaudie, adulée, qui, toute petite, allait, sous les arbres de Ghaville et de Meudon, chercher ainsi sa vie, celle de la maisonnée.

— Nous faisions la violette, me disait-elle, un jour, regrettant peut-être ces temps de misère, et nous ne nous plaignions pas !

En automne, elles viennent moins des haies que des jardins et passent par trois mains, celles des horticulteurs, des marchands des Halles et des fleuristes, avant d'arriver aux petites mains pour qui elles sont faites.

Elles vaudront plus cher dans quelques jours qu'aujourd'hui, les fleurs d'automne, violettes ou chrysanthèmes. Les morts aussi aiment les fleurs et, comme le jour de l'An, comme la Sainte-Marie et la Saint-Louis, la Toussaint est un des grands jours de vente pour les fleuristes de luxe et les fleuristes de carrefour. Une botte de chrysanthèmes qui vaut un franc aujourd'hui, vaudra deux ou trois francs quand sonnera l'heure de la visite au cimetière, et s'il gèle tout à coup, pourra coûter jusqu'à cinq francs.

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— Au gui î... Voyez le beau gui !...

Ce chemineau de la rue qui a cueilli le gui vert sur les peupliers ou les chênes, risquant sa vie, car on peut tomber en grimpant pour cueillir, comme un druide de hasard, le gui sacré, risquant la prison, car il est interdit de vendre à travers Paris, — ce chemineau a fait peut-être une longue course à pied avec sa lourde charge, car il n'a pas toujours le moyen de prendre les troisièmes; il est venu de loin, souvent, des bois inexplorés, oCi la concurrence des coupeurs de gui ne se fait pas sentir, et, n'ayant pas le droit de débiter son fardeau aux Halles, il tâche de s'en défaire en marchant, en jetant son cri: « Le gui! Voici le gui I » guettant de l'œil le képi de l'agent de police, comme un camelot qui vendrait des photographies interditeg,lui, ce vendeur de poésie vivante et fraîche, ce chQmineau du gui gaulois, du gui vénéré — qui porte bonheur,

— Au gui I Demandez du gui ! »

Son cri, mystérieux et attirant, s'est perdu au coin de la rue voisine, et le marchand de gui descend vers le faubourg. Je souhaite qu'il ne rencontre pas plus de sergents de ville que le Chemineau du crime n'a rencontré de gendarmes sur son chemin.

On ne peut pas dire, à ce propos, que le roman d'aventures du tueur de bergers fasse partie de la « Vie à Paris ». C'est un roman à la fois médical et rural. La bergerie est ici funèbre. Racan ne l'eût point chantée. Je ne crois pas que le Musée du crime compte beau^

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coup de bêtes fauves de la férocité de ce Vacher. Oa est tenté, après avoir lu les exploits de ce monomane de regorgement, d'aller au Jardin des Plantes jeter aux tigres un regard de compassion et de leur dire : « L'homme vous calomnie et vous avez de terribles émules parmi cette humanité qui fait profession de pitié et se vante de vertus que n'ont point les bêtes fauves! »> Les fauves, au contraire, renifleraient ce Vacher comme un frère, un très grand frère.

Ces révélations sinistres, qui mettent à nu le carnassier encore tapi chez l'homme, comme les rayons Rœntgen mettent en lumière les cavernes de ses poumons ou les déformations de son squelette, sont faites pour nous inspirer quelque modestie. Ni l'humanité n'est bien reluisante dans l'affaire, ni la police des campagnes ne s'y montre brillante. A bien prendre, elle n'existe pas et il sera dit qu'en l'an de civilisation 1897 un spécialiste de l'assassinat pouvait tranquillement se promener par les campagnes, y faisant halte de temps à autre, comme un bicycliste pour regonfler son pneu — mais, lui, pour trancher la carotide à quelqu'un, — populabundus agros^ comme nous disions en nos classes de grammaire.

Cette simple constatation fait douter de nos supériorités administratives et projette sur Vétat d'âme des campagnes une lueur lugubre. Il y a bien des coins sombres, des angles noirs et des odeurs de cave dans le monde aimable et superficiel que nous habitons. Le tueur de bergers est comme un moniteur sanglant qui nous rappelle à la réalité et nous dit de prendre garde. 11 n'y a là du reste aucun problème

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détails; mais je sais aussi que leur malignité s'en amuse et que le piquant et le piment du scandale se mêlent ici à la pitié. La foule évidemment veut toujours tout savoir. Mais pourquoi lui tout dire ? Et que restera-t-il aux faiseurs de Mémoires qu'interrogera l'avenir si les contemporains ont tout révélé, au jour la journée?

Cette affaire de l'enlèvement du prince de Sagan est, à dire vrai, un événement de la jive droite, car il est deux Paris très distincts dans Paris. La Seine fait de la grande ville deux villes différentes. La rive gauche a sa vie propre, sa population particulière, ses gloires spéciales. Tel boulevardier célèbre de la rive droite y est parfaitement inconnu. Tel ignoré de la rue Montmartre est illustre au boulevard Saint-Michel. Ce n'est pas la province, non, c'est un autre Paris, Et ces deux Paris sont si divers que, pour indiquer qu'une cousine ou petite-cousine de Musette et un homme de talent, peintre ou poète, sont arrivés, lui à la gloire, elle à la fortune, on dit couramment :

— Ils ont passé les ponts !

Tout le inonde ne passe pas les ponts, fût-ce le pont aux ânes. Et précisément, dans un petit monde très intéressant et très limité — un monde qui n'a rien à voir avec celui du prince de Sagan, — une agitation se produit qui pourrait presque devenir une révolution si la population qui s'enfièvre était plus nombreuse, une population qui ne veut point passer les ponts.

Il s'agit des bouquinistes* Les bouquinistes sont en émoi. On va démolir la Cour des comptes, raser les

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ruines où tant de plantes ont poussé : nid de verdure entrevu par les plaies béantes. Et, en même temps que les murailles, où s'abritaient, le soir, tous les passereaux, pinsons et oisillons de la capitale, on jettera à terre les étalages des bouquinistes qui s'étalaient, làbas, sur les quais.

Moineaux et marchands de livres seront chassés à la fois. Lorsque tombait le crépuscule, c'était un spectacle charmant et curieux que l'arrivée cfes milliers d'oiseaux, le ralliement innombrable des moineaux francs sur ces ruines soudain transformées en une volière immense. Toutes les corniches de la Cour des comptes devenaient noires de tout cet envahissement de la gent ailée. On apercevait, le long du palais évoniré, comme de longues frises sombres : c'était le liséré formé sur la pierre par ces milliers et ces milliers d'oiseauxblottis les uns contre les autres, frileusement, pour dormir. Et quel pépiement formidable, quelcaquetage étourdissant, que de petits cris formant, dans le chœur de leurs mille notes grêles, une sorte de concert fantastique I Au-dessus du palais ajouré par les flammes, déchiqueté comme un autre Heidelberg, on eût put mettre cette inscription : Ici, les moineaux de Pans logent à la nuit.

Leur dortoir va disparaître. Ils chercheront ailleurs leur asile nocturne. Et les bouquinistes, leurs voisins, se demandent à leur tour où ils porteront désormais leurs boîtes à étalages, puisque la gare du chemin de fer d'Orléans va envahir ces coins paisibles. M. Viviani s'est fait» à la Chambre le défenseur des marchands de vieux volumes. Il s'est écrié : « Que deviendront les

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bouquinistes? » Et son cri d'alarme a été entendu de la rive gauche.

Car la rive gauche ^eule a ses bouquinistes. On rencontre bien, çàetlà^ sur la rive droite, près de la place du Châtelet, du Pont-Neuf ou du Louvre, quelques étalagistes de vieux livres, mais, clairsemés et comme exilés sur la rive droite, ceux-là n'ont pas l'air de bouquinistes avérés. Le bouquiniste classique habite la rive gauche, comme le membre de l'Institut d'autrefois. Il ne reconnaît de véritables quais, de quais authentiques et valables que ceux de la, de sa rive gauche. Le bouquiniste pur ne fait pas comme les grisettes : il ne passe jamais les ponts.

Il espérait, du moins, qu'on lui laisserait cette partie de Paris où il étalait ses livres désassortis ou ses vieilles éditions reliées en veau fané ou en parchemin raccorni. Il semblait faire partie intégrante des quais parisiens : d'autres les habitent, le bouquiniste les ornait. Oui, il les ornait avec cette autre frise aux arêtes disparates et aux couleurs variées qui s'élevait le long des parapets comme une dentelure pittoresque. Je ne connais pas d'autre ville que Paris pour avoir encadré aussi joliment le commerce des bouquins. Londres a des rues entières habitées, envahies par les vieux livres ; mais les bouquins y prennent, dans leurs entassements qui sentent le débarras, l'apparence de détritus. Les quais, au contraire, nos quais, avec leurs arbres, leur perspective, leur plein air, donnent aux vieux livres, aux livres dédaignés ou déchus, un admirable décor, et c'est un cimetière exquis, pour les auteurs défunts (il en est de vivants qui, comme

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nous noyer tout de suite, répètent les bouquinistes. Nous» sommes perdus!

— Que dirait ce bon M. Marmier s'il savait qu'on parle de balayer les vieux livres ! disait hier un des dayens des bouquinistes.

Xavier Marmier, qui, tout vieux qu'il fût, bayait aux livres comme on baye aux corneilles, sur les légendaires quais littéraires, avait laissé, on s'en souvient, par testament, une somme spéciale aux bouquinistes, à charge par eux de la dépenser en un banquet où l'on boirait à sa mémoire. Il est resté célèbre parmi les bouquinistes, comme Janin, comme le vieux Nodier. Mais si les bouquinistes s'en vont, qui parlera du bon Marmier?

On prétend, il est vrai, que, chassés ou non par les futures constructions dé la gare d'Orléans, les bouquinistes disparaissent, forment une sorte de dernier carré qui résiste à peine aux coups des libraires en boutique, une cohorte sacrée, une petite corporation qui s'en va.

— Pourquoi y aurait-il encore des bouquinistes, disent les bouquineurs trop scfuvent déçus, puisqu'on ne trouve plus rien dans la boîte à bouquins ?

Le fait est que les grands libraires écrément, dès le matin, lorsque les bouquinistes ouvrent leurs boîtes, les achats nouveaux, emportent les livres de choix et les cotent souvent à de hauts prix sur ces catalogues qu'ils envoient à leurs clients, laissant le menu fretin au plein air. Les amateurs de livres ont ainsi des rabatteurs et même des fournisseurs qui leur apportent le gibie^' tout tiré» Ih li'oï^t plus, 1^^ îi^^I-

heureux, cette joie un peu fi espère rencontrer la pièce ra comme en un carnier, le faisj trouver en face du chevreuil chastre fantastique poursuiv Dumas.

Le pseudo-amateur de livn ques toutes faites comme o apprêté, est le contraire du / livre rare, ce trappeur de qui ose dire qu'on ne trouve quatre sous? J'en ai tiré, i qui était tout simplement '.

vieille et banale Morale en ac répétée vingt fois comme le leurs livres — la signature ( au collège de Vendôme, I M. G. Hanotaux, n'a-t-il pas livres d'un bouquiniste des ( un volume des Commentai) vous plaît, par Napoléon P'" de près et à fureter, on fei soient rares, de pareilles trc bonnes fortunes et l'imprév adorer la chasse, préférer le tout cuit, aimer les bouquins^ quinage !

Qu'on nous laisse donc ces deurs de livres qui, pour soi?

à la ville de Paris, ont droit; lie parapet et dans ces dix me

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La ïoussaini metières. ■ légendaire!

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— Les le Antonin M Père Lach Mlle Mars.

— La tom

La visite de la doule

Qui a d; reste, com] un sentim ses morts ; de souveni Ta dit sou> lui reproc]

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« un fonds de Jenny l'Ouvrière ». C'est vrai et on le voit bien à Tempressement de cette foule qui, tous les ans, après avoir salué ceux qu'elle a perdus, s'en va porter quelque bouquet à la tombe d'Héloïse et d'Abélard, ou à celle de Mlle Judith Frère qui fut la Lisette de Béraoger. Cette année, il paraît que la grille entourant le coin de terre où gît le Petit Pierre — l'enfant martyr — a disparu sous les couronnes de fleurs. Cette légende de la pitié s'ajoute aux vieilles légendes d'araôur et, tous les ans, le Petit Pierre aura ses couronnes.

Gé sont bien là les vraies gloires populaires. Entrer dans l'histoire est quelque chose, entrer dans la légende vaut mieux encore. Mûrger, dont on a fleuri le tombeau, fait décidément partie de la légende parisienne et aussi le saule de Musset, dont les amoureux arrachent parfois une foliole quand le gardien du cimetière détourne la tête. Toutes les aspirantes à la succession de Rachel vont droit à la tombe de celle qui fut Hermione et Phèdre, et le monument où repose la tragédienne estcQuvert de noms tracés à la hâte, au crayon ou à la pointe du couteau, comme un hommage. Superstitieusement, en traçant leurs noms sur la pierre, les futures confidentes de tragédie croyaient aspirer quelque atome du génie de Rafchel, flottant de ce côté. De même les futures cantatrices iront s'inspirer de la mémoire de celle qui fut Marguerite et Mireille, dont on a inauguré le marbre aujourd'hui même. Il resplendit sous ce pâle ciel bleu de novembre, ce tombeau que nous avons vu au Salon, dans le jardin de la sculpture. Il évoque délicieusement l'image quasi.

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qui l'avait créé (1). La figure, incorporelle en quelque sorte de Mme Miolan, est dans la 63* division — car le cimetière est numéroté comme les avenues de New- York — et voisine du tombeau de TAlboni. Miolan et Alboni I Quelles émotions d'art sublime nous avons dues à ces deux femmes I

J'entends l'une, de sa voix vibrante de contralto, dire à Jean de Leyde, avec un accent profond comme un sanglot :

0 mon enfant, sois pardonné 1

Et Mercié nous fait réapparaître, dans son ascension vers la lumière, celle qui jetait l'appel suprême :

Ange pur, ange radieux!...

A quelques pas de là, sont les monuments des morts de Buzenval et du Tonkin, et lès martyrs de vingt ans peuvent écouter, dans Vau-delà^ le double cantique des deux Muses — dont l'une incarna l'amour maternel et l'autre l'éternel amour...

lia pris, ce matin, ou plutôt gardé son air de fête, le vieux cimetière du Père-Lachaise, où les chevaux traînant les camions et les maçons construisant le monument de Bartholomé viennent troubler les morts. Et le Père-Lachaise fait sa toilette annuelle. Au bout

(1) On dit môme alors à ce propos un joli mot que me rappelait une lettre de M. Gh. Lefebvre : « L' Alboni est une maman ; Pauline Viardot c'était la mère l »

â6â LA VÎË A PARIS.

vants chargés de paquets comme aux heures des visites dnjour de Can, Et qu'est-ce donc que ce jour de3 morts, sinon le jour de Tan de ceux qui ne sont plus?

Mais, dans cette journée où la sensibilité parisienne se traduit par un empressement si universel, où la grande dame qui descend de son coupé pour aller au caveau de famille marche côte à côte avec Touvrière qui porte un bouquet de deux sous au monument du souvenir ou Taccroche à la grille du mausolée des petits soldats morts pour la patrie ; dans cette égalitaire journée où la solidarité humaine s'affirme par la douleur, ce qui m'a toujours le plus touché, c'est ce qu'il y a de silencieux et d'oublié, d'aboli, dans ces cimetières ; — ce sont ces tombes effritées, ces pierres brisées, ces urnes qui gisent, ces grilles qui se rouillent, ces noms qui s'effacent sous la pluie ou disparaissent sous l'envahissement des lichens ou des herbes folles.

Il existe dans cet autre Paris en raccourci qu'est le t>ère-Lachaise des divisions entières délaissées comme certains quartiers de Paris, livrées à l'abandon. Des générations successives semblent avoir passé, oubliant les tombes vides. En ces coins quasi déserts, dévorés par les lierres, les vignes vierges ou les orties, à peine aperçoit-on quelque ombre noire qui, solitaire, se penche sur les pierres grises. Un dernier parent à demi courbé par l'âge et qui rend une visite suprême aux disparus. Le temps a décimé les visiteurs de ces tombeaux de l'Empire, de la Restauration, des premières années de la monarchie de Juillet. Le Père-

places sur aes Douquexs luncDres, Douqueis mamte-

nant absents, tout un bric-à-brac navrant de reliques abandonnées, sur qui tombent les squames d'un toit moisi.

II. n'en coûterait pas beaucoup pour remettre en état cette tombe ; mais ni la Comédie, que la princesse Mathilde invoque, ni M. Boutet de Monvel, l'artiste exquis, et ses frères n'ont le droit de remplacer ceux à qui appartient le tombeau. Mlle Mars doit avoir des héritiers directs.

C'est précisément ce qu'un des frères Boutet de Monvel, l'administrateur du théâtre des Variétés, venait m'expliquer, hier, en m'apportant fort aimablement la médaille de membre de l'institut de Monvel, son arrière-grand-père et le manuscrit autographe de r Amant bourru pour les Archives de la Comédie française.

— Mariée à M. Ronner, Hippolyte Mars a laissé un fils et nul autre que lui ou ses héritiers ne saurait toucher à cette tombe. Ni la Comédie, ni M. Boutet de Monvel, ni ses frères.

En revanche, la tombe de Talma et le terrain où le tragédien repose appartiennent à la Comédie, et il faudra veiller à remettre en état le monument dont les touristes ont brisé, emporté les sculptures. Car ils ne se contentent pas, ces visiteurs armés du Bœdeker, de griffonner leurs noms sur la tombe de Rachel devenue comme un lacis de paraphes, une sorte de carte géographique où s'entre-croisent les signatures disparates ; ils cassent les détails d'architecture et les emportent. Ce que le temps n'a pas fait, les passants le font. Variété de collectionneurs : les écumeurs de

beaucoup plus aux wagons d'un train impérial qu'à des équipages de tziganes. Ils ont un salon, une salle à manger, un fumoir, dans ces maisons roulantes, et la cuisine n'est plus faite en plein air que par les pauvres diables qui ont gardé les mœurs errantes des gitanos. La roulotte du temps jadis, qui coûtait 300 fr., est remplacée par des établissements qui en valent 100,000, 150,000. Bidel, le dompteur Bidel, eût pu recevoir et donner .des five o'clock teas dans ses voitures artistement aménagées. Riche maintenant, collectionnant avec beaucoup de goût les tableaux dans son château d'Asnières, il a cependant, comme tous les forains, l'âme aventureuse, et c'est par là que lui et ses collègues se rapprochent encore un peu des héroïques errants d'autrefois. Il rêve, après fortune faite, de reprendre le fouet et de rentrer dans les cages î

372 LA Vlk A PARIS.

été mieux et dIus insoiré aue dans cette toile. Et,

Je n'imagine rien, et ces énormités ne s' pas. Je dois dire que cette étourdissante ré fut donnée sous l'Empire et qu'à cette épo plaque commémorative ne marquait la de naquit le poète. Bien mieux, tel Annuaii du département du Doubs, donnant la hommes illustres dont Besançon fut le b( mentionnait même pas Victor Hugo !

Donc, j'allais vers Ermenonville à la rec] tombeau de Jean- Jacques et j'en ignorais 1 lorsque, avisant un vieux brave homme qui t courbé sur son champ, je lui demandai de n la tombe de Rousseau.

Il se redressa, me regarda, un moment, ( répéta :

— La tombe de Rousseau?

— Oui, la tombe de Rousseau ! Jea Rousseau I Vous connaissez bien !

— Si je connais I (Il eut un sourire de su] Si je connais Rousseau? Jean-Jacques, vo Enfin, Rousseau, quoi ! Si je k connais? N( été ensemble à l'école. C'était le meilleur du pays I

Que les tout petits soient modestes, en < les profondes ignorances de la foule lorsqu'i plus grands. J'ai rougi, dimanche dernier, Parisiens, en repassant, au parc Monceau, tombeau de Guy de Maupassant sur qui plei feuilles mortes. J'ai entendu quelqu'un dir moi (et je crois, hélas I que c'était une fem: a une belle tête de soldat. Ce doit être un c

byGoégle

au Tonkin I » Un capitaine allemand ne vient-il point de constater, à notre profonde stupéfaction, que sur soixante-six recrues arrivant à son régiment, vingtdeux ignoraient complètement l'existence même de M. de Bismarck?

Bismarck inconnu des soldats allemands ! 11 vaut bien la peine d'être un aussi eflFroyable tueur d'hommes I Je croyais que le massacre assurait, du moins, une popularité que la poésie ne donne pas.

Mais non. Le prince Napoléon, .qui fut un grand dédaigneux, aimait à raconter cette stupéfiante anecdote, d'une authenticité directe. Étant représentant du peuple, il était accosté souvent, au retour de la Chambre, par une pauvre fille au visage superbe, aux grands yeux profonds et à la voix de misère. Un soir, touché, il s'arrête et tend à la malheureuse une pièce de cinq francs qui luisait sous la lumière et qu'elle regardait de ses prunelles avides.

Il semblait que la malheureuse n'en eût pas vu souvent, et le prince Napoléon, tenant la pièce d'argent entre le pouce et l'index, de dire à l'errante :

— Regarde bien cette figure. Est-ce que tu ne trouves pas qu'elle. me ressemble?

C'était, en effet, une pièce de cinq francs à l'effigie de Napoléon I".

La fille examina tour à tour le profil du César gravé sur la monnaie et celui de l'homme qui lui parlait;' puis, ne comprenant pas ce qu'on lui voulait, balbutia un Oui, ajouta : « C'est vrai, ça vous ressemble !»

— Eh bien I qui est-ce, ça ? ajouta le neveu de l'empereur en montrant l'effigie.

Et là-dessus Vamant de Julie déraisonne sur le suicide. Il traite de sophistes ceux qui méprisent ses sophismes et il déclara que ce n'est point pour sfe soustraire aux lois de la Providence qu'on cesse de vivre, c'est pour les exécuter. On connaît le paratioxe : « Pourquoi serait-il permis de se guérir de la goutte et non de la vie ? » On retrouverait une phraséologie analogue dans la lettre adressée au Temps par Armand Dreyfus. A quoi mylord Edouard répond que le suicide honteux et furtif est un vol fait au genre humain.

Mais Dreylus n'avait pas lu la réplique de mylord Edouard. Qu'il eût le droit de disposer de lui-même, encore pouvait-on discuter là-dessus dans le style de Jean-Jacques ; mais qu'il ait entraîné ses enfants dans son agonie, voilà qui est d'un criminel ou d'un fou. Rien de plus horrible que ce fait-divers prenant les proportions d'un événement social, car il y a dans un tel suicide plus de vanité et de pose que de misère. On a des larmes pour les pauvres désespérés qui, devant la détresse féroce, s'enfoncent, en une sorte de grappe humaine, dans le trou noir de la mort. On ne peut avoir que de la colère contre ce candidat au suicide qui envoie sa profession de foi pessimiste aux journaux et songe à la réclame suprême. Ses pauvres enfants !

Et c'est, à dire vrai, une dramatique semaine que nous venons de vivre. Des duels, des suicides^, ùiie poussée morbide, un crime fait d'épouvante incroyable, l'éternel problème aussi du condamné de l'île du Diable, — et, parmi les cris de Paris, au-dessus de la

marins de Tamiral Avelane leur avait conté, su] l'enthousiasme de ce Paris, de telles histoires sansl doute alléchantes comme des contes de fées, qu'ils onl dû se sentir un peu déçus en tombant, parmi nousJ en pleine affaire Dreyfus. Telle une volée d'oiseaux! chanteurs dans un nid de guêpes.

Paris, en dépit de ses millions d'yeux et d'oreilleSi! ne peut tout voir à la fois et tout entendre. Il es^ absorbé, hypnotisé par une question unique, et lesi^ Préobrajensky, qu'il aime et qu'il applaudit, passenç au second plan quand on l'entretient de tous ceg^ drames, complots et mélos qui le troublent de plu^ en plus. ^I

Certes, lorsque les musiciens de la garde impérial passent en leurs coquets et pourtant sévères uniform( par nos rues, ils ne laissent personne indifférent ei lorsque la foule aperçoit le bonnet d'astrakan des? Moscovites, elle ne leur ménage pas ses houi*ras. Vive^ la Russie! Vivent les Russes! sont des cris qui sortent| instinctivement de toutes les poitrines. Mais, pour^ être franc, avouons que la visite cordiale des soldat» du régiment Préobrajensky arrive à une heur( mauvaise et passionne moins la population que C0^ roman dont chaque jour un chapitre nouveau noua| laisse en suspens avec une irritante « suite au pro^ chain numéro » et ce titre inquiétant : La Trahison.

J'espère que ces soldats russes auront assez ÎTé4 quemment fraternisé avec leurs camarades du 28® de; ligne à la Pépinière pour n'avoir pas eu beaucoup di loisirs à consacrer à la lecture des gazettes. Leur idée»| sans doute très simpliste du respect de la hiérarchie)

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