‹ La vie affectiveChapitre 1 sur 23 · CT I · texte numérisé non relu

CT I

ent persévérant à la doctrine e, toujours soucieuse de saexigences de la raison et des ornent qui n'exclut pas d'ailée indépendance d'idées. Cette e, que nous revendiquons nous a valu des attaques vio- •urnoises, d'amers reproches, nous paraît bon de répondre, ibord nettement notre sentiagée au point de vue étroit de la science qui nous préoc- ;rine scolastique établit d'une e et définitive les grandes véritualisme : l'union substanps et de l'âme, l'action domirectrice de l'âme dans le corps )iritualité de l'intelligence et ^, la nécessité des images pour ctuel; toutes vérités qui ont ;nt méconnues par les autres philosophie et qui paraissent es. Aux prises avec les difK-

cultes de la pratique, sans cesse sollicité par les problèmes palpitants de la vie et de la mort, le médecin ne peut qu'adhérer après mûre réflexion à la philosophie traditionnelle, qui est à cet égard inattaquable.

Est-ce à dire que cette philosophie, vieille de six siècles, ait réponse à tout, soit complète, définitive, parfaite et constitue vraiment un hloc intangible? Nous ne le pensons pas, et nous avons l'audace de le dire, quitte à soulever contre nous d'ardentes colères. L'important est d'avoir raison.

Sur les mille problèmes que les progrès de la physiologie soulèvent, il est matériellement impossible que l'antique philosophie fournisse une réponse décisive et satisfaisante : on aura beau en retourner et en presser les vénérables textes, elle ne résoud que les cas où la raison est souveraine, elle n'a d'assuré et d'immuable que les principes. Nous comprenons qu'on

: saint Thomas dans les grandes s de son admirable doctrine; mais n'admettons pas qu'on s'en tienne élément à la lettre du Docteur Angéet qu'on anathématise tous ceux qui )nt pas convaincus par les solutions s faites dont on les accable et qui ent de se rendre à la seule parole du re, quand la preuve rationnelle et tifique ne vient pas exactement à ui.

Faut être très prudent dans les con- )ns et ne pas se presser d'en donner d la matière fait défaut. La réserve ose d'autant plus que, si Vesprit de Thomas est facile à saisir, sa lettre pas toujours claire et prête à des prétations diverses qui sont loin d'être )rdantes. Combien ne s'y résignent Combien s'en tiennent à des textes :s, sinon tronqués, sans rien voir au sans comprendre le vaste horizon de nsée, le radieux épanouissement de

l'esprit ! Quelle lumière peut jaillir d'une pareille méthode ?

On a tout dit sur l'inutile effort de l'interprétation servile et sur les féconds résultats d'une application intelligente à l'étude des textes. On sait encore que cette étude n'est profitable qu'en se mesurant à celle de la nature même, qui reste toujours lagrande.éducatrice.

Les commentateurs d'Aristote ont grossièrement travesti et ruiné son œuvre : en s'attachant à ses textes, en les isolant dans une stérile contemplation, ils les ont dépouillés de leur force et de leur vertu, et en sont arrivés à de vaines disputes et à de pures logomachies : ce byzantinisme a vite donné sa mesure, il a tué la science, et nous n'avons plus besoin de le condamner.

Les commentateurs de saint Thomas visent-ils à un résultat aussi pauvre, aussi puéril ? On le croirait, à voir l'ardeur qu'ils mettent à scruter l'œuvre, à torturer les textes, à ergoter sans fin sur des mots. Le

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plus grave, c'est que leur travail ne concorde pas : ils se séparent généralement-sur l'interprétation, et pas un n'est d'accord avec les autres.

Rien n'est plus singulier que la divergence de ces philosophes, rien n'est plus plaisant que leur confusion. Chacun s'attribue le monopole du bon commentaire, chacun se persuade et veut persuader à tous qu'il tient la pensée du maître et accuse ses voisins de ne Tavoir pas comprise ou de la dénaturer.

Quel profit ressort de ces querelles de mots? La vanité y prend ses aises, mais l'intelligence baisse et se fausse, et la science se perd.

Ce qu'il faut chercher dans un auteur, même dans saint Thomas, ce n'est pas la matérialité des mots, c'est leur essence ; ce qui importe à Tesprit du philosophe, c'est le rapport de la pensée avec les faits, c'est l'adaptation des termes à la réalité. Comment saisir cette adaptation si l'on suit le

texte en aveugle, si l'on donne attx mots le pas sur les idées ? Les auteurs, quelque vénérables, quelque savants qu'ils soient, sont imparfaits, faillibles ; et il ne faut pas en faire des fétiches.

Amiens Plato, sed magis arnica veritas.

Cette antique maxime est toujours vraie et donne la juste mesure de Thonneur et de la considération qui reviennent aux maîtres dans la direction de la pensée philosophique. Nous nous plaçons résolument sous son égide.

Suivons les grands philosophes, mais n'en soyons pas esclaves ; cherchons avant tout la vérité dans leurs œuvres, à la lumière de la raison et des faits, voyons et pensons par nous-mêmes. Sachons le reconnaître virilement, nous n'avons pas besoin de béquilles et nous portons en nous l'énergie du savoir. L'instrument de la science en effet, ce n'est pas tel ou tel appareil de laboratoire, tel ou tel livre, ce

t pas même la Somme^ c'est l'esprit lain. Il faut le déployer dans toute son )leur. Les meilleurs ouvrages ne sert à rien s'il n'y a pas devant eux un esprit é et expert pour y reconnaître et pour ivre les secrets filons de la vérité, 'ailleurs les sciences naturelles progres- : tous les jours, se transforment rapideit ; et il faut sans cesse mettre la phiphie en rapport avec leurs résultats, travail de révision et d'adaptation n'est )ible qu'à la condition de suivre les îurs avec indépendance, avec intelli- :e, d'y faire la part de la vérité et de eur et de sacrifier sans hésitation les :eptions qui ne cadrent plus avec la ité des choses. Les commentateurs, qui tiennent rigoureusement à la lettre^ refusent absolument; mais il doit se î, il s'impose nécessairement, et il se

iint Thomas lui-même, s'il avait vécu os jours, aurait mis sa philosophie

— i3 — d'accord avec la science contemporaine :

c'est un point qu'on ne peut contester. Le grand Docteur n'était-il pas aussi versé dans les sciences profanes que dans la théologie, ne possédait-il pas tout le savoir de son temps ? Son œuvre gigantesque n'est-elle pas un résumé fidèle et complet de la science du xiii^ siècle?

L'argument est concluant, décisif, mais c'est en vain que nous l'opposons aux fidèles de Saint Thomas. Notre éminent et regretté ami, Mgr d'Hulst l'a fait valoir naguère dans des pages éblouissantes de verve et de raison. Il avait plus d'autorité que nous. A-t-il eu plus de succès ?

On ne se laisse pas convaincre, on nous reproche de méconnaître la valeur du Docteur Angélique, on nous accuse surtout de légèreté et d'irrévérence. Il ne faut pas toucher à l'arche sainte que représente la Somme. Les scolastiques y placent le trésor du savoir humain, le dernier mot de la science. Nous y voyons un phare. Ils en

borne. Est-ce là rendre au saint les hommages qu*il mérite, est-ce ntrer le respect auquel il a droit?

le pensons pas ; et nous croyons rvir par notre attitude la gloire de omas que ses aveugles et imprujciples.

rappeler ces disciples au devoir, ommander notre manière de voir tîd si manifestement à l'évidence, très puissante et très autorisée, rand pontife Léon XIII s'est aussi idre ; et nous avons peur qu'écourespect, elle n'ait pas été plus e les autres. Notre savant Pape a eusement marqué dans son Encynécessité de renouveler la philoicienne à la lumière des faits : : vetera novis augere. Et c'est à :}ue depuis longtemps nous traï raccord de la philosophie traie et de la science physiolo-

Voilà Tœuvre urgente, nécessaire de notre temps !

Combien s'y donnent pour répondre à l'invitation si formelle de Léon XIII, pour ramener la science dévoyée et matérialiste à la raison et à Dieu ? Combien s'efforcent à développer la pensée des anciens, à promouvoir et à renouveler laphilosophie?

Nous n'en connaissons guère, mais nous savons par expérience à quelles attaques s'exposent ceux qui tentent l'aventure, et nous devons, pour l'édification du lecteur, justifier notre attitude et répondre à nos contradicteurs.

On sait la force des passions et le grand rôle qu'elles jouent dans la vie. Ces passions, selon nous, appartiennent au composé et ne sauraient en être séparées : nous y rangeons avec tous les auteurs la joie, la tristesse.

Grave. erreur, paraît-il, au sens scolastique. La joie, la tristesse n'appartiennent

— i6 — pas aux animaux, et chez l'homme, ne relèvent pas du composé : ce ne sont donc pas des passions.

Consultons les textes. Saint Thomas désigne sous le nom de gaudium la joie spirituelle par opposition à delectatio qui marque la joie sensible. Par suite la joie (gaudium) appartient à l'âme seule, et ce que nous désignons vulgairement sous son nom se rapporte exclusivement à la délectation. La distinction est radicale et fait loi.

Malgré tout, elle ne nous convainc pas, comme on le verra au cours de ce livre.

ha joie spirituelle existe au Ciel : nous en éprouvons ici-bas un avant-goût, mais nous ne la ressentons pas pleinement, uniquement. Yen a-t-il, nous le demandons avec instances, un seul exemple probant, incontesté, dans la vie terrestre, actuelle du composé? Peut-on nous citer, (en dehors des cas surnaturels, bien entendu) un seul acte psychique où le corps tirait absolu-

ment aucune part? Si Tun de nos contradicteurs a constaté en lui expérimentalement une joie toute spirituellCy qu'il le dise nettement, sans fausse honte. Pour notre part, nous n'avons jamais eu un tel bonheur, nous ne pouvons pas nous séparer radicalement de notre misérable « guenille » corporelle et, à bien dire, nous ne posons pas pour de « purs esprits. »

Les mots, d'ailleurs, quelle que soit leur valeur, ne doivent pas nous faire prendre le change sur les idées- Celles-là seules nous importent. Si la langue scolastique ne répond pas dans un cas donné à la réalité des choses, il faut y renoncer pour rentrer dans la vérité. Selon l'acception commune, la joie représente un phénomène sensible^ une passion. Quand on éprouve une jouissance, on ne dit pas qu'on est dans la délectation^ on dît qu'on nage dans la joie. Or cette joie est sensible^ commune à l'âme et au corps, et il faut

— i8 enir au sens des mots. Tous les cornaires se brisent contre cette brutalei, décisive constatation. :

aimable critique nous écrit qu'il y X sortes d'appétits : l'appétit sensible ppétit raisonnable^ et que nous paris faire confusion entre eux. Nous Dns bien que personne ne nous croira le d'une pareille erreur, tre livre est consacré spécialement à e des passions qui constituent l'apsensible; mais nous sommes si loin éconnaître l'appétit raisonnable ou lé que nous lui faisons partout sa 3t que nous lui avons consacré une spéciale (i).

même nous avons cherché à indison substratum organique. Nous :hera-t-on de travailler à éclaircir le re qui nous cache encore la base senle la volonté? C'est une œuvre imite à poursuivre, surtout maintenant [ Volontéy TÉQui.

que la science a trouvé dans le cerveau l'organe nerveux chargé de fournir à l'intellect les images^ éléments de son exer-cice.

Nous ne confondons pas l'appétit raisonnable avec l'appétit sensible, mais nous ne les tenons pas pour étrangers, et nous croyons que le premier ne va pas sans l'autre dans les conditions présentes d'exis-^ tence.

Voilà ce que les scolastiques, ou du moins certains d'entre eux ne nous pardonnent pas.

C'est la faute de la nature humaine.

De même que l'intelligence ne s'exerce pas sans le concours des images, de même la volonté est inséparable de l'appétit sensible, qui lui sert de substratum et d'instrument. La constitution du composé s'oppose, d'après nous, à ce qu'il en soit autrement. Au Ciel, l'intelligence n'aura plus besoin d'images, ni la volonté des appétits sensibles; mais, en attendant,

aut bien reconnaître et subir les exiîces de la nature* Notre opinion peut e discutée, contestée, mais elle nous 'ait fondée sur l'observation, ^ous en dirons autant de celle qui rathe la vie affective au système nerveux, refuse de voir dans le cœur Torgane des isions. Elle est universellement professée is le monde scientifique et médical, et nous paraît pas contestable. Mais qu'auï lecteur n'y voie la moindre attaque, efcte ou indirecte, à une dévotion de glise, aussi célèbre que justifiée ! Outre une telle supposition blesserait notre timent intime, elle n'aurait pas de fonnent.

^e cœur est l'organe central et propulr du sang, mais il est intimement uni mille liens au système nerveux central, los agitations, nos troubles sensibles y leur retentissement nécessaire : à ce e, il est et il demeure, comme nous le DUS, le symbole vivant de Vamour.

Cette seule considération, appuyée sur Topinion commune, justifie amplement le culte si répandu et si doux à nos âmes du Sacré Cœur de Jésus ^ le Dieu fait homme.

Cette objection dissipée, il faut passer à une autre, car le terrain sur lequel nous sommes est plein de difficultés, et les discussions abondent. — On nous a reproché d'avoir reproduit, en la faisant nôtre, la définition de la passion par Bossuet, et on nous a dit qu'elle allait contre toute notre doctrine. Ce n'est pas notre avis, et nous sommes heureux de l'occasion qui nous est offerte de dire toute notre pensée.

Il y a longtemps que nous étudions et que nous suivons avec un intérêt croissant le grand philosophe qu'est Bossuet. Voilà un maître dans Tart de penser et d'écrire :

on peut l'opposer sans crainte aux pygmées du temps présent. Nous sommes un admirateur fervent du célèbre évéque de Meaux,etnous n'avons pas attendu M. Bru-

le dire. Son génie philosoperbe et parfois déconcertant deur et ses intuitions. N'est-il it qu'en plein épanouissement îme, il ait su se garder à peu reur, et maintenir dans leur té les grandes lignes de la jr a honneur et profit à écouaîtres et à se ranger sous leur

)us dit-on, ose appeler la'pasi^ement de rame. C'est vrai; ie de suivre le contexte et de ue le savant évéque rectifie correction du pauvre langage

s'agit de Vâme sensitive. Il ijours, avec une impeccable ité substantielle du composé

ne conçoit pas une fonction, ste, indépendante de l'âme, jues ne sauraient lui donner >int capital, e pouvait pas parler autre-

ment. Il n'a pas dit que la passion était un mouvement de Tintelligence ou de Vâme intellectuelle^ un phénomène purement spirituel ou psychique ; il a au contraire affirmé nettement que la vie affective se rattache au composé. Pour lui, comme pour nous, rame est la Jorme du corps : elle comprend dans sa puissante unité toutes les facultés, la vie végétative, la vie sensible, la vie psychique.

Il serait équitable, ce nous semble, de ne pas altérer la pensée d'un auteur aussi estimable que Bossuet, qui n'a pas trahi la cause de la vérité, et a su rester fidèle à la tradition, sans cesser d'être libre et personnel dans ses admirables écrits.

Nous ne faisons qu'un vœu : c'est qu'à son exemple, nous nous gardions toujours dans la saine doctrine, à l'écart des opinions nouvelles et dangereuses, avec un sage d'esprit d'initiative et d'indépendance.

Restons solidement attachés à la vieille

ique, que représente si 'homas ; ne méconnaisnces du corps, mais ne îs droits de l'esprit ; ne )as sur nos attaches senons pas à nous croire de Tvons pas les vils interne, en professant un , et craignons de donner e si terrible et si vraie

l'ange fait la BETE !

D^ Surbled.

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