GRACES DE L ADOLESCENCE
Les grâces eucharistiques et les tertus de TEsprit- Saint développèrent les germes précieux que le baptême avait déposés dans le cœur de Benoît-Joseph, leur communiquant une germination plus active et une nouvelle Ho raison.
Les saveurs de la manne céleste exaltèrent les désirs d'austérité de cette âme. Benoît-Joseph, désormais affamé de la nourriture divine dont il connaissait enfin les délices, répugnait, pour ainsi dire, aux aliments matériels et les méprisait. Aucune des douceurs auxquelles la jeunesse est accessible ne pouvait le tenter. Quelquefois son oncle remployait à cueillir les fruits qui abondaient dans le verger; jamais il n'est arrivé à Benoît d'en goûter un seul.
Sa réserve tenait à la fois de la sobriété et du respect de la justice. Il savait qu'il ne pouvait disposer de rien sans la permission de son oncle, et jamais il ne l'a demandée. Unjour, il était occupé à ramasser des fraises, et une petite fille (1) lui en demanda quelques-unes.
(i) Austreberte Desplanques, plus lard religieuse converse des Ursulines.
Uciioît en eût donné volontiers, mais il fallait, disait-il, li permission de son oncle. L'autre enfant insistait, trouvant que c'était bien peu de chose, et que l'oncle n'en saurait rien. Benoît alois répondit gravement que Dieu le saurait. Il réprimanda assez vertement, quoique avec douceur, cette petite, qui avait environ sept ans, et l'engagea à se confesser au plus tôt de l'insinuation mauvaise qu'elle avait faite à son prochain. Il ne se contenta pas d'un avis, et, à deux autres reprises, il rappela à cette enfant l'obligation où elle était de se confessur à ce sujet : il en était en peine.
Ce sentiment de justice ne se manifestait pas seulement quand il s'agissait des convoitises d'autrui. Un compagnon de son âge lui offrit un jour des cerises; et Benoît de s'informer aussitôt à quel titre il en disposait. L'autre assura qu'il avait permission de son père pour en prendre et en offrir. Benoît alors accepta. Toutefois, comme il gardait encore quelque scrupule, il ne toucha pas à ces fruits et les laissa se dessécher.
Il était maître do sa bouche, et, disait son oncle, il eût foulé aux pieds les fruits les plus exquis du verger, sans se laisser tenter. Il aurait même eu scrupule de ramasser ceux qui étaient tombés des arbres et qui étaient à demi gâtés. Le goût d'une nourriture supérieure ne le portait pas seulement à se retrancher le superflu et la douceur des aliments ; il se privait souvcu; d'une partie de ses repas, et en disposait secrètement en faveur d'un pauvre.
Si son oncle l'eût laissé faire, il eût, dès son enfance, pratiqué exactement les lois du jeûne, dont les observan<;cs étaient alors autrement sévères que de nos jours.
Quant il eut seize ans, il fallut céder à ses désirs et lui [jermettre de garder les préceptes de l'Église. Jasque-là, il avait déploré le sort de ceux qui ne mêlaient pas, pendant le carême, leurs jeûnes aux prières de l'Église (1). Toutefois, il avait certaines industries pour se dédommager: il était ingénieux à éloigner les morceaux délicats et savoureux et à obtenir les plus grossiers et les plus communs; il fallait le contraindre, pour ainsi dire, afuj de lui faire accepter la nourriture indispensable.
Il savait même rendre légers les repas qu'il partageait avec son oncle ; il quittait la table aussitôt qu'il avait pris ce qu*il estimait sa suffisance. Un jour un ecclésiastique (2), qu'hébergeait le curé d'Erin, demanda si sa présence était la cause de cette promptitude à quitter la compagnie. Benoît aussitôt se remit en place et ne s'éloigna que lorsque son oncle lui eut donné la permission.
Cet oncle savait à quoi était employé le temps épargné sur les repas. Ce n'était pas l'attrait des études lit< téraires qui emportait cet aimable écolier. Il était appliqué, exact, intelligent, et ses progrès dans les lettres étaient sensibles, surtout durant les premières années. Il avait même une certaine avidité de lectures, et la bibliothèque de son oncle lui suffisait à peine. Quand il allait à la promenade, il avait toujours soin de se
(1) Sa mère, Anne-Barbe Grandsir, ciie les paroles du Bienheureux : 0 Voici, disail-il, le carônoe heureusement terminé pour ceux qui ont jeûné, et mal fini pour ceux qui n'ont pa.jeûné. »
(2) Mich.-Jos. Flamand, depuis chanoine de Boulogne.