‹ La vie à Paris ... 1880-1885, 1895-1910Chapitre 7 sur 12 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

(pourquoi cela ?) tout autre mme n'ait pas tout le sang- ' un texte de loi, et cet être, araît peu fait pour garder la

nt nécessairement grave. Il il fait passer sa conviction )assion — dans l'esprit des aissionner, c'est le lot de la elle devient éloquente, c'est

e que quelques femmes pénates, je vois surtout ce que la quand je dis la femme, je )yer. On ne parle plus de ce ù les grands-pères autrefois aux montants de la cheminée t faites, jadis, pour marquer, lille des petits. Le foyer, Ime de l'idée de patrie, ou foyer agrandi. On n'a plus c'est de le fuir. Je ne veux e la bicyclette, mais il est oyer court les routes sous la 1 moins élégammentcostumé, fants restent à la garde de la ie la portière. Ah ! le foyer m foyer automobile !

le cabaret, en bas, ont déjà lent séparé les sexes. Lorsque ifession dévolue à l'homme,

de l'amphithéâtre ne sont rien pour l'élève en médecine femme. Ce qui est hideux c'est cette clinique morale : le tribunal, la cour d'assises. Une femme peut, en se dévouant, aller droit au charnier ; je ne la vois pas descendant à l'égout devant témoin.

Mais tout devient réalité, encore une fois, tout, même l'impossible, et jamais le mot de M. de Talleyrand n'a été plus vrai qu'aujourd'hui. Le temps n'est donc peut-être pas loin où l'on ira consulter un avocat et où on lui donnera du cher maître^ en regrettant peut-être tout bas de ne pouvoir ajouter :« Chère maîtresse ». Portia, la Portia de Shakespeare peut nous apparaître bientôt non plus au Lyceum sous les traits d'Ellen Terry,mais au Palais de justice. Le voici venir « ce jeune docteur de Rome nommé Balthazar » qui, dit la lettre de Bellario lue à la Cour de justice vénitienne par Nerissa déguisée en clerc, mérite que « les années dont il est privé ne le privent pas de l'estime des juges ». — « jamais on n'a vu, écrit Bellario, si jeune corps avec une tête si vieille. » Et c'est Portia, ensarobe d'unrouge superbe, c'est Portia qui, devant les magistrats, représente la pitié, l'éternelle pitié — vertu féminine, — Portia qui invoque la clémence, comme la maréchale Booth invite à la prière et miss Maud Gonne à la bataille.

— Oui, me disait fort joliment une femme d'esprit, Portia plaide bien, mais dans une comédie, et Portia n'écrirait pas le Marchand de Venise.

Il y a toute une théorie — et aussi peut-être toute

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M. Gabriel d*Annunzio n'a pas ouvert la liste de ces poètes attirés par la politique comme par Tappétit de l'orage. Alfred de Vigny a été candidat, tout comme Prévost-Paradol et comme Ernest Renan. — Alexandre Dumas père, Balzac, Paul Féval, combien d'autres I ont voulu devenir des hommes politiques, tout comme Chateaubriand, Lamartine et Victor Hugo.

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« Faites crier, écrivait-il enavrill83i, dwnsou, dans Paris, tous les jours, l'opinion publique, bientôt nous passerons tous devant sans y prendre garde I »

Le journal à un sow réalisé par Millaud, l'impuissance de la presse par la diffusion de la presse, prêchée par Girardin, Balzac devine tout. C'est un voyant. Le mot est de Philarète Chasles.

Il avait eu, en achetant les Jardies, la prescience qu'en devenant propriétaire, en cet endroit même d'un terrain choisi par lui, il assurait sa fortune à venir. « Il avait acquis, avec le produit d'un de ses romans, écrit Gérard de Nerval, un terrain à Sèvres, près de la ligne future du chemin de fer, à cent pas d'une station. Il avait calculé cela et le disait à tout le monde naïvement, »

Naïvement? Mais, le bon Gérard ne s'en doute guère, cela est purement et simplement de la divination. Le chemin de fer n'existe pas. Balzac le deviile. La station ne sera peut-être jamais construite? Balzac la voit précisément à l'endroit même où elle est bâtie aujourd'hui.

Ah I l'original qui s'avise de prédire plus d'un demisiècle à l'avance, en politique : la redoutable force de l'armée prussienne, l'alliance franco-russe ; en affaires : le journal à un sou et le railway de Ville-d'Avray ! Vraipient, c'est un de ces songeurs dont les assemblées ont cent fois raison de se passer — voire de se méfier — et que les politiciens font bien, étant pratiques, de renvoyer (comme M. d'Annunzio) à leurs encriers en disant dédaigneusement :

— Marchands de littérature I

Le commandant Rivière, qui, lu romancier d'un rare talent, ne me dii le seul fait d'avoir écrit Pierrot et Ce psychologiques de premier ordre) lui nui dans sa carrière militaire ?

— Henri Rivière, allait-on répétanl littérateur, ce n'est pas un marin !

Le général Bourbaki, mort ce ma fut, lui, seulement et strictement un i belle figure militaire des tempslégenda armée qui disparaît, et ce nom d( comme le nom de Bugeaud, illustré pj de marche qui rendent l'étape moins 1 du combat plus légère. C'est par là qi se mesure. On doit le fredonner en leurs algériens, le refrain à Bourbak de la Retraite: Gentil turco,,.

Et nous revoyons, parla pensée, lès ces turcos campés au bois de Vincenne de la guerre d'Italie. Nous nous rappe grandissait de clameurs enthousiasti lorsqu'on nous contait, au collège, Bourbaki dans le brouillard d'Inkerm< courtine et sur les murs croulants de M j'avais lu de lui des lettres de jeum MoUière, son colonel, où vibrait l'âme siaste. Puis nous avions vu passer ce de la garde et nous savions que les i comptaient sur lui, à l'heure suprême, folie héroïque qu'eussent voulu tentei On nous avait conté, dès les prem

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3i0 LA VIE A PARIS.

sommes loin, et la réalité nous montre un malheureux affolé, n'ayant point d'instruments pour une opération urgente et se servant, dans sa hâte éperdue, du premier objet qui lui tombe sous la main, engin de mort dont il espère faire un outil de salut. Je sais tout ce qu'on peut lui reprocher. Ne devait-il pas faire porter à l'hôpital la malheureuse dont il tenait la vie entre ses doigts fiévreux? Le tribunal, évidemment, ne lui décernera pas une couronne civique, mais il me paraît bien difficile qu'on n'iacquitte point le pauvre diable, dont on eût d'ailleurs loué l'ingéniosité, la hardiesse et la décision — s'il avait réussi.

Ce que je voudrais retenir de la tragique aventure — en laissant de côté la question du nombre effrayant de faméliques créés par la cohue des ambitieux encombrant les professions libérales^ — c'est l'espèce de revanche que prend volontiers, à chaque occasion, l'opinion publique, sur les médecins et sur la science. Il semble que les malades redevenus bien portants éprouvent le besoin de secouer, en même temps que la reconnaissance, le souvenir des soins souvent douloureux qu'ils ont reçus du médecin. Nous ressemblons tous un peu, à l'heure du danger — et à quelques exceptions près, — au bon roi Louis XI suppliant Coictier de lui allonger la vie, et si Goictier n'y réussit point, volontiers, si nous avions le pouvoir du maigre sire, l'enfermerions-nous dans la cage de bois cerclée de fer de La Ballue. Quelquefois, du reste, on envoie Coictier à Mazas, comme dans le cas présent.

Railler les médecins est une de nos traditions gauloises, comme de rire des moines ou de s'amuser

qui, sans lui, n'aurait sûrement que quelques heures à vivre, les seuls sentiments qu'on éprouve sont ceux de l'admiration et de la reconnaissance. J'ai vu, à l'hôpital Lariboisière, une malade, à qui l'on venait de couper la jambe, serrer avec effu&ion les mains du chirurgien en répétant : « Merci î » Elle criait instinctivement, la mutilée, le seul mot que l'on doive à la science, en trouvant, au surplus, très naturel que les savants eux-mêmes aient leurs passions et leurs erreurs, comme le reste de l'humanité.

Ce qui est parfaitement ironique dans les opinions professées à l'endroit et je dirai volontiers contre les médecins, c'est la facilité avec laquelle les 'mêmes gens qui discuteraient avec une facilité merveilleuse la gloire, les travaux et les découvertes d'un maître, acceptent les ordonjiances et les remèdes des charlatans et des rebouteux. Je sais des gens qui se moqueraient des prévisions ou des conseils d'un homme de génie et qui iraient parfaitement consulter Mlle Couédon — que dis-je? — qui y vont. Les somnambules ont encore plus de clientèle etrencontrent plus de croyants que nos docteurs illustres. La foi a ses rebelles, la superstition n'en a pas.

Il m'a été donné naguère de voir chez le docteur Gilles de la Tourette des phénomènes d'hypnotisme, des expériences de divination et de transmission de pensée qui feraient crier au miracle; des sujets en état de somnambulisme obéissant au professeur d'une façon telle que tous les phénomènes du spiritisme se trouvent scientifiquement réalisés. Pourquoi aller à Lourdes lorsque la Salpêtrière est là, où les miracles

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sont tout aussi surprenants? C'est qu'on a beau répéter : « 11 n'y a pas de surnaturel », le surnaturel a son attrait, sa poésie, son invincible force. Tel qui niera les expériences de M. Gilles de la Tourette ou de M. Jean Charcot croira aux photographies spirites, aux dialogues avec les esprits. Je vois, à la Salpétrière précisément, une malade revenue de Lourdes. Guérie? Aucunenïent. Toujours paralytique, après un double voyage fatigant, mais soignée aujourd'hui par un professeur illustre :

^- Allons, lui dit-on, soyez tranquille, on vous tirera de là !

Elle répond :

— Parbleu, je sais bien que je guérirai, puisque j'ai été à Lourdes !

Lorsqu'elle sortira de la Salpétrière, ce n'est pas le docteur qui l'aura remise sur pied, qu'elle remerciera, non, c'est la grotte.

On me répondra à cela : « Eh bien ! voilà le triomphe de cette suggestion dont on parle tant, dont on tant parlé précisément à la Salpétrière! » La foi aux somnambules, aux devineresses, aux tireuses de cartes, aux prophétesses, à Mlle Couédon et à ses puérils verselets d'almanach, c'est le triomphe de l'imagination, c'est la suggestion mise en pratique ; de quoi vous étonnez- vous et vous plaignez- vous ?

Il faut avouer que cette suggestion prend, du reste, des caractères et donne lieu à des cas spéciaux qui méritent l'attention des observateurs littéraires et semblent tout faits pour la comédie. Le docteur Hartenberg décrivait naguère, à la Société d'Hypno-

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<!e n'est pas de votî*e emploi! Vous êtes Achille, vous •êtes Nicomède!... Vous êtes Rodrigue!... Debout! En avant ! Hardiment !

Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans !

Le traitement dura vingl-cinq jours. En vingt-cinq jours ce traitement moral, joint aune hygiène sévère, faisait d'un Brichanteau névropathe et d'un désespéré, un paladin qui, le bras levé, la lame au poing, eût décroché des étoiles. J'ignore si le docteur avait pu lui suggérer en même temps le génie. Quelle classe nouvelle on ouvrirait t en ce cas, au Conservatoire, la « classe de suggestion » ! Mais certainement le médecin avait suggéré au comédien, et par un moyen de théâtre, l'appétit de vivre. On pétrit donc le cerveau ^e l'homme comme une boulette de pain?

Et voici qui est plus curieux peut-être. Un docteur van Reutherghem a traité, disait-il, récemment un de ses confrères atteint, lui aussi, d'une maladie de nerfs. Cinquante-six ans, hystéro-neurasthénique, facile à endormir. Pour se bien prouver à lui-même tout son pouvoir, le docteur fit sur son malade, plongé dans le sommeil profond, une expérience décisive. Il ■est ambitieux ce neurasthénique, et attendant avec impatience sa promotion à un poste important. Et sans doute les affres de cette nomination ajoutaient quelque chose à la sensibilité nerveuse. Quoi qu'il en .^oit, le docteur suggéra à l'ambitieux endorihi de donner par avance sa démission du poste si violemment sollicité.

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— Ma démission î Et pourquoi?

— Oh ! la raison est .toute simple. C'est votre santé qui l'exige !

Puisqu'il le fallait, la santé primant toute chose, la démission fut écrite et sous la dictée du docteur: « Monsieur le ministre, j'ai le regret de vous prier de. . . etc. » Mais le piquant, c'est que l'anémie du malade ayant disparu, lorsqu'on lui présenta sa propre démission, écrite de sa main, signée et paraphée authentiquement, la vue du papier administratif lui causa une émotion telle « qu'il eut, dit son confrère, une crise hystérique ». Crise, d'ailleurs, sans conséquence fâcheuse, ajoute vivement l'auteur de l'expérience.

Mais que voilà donc une méthode qui rendrait facilement service à la légion des gens ambitionnant la place d'autrui ! Il n'est point de si'petit sire qui, occupant une place quelconque, n'ait en son sillage, comme autant de requins gros ou minces, des rivaux, les yeux avidement attachés sur sa personne, épiant anxieusement sa marche et son allure. Que de fois un vœu pareil à celui-ci doit-il éclore dans les cervelles impatientes et même voltiger sur les lèvres avides: « Si cependant X... .pouvait avoir quelque fièvre maligne ou seulement être écrasé par un complaisant omnibus ! » Ce sont là les patenôtres ordinaires des employés fidèles de l'administration, grands ou médiocres, chers à Balzac. La suggestion hypnotique permettrait heureusement d'en finir plus vite avec ces ambitions qui congestionnent les fronts et dessèchent les cœurs.

Il suffirait de suggérer à celui dont on guette la place, de prendre en sommeillant un feuillet de papier et de rédiger une démission rapide, mais en bonne forme. Ce moyen très facile, ingénieux, scientifique et littéraire simplifierait singulièrement les situations et enlèverait bien des insomnies aux impatients qui veulent avancer, fût-ce sur le corps du prochain.

Lutte pour la vie I On a vu, par la biographie du docteur Laporte, dont nous parlions tout à l'heure, que pour bien des gens la lutte est rude. Elle le deviendra plus encore. Songez que ce docteur, qui courait, la nuit, soigner le prochain, vivait avec peine, je pourrais dire vivait à peine, et après tant d'études faites et d'efforts tentés, avait pour toute fortune quelques sous en poche ! Il y a même, cette semaine, un dessin poignant de Willette: un médecin hâve et triste assis au chevet d'un malade et rédigeant une ordonnance pour le client : « Vin de Bordeaux, viandes saignantes, huîtres armoricaines », et songeant qu'un tel menu serait bien utile à son propre estomac délabré par les jeûnes !

Un syndicat de médecins parisiens vient de plaider la cause du docteur Laporte et de déclarer que nul chirurgien n'osera plus prendre sur lui de faire une opération urgente s'il risque d'être poursuivi le lendemain. Le docteur qui dictait à son confrère « la démission par suggestion » n'eût-il pas risqué de se voir lui-même accusé si son expérience fort curieuse avait été mal prise ?

En fin de compte, la morale de l'aventure est que nous exigeons trop de la science et qu'il serait bon de

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XXVJI

Une inauguration à Penmarc'h. — Le phare d'Eckmûhl. — Un salon de Paris. — La fi-lle de Davout. — Notes et souvenirs sur la marquise de Blocqueville. — La comédienne et la grande dame. — Madeleine Brohan et la marquise. — Un five o'clock pendant les journées de mai. — L'uniforme de Davout.

— Monument de salut en l'honneur d'un homme de guerre.

— Propos parisiens. — Le docteur Laporte. — La science des commères. — Les examens du Conservatoire. — Comment M. Dupont- Vernon régla ses funérailles. — La définition du comédien. — La cohue. — La bataille pour la vie. — Le projet d'un pessimiste. — La philosophie de la table rase.

21 octobre.

J'ai beaucoup connu Mme la marquise de Blocqueville, fille du maréchal Davout, dont les dernières volontés viennent d'être exécutées par la construction du phare d'Eckmûhl, élevé à Penmarc'h devant la grande mer. Elle voulait bien m'honorer de son amitié. Son salon du quai Malaquais fut un des derniers salons parisiens où l'on pût causer non seulement des petits événements de la journée mais des hautes questions

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l'ombre de pédantisme ou d'apprêt. el hôtel du quai Malaquais, proche le 'un très beau décor, demeuré célèbre, imeray^ nous*montra, un soir, sur la édie. La fille de Davout y occupait, ^e, un appartement meublé avec un salon, tout peuplé des souvenirs de at sur un boudoir tendu de soieries Lisement brodées. A quelques pas du [irabeau, quatre maisons après l'hôtel irent tour à tour la princesse de Conti, i, le duc de la Trémoïlle et le duc

[me de Blocqueville avait sa physiore, avec la statue de bronze de Davout, ir son bâton de maréchal, semblait unions de la marquise. Cette statue, e qui fut élevée au soldat par la ville resse, je crois, maintenant, dans la du phare de Penmarc'h. Elle entend, auseries d'autrefois, le sourd grondenarée sur la côte.

causerie même de son salon qu'est née ocqueville l'idée d'allumer, là-bas, à iux, une lumière qui brille toujours X matelots le danger, les en détourner, ent, la marquise rappelle combien le baron Baude, le marin, lui répétait anses bretonnes restaient obscures, rques au passage. Et ce sujet poignant arque les propos qu'on tenait au

quai Malaquais, où la vicomtesse de Janzé lisait son livre sur Alfred de Musset, où l'on faisait aussi de la musique et où l'on jouait des comédies de société, par aventure.

Il semblait que les souvenirs de V épopée, comme on dit aujourd'hui, fussent encore très vivants dans ce salon où le duc d'Auerstaedt, sur son socle, entouré d'un palmier, montrait son visage sévère. Parmi les noms illustres des lettres nouvelles, des musiciens ou des artistes célèbres, on y entendait annoncer les noms glorieux des grandes guerres impériales. J'y ai vu entrer, un soir, rayonnante de jeunesse, Mlle d'Albuféra, et je fus frappé de la ressemblance atavique de l'aristocratique jeune fille avec Suchet, son grandpère. Au milieu de ses invités, la marquise se tenait, assise en son fauteuil, très belle sous ses cheveux blancs que recouvrait une dentelle, et souriante, accueillante, ressemblant beaucoup à la très aimable Madeleine Brohan dans le Monde où Von s'ennuie. Le bruit avait même couru jadis que la comédienne, pour jouer la marquise de Réville, s'était composé la physionomie de Mme de Blocqueville. La vérité est que les deux charmantes femmes se ressemblaient singulièrement.

La grande dame ne s'était point formalisée, du reste, de ce hasard. Elle avait des indulgences exquises et chez elle la bonté naturelle était à la hauteur de son esprit. Une bonté qui n'allait pas sans malice, discernant fort bien le petit défaut de ses meilleurs amis et le leur signalant avec une bonne grâce qui savait tout dire et faisait tout passer. C'est ainsi qu'un soir, dis-

Goo^la.

occupée encore par les fédérés et s bombardement du général d'Auerst de Cissey postés aux deux extrémités deux généraux étaient précisément marquise et, en recevant leurs obus ville disait, souriante :

— J'ai là deux cousins qui ont un de se rappeler à mon souvenir !

ipjn de ces terribles jours-là, ui fédérés envahit l'hôtel et, capitain occuper le salon delà marquise pou des fenêtres. Lorsque la femme de ch terrifiée, vint annoncer à sa maîti soldats de la Commune, la fille de son sourire.,.

— Ils disent qu'ils veulent entrer quise, et ils crient qu'ils entreront!

— Eh bien! ma fille, il faut les fai même les recevoir !

Le vieux Philippe de Ségur, l'aca naire qui avait été laissé pour mort à accueilli de même, en reprenant le dément pour blâmer le débraillé d( les fédérés qui venaient réquisitio marquise de Blocqueville apparut à seuil du salon où ils posaient la cro un éventail à la main, le sourire au les visiteurs comme elle eût salu( son five o'clock iea,

— Entrez donc, messieurs.

Animés, noirs de poudre, tout fu

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leur montrer qu'elle n'avait pas peur, la marquise disant : « C'est mon heure », tandis que les canons faisaient rage et que les obus de ses cousins de Gissey et d'Auerstsedt pleuvaient toujours.

Mme de Blocqueville se montra encore, un peu plus tard, la fille dé Davout, lorsqu'elle répondit une lettre fière et indignée à M. de Moltke qui avait accusé de déprédations le prince d'EckmUhl gouvernant Hambourg. Et le feld-maréchal allemand répondit à la lettre en s'excusant. La marquise adorait ce père qu'elle avait si peu connu et qui l'avait à peine fait jouer sur ses genoux. Elle a voulu, comme elle le dit en son admirable testament, qu'un phare portant le nom du vainqueur d'Auerstœdt s'élevât sur un terrain solide, granitique, afin, dit-elle, que ce nom demeure longtempsbéni.Son exécuteur testamentaire,M.Le Myre de Vilers, faisait éloquemment, dimanche, ressortir la beauté du sentiment — et de la phrase qui l'exprime -^

m est aouDiemeni précieux : u me vieni ae la nue ae Davout et il fut rapporté de Potsdam par le maréchal, qui l'avait, pour toute dépouille opime, pris comme souvenir dans la bibliothèque du grand Frédéric.

Et puisque je parle de Davout, le Musée militaire installé aux Invalides et qui recevait naguère le mas* que du général Renault, Renault V arrière-garde, tué à Champigny, et le képi que le ducd'Aumale portait à la Smala, ce musée de l'armée pourrait, s'il avait les fonds nécessaires, acquérir une relique qu'il m'a été donné de voir récemment et de toucher. C'est, chez M. Chalain, le costumier, l'uniforme authentique du maréchal Davout, l'uniforme brodé d'or du colonelgénéral de la garde impériale à pied.

A voir de près cet hs^it bleu à parements rouges, ce ceinturon aux broderies d'or fin, pesantes et représentant des boucliers et des glaives dans le goût des ornements architecturaux de Percier ou des dessins de David, à soupeser ces épaulettes, à regarder ces boutons d'or massif, cet uniforme qui semble tout neuf, on se trouve brusquement comme face à face avec l'his-

muscles de fer n'avaient pas tous la carrure d'épaules qaer l'on constate chez un Kléber, que Gros donne à Lasalle, qu'on voit à Fournier-Sarlovèze, dans le portrait du Louvre. Hoche, amaigri et phtisique, flottait dans son uniforme. Une curiosité d'historien voulant se rendre compte de la stature même d'un personnage illustre m'a poussé à endosser pour quelques instants l'uniforme de Davout que possède M. Chalain. L'habit de grenadier du gouverneur de Hambourg, du terrible homme qui maintint la discipline de ses troupes jusque dans les neiges et la débâcle de Russie, est d'une étroitesse telle que j'ai eu peine à y entrer. On ne s'imagine pas Davout mince et le torse presque grêle tenant tête à Murât, cet hercule. L'uniforme est là pourtant qui semble un irréfutable témoin.

Ce nom redoutable de Davout, sa fille en avait fait, selon son expression, un nom béni et l'inauguration

une femme donner à un opérateur — malheureux sans doute — des leçons de chirurgie, et si le vulgaire devait voter sur les progrès delà médecine, il faudrait en demeurer là et revenir aux remèdes de bonnes femmes.

J'aurais voulu voir ce duel entre le docteur timide, gauche et maladroit, et l'accusation. Mais on ne saurait avoir le don d'ubiquité, et nous assistions dans la petite salle du Conservatoire, au défilé annuel des candidats qui rêvent la conquête du théâtre. Ce n'est pas un petit travail. Ecouter, deviner, juger, prendre des notes, près de cent scènes différentes — quatre-vingt-quinze en réalité — se succédant de midi à la nuit. Lorsque la journée est finie, souvent la migraine est venue.

Il y a cependcint une suspension de cette longue audience. Alors on cause, et nous parlions hier de ce pauvre Dupont-Vernon qui ne reprei^dra plus là sa place acc^ dtumée. Le très dévoué artiste a donné jusqu'au dernier moment un exemple de bravoure professionnelle, et M. Silvain nous répétait ce que lui avait dit des dernières volontés du comédien son camarade M. Prudhon revenant de Puiseaux.

Pour M. Dupont-Vernon, le jour de ses funérailles devait lui être une occasion de traiter cette Comédie française qu'il avait bien servie. Calculant que sa petite ville du Loiret est assez éloignée de Paris, il tenait à ce que ceux de ses camarades qui viendraient à son enterrement trouvassent chez lui un déjeuner dont il eût volontiers rédigé le menu, comme il avait choisi les airs que le chef d'orchestre de la Comédie

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jouerait à l'église. Je ne sais pas beaucoup d'exemples d'un tel sang-froid et d'une telle précision.

— Vous me conterez cela plus en détail, dis-je à M. Silvain, comme la séance d'examens recommençait. On a écrit un livre sur les singularités des mourants, les Originaux de la dernière heure. Votre camarade me paraît pouvoir figurer parmi les plus braves.

« Oui, m'écrivait l'excellent sociétaire, ce pauvre Dupont s'était vu mourir et il avait, avec la tranquillité d'âme d'un philosophe, il avait stoïquement réglé luimême l'ordre et la marche de ses propres obsèques. Il avait tout prévu, jusqu'à faire ratisser les allées de son jardin, jonchées des feuilles de l'automne, pour les traverser dignement une dernière fois — entre les quatre planches — au milieu de l'assistance émue et recueillie de ses chers camarades de la Comédie.

« Il avait fait dresser dans la vaste salle à manger une table copieusement servie de volailles et de venaisoi^s froides et parée des meilleurs vins de sa cave. Il voulait que sa maison nous laissât un suprême souvenir de sa cordiale et plantureuse hospitalité. Le corbillard était traîné, toujours selon ses dernières volontés, par son propre cheval, recouvert d'un drap noir semé d'argent. Le domestique avait pris place sur le siège, occupé d'habitude par le croqùe-mort. Dupont était adoré par ce bon serviteur comme il l'était des habitants de Puiseaux et des paysans des environs qui l'avaient autrefois élevé à la dignité de conseiller municipal. Un détail touchant: un plombier et un charpentier, ses condisciples d'enfance, avaient sollicité l'hopnewr d^ la veillée du corps ^t ils pnt^

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SOUS la veste de velours de l'ouvrier, passé une nuit auprès du lit mortuaire — dans la chambre richement meublée. Enfin, et cela vous le savez, M. Laurent Léon a fait exécutçr la Marche funèbre de Chopin et là, du moins, s'est réalisé un des souhaits suprêmes de notre ami. »

Je retrouve, au bas d'un portrait que m'avait jadis signé M. Dupont- Vernon, cette pensée qui résume son opinion même sur l'artiste dramatique :

« On a dit de V homme qu'il était une intelligence servie par des organes; je dirai du comédien quilest un organisme en vibration au service de ^intelligence d' autrui, »>

Lui fut, du moins, une intelligence au service du devoir,au service aussi des efforts et des progrès de ses élèves, et, en ce sens, l'honnête homme très distingué qu'était Dupont-Vernon pouvait, en son genre, passer pour un altruiste.

Et la cohiie des aspirants aux « planches » continue à se presser, à se pousser aux portes du Conservatoire comme la foule des stagiaires se bouscule aux portes du Palais, comme la grande armée des conscrits de lettres s'étouffe à la porte des journaux, comme le torrent des étudiants en médecine vient battre les portes de l'école et celle des hôpitaux, comme le flot grossissant des futures institutrices bat les portes de l'Hôtel de Ville! Terribles portes, durement closes, portes de paradis rêvé qui se font portes de prison. Tout étant assiégé, obstrué, engorgé, partout la lutte est âpre, la concurrence farouche, les rivalités féro-

cohues s'étoufferont aux mêmes portes, les mêmes déboires attendront les mêmes chasseurs de chimères, et l'on en viendrait presque à donner raison à ce pessimiste ou à cet apôtre qui souhaitait qu'on réduisît à néant, d'un seul coup, toutes les connaissances acquises, qu'on laissât le cerveau humain, oubliant tout et n'apprenant plus rien, comme en jachère pendant des années, et que, l'homme moderne reprenant des forces et se refaisant des muscles durant une période de brutalité salutaire, on reconstruisît en quelque sorte une humanité sur un terrain vierge,

— une humanité nouvelle où il y aurait moins de candidats et plus d'hommes, moins de féministes et plus de femmes.

Arriver au progrès en rayant le progrès, à la science de la vie par une période d'ignorance absolue ; organiser le futur banquet de l'existence où se pressent tant d'infortunés convives par la table rase préalable

— c'est un énorme paradoxe qui pourrait devenir une vérité. — Si nous essayions?...

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