CHAPITRE VIII
Organe de la vie affective.
:onnaîssance et Yappétit se partagent, avons vu, le vaste domaine de la sen-
: d*une part, il y a la fonction qui sent zonnatt^ de l'autre la fonction qui aime
désire. Ces deux fonctions ne sauêtre confondues, malgré les liens qui ssent. Chacune d'elles réclame une loon distincte, un organe approprié et
dans les centres nerveux qu'on désiis le nom d*encéphale.
physiologistes, nous l'avons vu au charécédent, ne savent pas les distinguer, jimilent à une même fonction et par
:e les attribuent à un même organe, leceru. Nous devons cependant à la vérité de ; qu'un savant fait exception à la règle :
t le professeur Longet qui eut son heure :élébrité et qui, loin de nier les différentes èces de sensibilité, les exagère et les sét à plaisir par un abîme infranchisle.
La sensibilité, dit ce savant, ne me semni bien comprise ni bien définie. Elle est, on, la capacité d'éprouver toutes espèces ;ensations et de sentiments; la peine et le sir sont avec leurs degrés variables le fond cette faculté, d'où dérivent l'amour, le r, l'espérance, le regret, l'aversion, la terr, ainsi que les sentiments, instincts, apts, penchants, etc.
Pour le physiologiste, la sensibilité est la ilté de sentir; elle comprend les impresis venues par les organes des sens et par lerfs qui leur sont annexés. // serait aussi rationnel d'attribuer les instincts^ les pass à la sensibilité^ que de faire provela liberté huinaine de la sensation. Ces inomènes entièrement indépendants l'un .
— io5 — de l'autre n'ont entre eux ni connexion ni rapport. » (i)
L'opinion de Longet est extrême, et il est impossible d'y souscrire. La sensibilité est i/«edanslecow/?05evivant:ellenesedivisepas, elle ne se partage pas comme un navire moderne en compartiments séparés par des cloisons étanches. Tout se tient et se lie dans la vie sensible : natura nonfacit saltus. Assurément la vie affective est distincte de la vie cognos^ citive^ mais elles ont ensemble des rapports intimes et nécessaires. Longet a fort justement signalé leurs différences, il a eu tort de méconnaître leurs rapports. On ne saurait contester ces rapports; on ne conçoit pas comment la connaissance sensible pourrait se passer de l'appétit qui la suscite et l'alimente. Les passionsfont partie de la sensibilité : elles sont indispensables à la vie animale et a fortiori à la vie psychique.
Mais le sentiment de Longet s'explique de lui-même. C'était un physiologiste, car/ éî/e«, un émule de Flourens,qui sacrifiait sans hési-
(i)Physiologie^t,\\\. p. 621.
— io6 — talion la science à la doctrine du maître. Il croyait servir le spiritualisme en établissant un fossé entre Tesprit et le corps, en ne laissant à ce dernier que la vulgaire sensibilité, en rattachant au premier toute la sensibilité supérieure, les appétits, les passions (i). Cette monstrueuse erreur a-t-elle besoin d'être réfutée? Elle conduit fatalement à refuser aux bêtes l'imagination et jusqu'aux passions mêmes, à n'y voir que de simples automates.
Un philosophe de nos jours, M. Franck, n'a n'a pas craint d'aller jusqu'à cette inconséquence (2).
La sensibilité supérieure, affective, appartient manifestement à la vie organique et réclame un organe. Cet organe existe dans l'encéphale : il est nécessaire, indispensable. On ne vit pas sans passion, on n'agit, que sous l'aiguillon de Tappétit. Comment l'animal subsisterait-il avec ses seules sensations,sans appétit, sans désir, sans cœur?
La plupart des physiologistes confondent
(i) Cf. sur cette aberration étrange notre livre Le Cerveau .
(2) Voir pages 69-70.
— I07 — îux sensibilités ensemble, les attribuent ul cerveau. C'est ne tenir aucun compte utres organes de l'encéphale et suppriadicalement la vie appétitive, une moitié treêtre. Il nous semble que la fonction pitale, si puissante du cœuvy en d'autres :s la faculté affective ne mérite pas d'être sacrifiée et qu'elle doit disposer d'un e. Cet organe est selon nous, le cer-
analogies sont si nombreuses, si frap- 5 entre le petit et le grand cerveau qu'elles té notées par tous les observateurs et es ont fait pressentir depuis longtemps )rtance des fonctions du cervelet. Or, a rien de plus important que la vie affeciprès la vie sensible que détient le cer-
G*est ce qu'avait très bien compris un irateurde génie, Gall.
phrénologie, avec ses classifications es et arbitraires, est bien condamnée,
ne songe aujourd'hui à la ressusciter.
Dn ne peut méconnaître que Gall, son teur, eut une rare et heureuse intuition mulant le premier la doctrine des loca-
— io8 — lisations cérébrales {\)^ et qu'il prit pour point de départ une observation juste. H avait étudié le cervelet, admiré sa structure, et il n'hésita pas à lui attribuer un grand rôle dans la vie nerveuse : il y plaça Vamotir. L'avenir prouvera qu'il a deviné d'assez près la fonction du cervelet. Tout le mérite de son œuvre, à notre avis, est dans la relation organique et fonctionnelle qu'il établit entre les sentiments affectifs et la partie postérieure de la tête qui loge le petit cerveau. Cette relation s'appuyait d'ailleurs sur un certain nombre de faits avérés : elle nous paraît certaine. Malheureusement le célèbre physiologiste ne s'arrêta pas là et se lança de suite dans des généralisations et des hypothèses qui aboutirent au système que Ton sait, où l'imagination a une grande place, et la science une trop petite.
Jetons un rapide coup d'œil sur le cervelet, et nous verrons, après Gall et comme lui, les frappantes similitudes de conformation et de structure qu'il présente avec le cerveau.
(i) Cf. Dr S., Le cerveauy 2^ éd.; La doctrine des localisations cérébrales, Téqui.
Le cervelet est, ainsi que le cerveau, un organe pair constitué par deux masses symétriques réunies par le lobe moyen. Les lobes latéraux sont reliés en avant par les pédoncules cérébelleux moyens qui forment une grande partie de la protubérance annulaire ou pont de Varole. Quelle saisissante analogie ! Le cerveau et le cervelet sont également formés par deux hémisphères symétriques reliés par une grosse commissure qui s'appelle ici corps calleuxei\hprotubérance, Ltspêdonculcs cérébelleux inférieurs rattachent le cervelet à la moelle, comme le font les pédoncules cérébraux pour le cerveau. Il semble évident que les deux organes constituent ensemble, avec le concours de la moelle épinière, l'appareil central de la vie nerveuse, et qu'une physiologie raisonnable ne saurait considérer Tun d'eux comme accessoire et presque superflu uniquement parce qu'il est neuf ou dix fois moins gros que lautre (i).
C'est là cependant l'erreur fondamentale qu'a commise la science moderne inféodée au
(i) On verra d'ailleurs plus loin que cette différence se réduit à rien.
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sme et qui Ta si complètement égarée, au, avec ses dimensions relativement a seul frappé Tattention de nos saont de suiteétàbliune relation rigoutre le volume énorme de Torgane et n de la fonction (psychique) qu'ils lui ?nt. On sait quelle montagne d'erreurs ises aengendrée sur ce point lagroshode des pesées et nous n'y insiste-
it cerveau n'a pas eu la chance ou payé le bonheur du grand : on l'a côté, on l'a traité comme une « quan- ^eable. » L'organe était si petit ! Il it, il ne devait pas participer à la vie tt surtout à la vie psychique ! Aussi as facile d'avoir sur lui des données nciées et positives : les auteurs sont iques sur son compte et rarement
Is du cervelet est en moyenne de
mes (Broca). Son volume est la neu-
la dixième partie de celui du cer-
S., Le cerveau.
veau. Mais la proportion varie avec Tâge.
Chez les jeunes enfants, l'organe ce'rébelleux est relativement très peu développé : celui du nouveau-né ne représente que la l3^, la 14', la 20^ et même, pour un cas, la SS** partie du poids total du cerveau (Chaussier). Il résulte des moyennes de Boyd que, si la quantité relative du cerveau est plus forte au moment de la naissance et diminue ensuite jusque dans la vieillesse, le cervelet au contraire est plus petit à la naissance et augmente relativement jusqu'à 70 et 80 ans. Le D*^ Topinard résume très exactement en ces termes l'enseignement des chiffres : « Cerveau et cervelet croissent, mais le cervelet davantage après l'âge adulte; tous deux décroissent, mais le cerveau bien plus » (1).
Le sexe a une influence décisive sur le volume du cervelet, et il y a longtemps que Gall et Cuvier ont affirmé que le cervelet est plus gros chez la femme que chez l'homme. Assurément il s'agit là d'un poids relatif et non absolu. Les récentes recherches de Boyd l'ont
. (1) Eléments 4^ anthropologie générale^ P' ^77-
établi d'une manière incontestable : la femme adulte a moins de cerveau et plus de cervelet que l'homme. Nous n'avons pas besoin de signaler l'intérêt particulier qui s'attache à ce résultat. Le matérialisme peu galant y a vu son triomphe, et notre thèse y puise une nouvelle créance : nous laissons au lecteur le soin de dire qui a raison. A en juger par les plus récents travaux (i), parles aveux des matérialistes assagis, de M. Topinard lui-même, le cerveau n'apparaît pas comme une «glande intellectuelle », et le sexe fort n'a pas lieu de se prévaloir de sa suprématie cérébrale. Mais tout nous porte à croire que le cervelet est Torgane de la vie affective et que les passions, si fortes chez la femme, y trouvent leur centre et leur foyer.
Nous n'avons encore signalé que le poids moyen du cervelet. Les différences individuelles sont assez marquées, mais on ne possède de ce côté que de rares documents. Le cas de Gambetta a vivement frappé les observateurs : son cervelet était très développé, et
(i) Dr S., Spiritualisme et spiritisme^ 2« éd., Téqui.
- ii3 — a paru d'autant plus volumineux qu'il était accolé à un cerveau très petit, dont le poids était inférieur à la normale. Pourquoi n'a-t-on pas tiré de ce fait une induction raisonnable? Cette induction estpournousdes plus claires et s'impose : ce n'est pas l'intelligence qui distinguait le célèbre orateur^ mais bien la fougue des passions qui nourrissait son ambition et a si bien servi sa gloire. La violence du caractère était telle qu'un jour M. Thiers qualifia le tribun de « fou furieux ». Le cœur deGambetta, plus vaste que son esprit, puisait sa force dans un cervelet admirablement développé.
La taille ne paraît pas avoir d'influence sur le volumeducervelet, contrairementàce qui se voit pour le cerveau : un géant de 2 mètres 10 étudié par Broca n'avait qu'une proportion de 120 de cervelet sur mille d'encéphale. Le même auteur a constaté chez des vieillards de 90 et 92 ans une proportion presque semblable (116 et i3i), proportion un peu supérieure à la normale, ce qui tendrait à prouver que l'atrophie sénile attaque beaucoup moins le cervelet que le cerveau.
étude du cervelet dans les races humaines peine ébauchée; et nous ne donnons les es suivants que sous toutes réserves:
©portions du cerveau et du cervelet, phale = looo.