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m"nir d'un livre, afin de ii'<Hre pas a«i dépourvu, si son oiJrle faisait une rencontre ou visitait quelqu'un; mais les livres de piété étaient seuls à lui plaire. A peine y entremôlait-il quelques autres ouvrages.
Le goût de la lecture n'est pas rare chez les jeunes gens; mais la plupart de ceux qui le ressentent se prennent surtout aux livres d'histoire. La communion avait ouvert chez Benoît-Joseph d'autres attraits, où la nature n'était pour rien. Les aliments de l'esprit lui paraissaient même grossiers: il avait des aspirations supérieures. Son vrai bonheur était de converser avec Dieu. Là était le secret de son amour de la solitude.
Il y avait au presbytère d'Erin un cabinet écarté, où il se retirait et où il prenait ses meilleures récréations, seul avec son divin Maître. Le temps alors ne lui durait pas, et, après de longues heures, il fallait l'arracher à sa contemplation. Il en sortait plein de dégoût pour le monde. Les joies lui en répugnaient. Il voulait bien, les jours de congé, aller visiter les ecclésiastiques pieux du voisinage ou quelque malade de la paroisse; mais les jeunes compagnons de son âge, qui venaient lui proposer quelque partie de promenade ou d'autres plaisirs, avaient le plus souvent à s'impatienter de ses refus, et parfois lui reprochaient avec vivacité son dédain de tout délassement. Benoît alors répondait avec calme que son plaisir était dans sa chambre.
Néanmoins il avait des condescendances, et il évitait le j'eproche de singularité. Un jour de fête, de dumsse, selon le terme de l'Artois, comme les fêtes populaires des campagnes étaient loin d'être aussi scandaleuses et grossières que les ont faites les progrès de la liberté, et
comme il y avait encore, à cette veille de la Révolutioii<. des divertissements honnêtes pour un peuple en joie, le curé d'Erin pressa lui-même son neveu d'aller se divertir avec quelques compagnons ; et, par obéissance, Benoît se rendit au champ de fête. Mais, cédant bientôt à son attrait, il quitta la compagnie et se retira dans une grange; on l'y trouva à genoux, en contemplation devant un crucifix, qu'il avait placé contre la muraille.
Ses délices étaient uniquement au pied de la croix. Il en rapportait un esprit de recueillement habituel, qui frappait tous ceux qui l'approchaient. Sa conversation n'était vraiment pas avec les hommes.
Il prenait quelque plaisir à s'ouvrir sur des sujets de piété, et son zèle l'engageait à donner quelques avertissements aux compagnons de son âge ou aux enfants plus jeunes. Ces avis témoignaient de sa sagesse, et ils étaient donnés avec tant de bonne grâce qu'on s'y rendait volontiers.
Le neveu du curé n'était pas sans crédit dans la paroisse d'Erin; il imposait une sorte de respect. Aussi la princesse de Croy, qui était dame du lieu, comme on disait alors, l'appelait-elle en riant son petit curé. Le dimanche, sur la place de l'église, il se mêlait aux groupes et trouvait occasion d'adresser de bonnes paroles, d'arrêter de sots discours, parfois même de prévenir un peu de désordre. Il étendait sa vigilance sur tout le bourg, et ayant remarqué qu'une petite fille orpheline, âgée de neuf ans, n'allait plus à l'école, il lui en demanda la raison. Elle répondit que les parents qui avaient soin d'elle,ne voulaient plus l'y envoyer, et elle se mit à pleurer. Benoît alors de chercber à consoler
celte enfant. 11 lui pruposa d'aller jusqu'à la porte de l'église. L'église à ce moment était fermée. Il fit mettre la petite à genoux sur le seuil, et récita avec elle un Pater et un Ave, répétant trois fois ces paroles Que votre volonté soit faite ^ afin d'insinuer dans le cœur de l'enfant les sentiments d'obéissance dont elle avait besoiUr II lui recommanda ensuite de ne pas insister pour aller à l'école, de se tranquilliser et d'obéir en paix à ceux qui avaient autorité sur elle. Il lui promit de prier pour elle, et récita tout aussitôt un De prof im dis pour le repos del'ame de sa mère; et, lui ayant encore fait répéter trois fois les paroles : Loué et adoré soit à jamais le Très-Saint- Sacrement de l'autel, il quitta l'enfant, consolée et résignée, disait-elle elle-même dix-huit ans plus tard, en témoignant dans le procès d'information.
Cette sagesse précoce était toute puisée aux sources divines. Si Benoît-Joseph aimait la conversation avec Dieu dans la solitude, il lui trouvait un bien plus grand attrait en présence du tabernacle. Sa dévotion aux prières de l'adoration perpétuelle n'avait pis faibli, et les distances ne le retenaient pas lorsque l'exposition du Saint-Sacrement avait lieu dans quelque paroisse du canton. Il eût passé les jours et les nuits devailt l'Eucharistie : il commençait à goûter aux délices de cet entretien sublime qui devait le séparer de tout commerce avec les hommes. Dans le règlement qu'il s'était fait pour ses études, on comprend qu'il avait ménagé le temps des visites au Très-Saint-Sacrement. Les lectures, en effet, et les contemplations ne suffisaient pas à l'attrait de ses désirs, et aussitôt qu'il avait quelque loisir, il courait à son divin Maître. C'était une joie
pour lui, et une joie sur laquelle il ne se blasait pas, de servir la messe. Habituellement il en servait deux, celles du curé et du vicaire. Il se levait de grand matin, pour avoir le temps, avant de satisfaire à cette dévotion, de faire ses prières et sa méditation à laquelle il était exact. Sa joie à servir au saint autel se manifestait et éclatait sur son visage. Elle était si sensible, que lorsque ses camarades prenaient fantaisie de le contrarier ou de le blesser, ce qui est encore une fantaisie assez commune cbez les enfants, ils ne trouvaient rien de mieux que de le prévenir et de servir la messe à sa place. Benoît-Joseph en éprouvait un chagrin véritable et violent. C'était un avare voyant échapper l'occasion d'un nouveau gain. Toutefois, malgré son désappointement et son regret, il ne se laissait aller à aucune impatience; il se retirait paisiblement à l'écart pour entendre le plus dévotement du monde la messe qu'il n'avait pas la consolation de servir.
De son commerce avec Dieu, de son amour de la solitude et de la méditation, Benoît rapportait au milieu des bommes un esprit de douceur et d'humilité qui éclatait dan^ toute sa conduite. 11 y avait au presbytère un serviteur qui souvent le rudoyait de paroles injurieuses et même de mauvais traitements. Benoît non- seulement ne s'en plaignit jamais, mais accueillait ces sévices avec une sorte de satisfaction, et il s'empressait particulièrement auprès de celui qui les lui faisait subir.
11 était toujours disposé d'ailleurs à rendre service. Il tâchait de prévenir même les demandes. A la maison, il était empressé de s'effacer, de céder son lit et sa chambre ou sa place à table, quanr' il arrivait quebjuo
compaj^^nie. Souvent même il voulait servir les convives, jaloux d'imiter en tout Celui qui est descendu du ciel pour servir et non pour être servi. Si quelqu'un lui disait de prendre place parmi les invités, il répondait qu'il avait plus de plaisir à servir.
Aux déférences pour son prochain, aux sentiments et aux pratiques d'humilité, il joignait encore la charité : les pauvres avaient part à ses affections, et une de lies récréations était de les visiter. Il les accueillait toujours gracieusement et généreusement lorsqu'ils se présentaient au presbytère. Les mendiants disaient qu'on avait de bonnes aumônes à la cure, quand Benoît s'en mêlait. Si parfois on leur donnait moins que de coutume.
— (( Ah! disaient-ils, le neveu du curé n'y est donc pas. »
Quelquefois, il est vrai, en l'absence du curé, les serviteurs auraient refusé et même gourmande les pauvres, leur reprochant de mendier au liiu de travailler, et les accusant de fainéantise, à la mode philosophique et économique déjà inventée alors quoique moins florissante que de nos jours Benoît, quand il s'en apercevait, rappelait aussitôt les pauvres avec empressement.
— (( Venez, venez, leur criait-il, je vous donnerai quelque chose. »
Et quand il avait satisfait à ce premier besoin, il réprimandait doucement les serviteurs, les assurant que ce n*ét:iit pas l'inti-ntion de son oncle qu'on profitât de son absence pour refuser les pauvres, et affirmant que les mendiants ne sont pas toujours des fainéants.
Pour lui, il ne se contentait pas de s'affermir tous les
jours davantage dans la prière, la charité et l'humilité; il n'oubliait pas de s'appliquer à la mortification; il ne néglij^eait pas les petits retranchements, et veillait à ne s'accorder aucune satisfaction matérielle. Sa vigilance le conduisait déjà à des sacrifices qui semblent héroïques. Il passa un hiver entier sans s'approcher du feu.
Ses habitudes d'austérité, autant que son application à l'humilité, son souci de la charité et la fréquence de la conversation avec Dieu contribuaient à donner à son caractère une grâce d'aménité, dont l'influence s'étendaient à tous ceux qui le voyaient.