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CHAPITRE Vil

Cœur et cerveau.

La passion a un organe, comme la sensation, comme toutes les fonctions du composé.

Mais quel est cet organe ?

Les anciens et les modernes sont loin de s'entendre pour le désigner. Ceux qui se prononcent se partagent, les uns tenant pour le cœur^ les autres pour le cerveau. Nous nous réservons de montrer que tous sont dans Terreur et que l'organe de la vie affective est le cerveletj mais nous devons préalablement exposer les opinions classiques, et les arguments dont elles s'appuient.

Dans l'antiquité, . c'est incontestablement

— 8o — (r qu'a été dévolu le grand rôle dans la Fective et sensible. Aristote n'a pas is l'importance des centres nerveux et a i cœur le centre des appétits (i) et de la ilité commune. Mais l'opinion des anales et particulièrement de Galien vint tie réformer l'opinion. Les scolastiques iraissent pas avoir accepté toute la e du Stagirite. Albert le Grand, saint as, reconnaissent dans le cerveau l'orie la connaissance sensible et se borvoir dans le cœur l'organedes passions.

?st instrumentutn passionum animae.

it le sentiment de l'Ange de l'Ecole : il onservé dans la philosophie scolastique défendu de nos jours avec opiniâtreté îrtains auteurs.

lette opinion, écrit l'un d'eux, a pour î témoignage du sens commun. Elle a elle aussi le témoignage du poète et de te (2). Le philosophe n'a aucune bonne

De part, an. III, 4,666 a, 32, 20, 14, 8; 665 a, 12, 17; De Somn, 2,466 a, 6.

Ce n*est pas avec l'opinion du vulgaire, des s et des artistes qu'on bâtit la science, c'est es faits et des preuves. D^ S.

— 8i — raison (?) à opposer à ces divers témoignages ; il peut même alléguer en leur faveur des arguments très plausibles.

« Les objets extérieurs, la science ellemême le constate avec certitude, déterminent un certain ébranlement, transmutation dans Torgane propre à chaque puissance du composé. Ainsi en est-il de l'organe de la vue, de l'audition, du toucher et des autres. Si donc la passion affecte le cœur, ébranle le cœur, de préférence à tout autre organe, nous aurons droit, en vertu même de la définition, de la localiser en lui et non pas dans une autre partie du corps ; car il faut dire avec saint Thomas : Passio propriè invenitur ubi est transmutatio corporalis. Mais c'est précisément ce qu'atteste l'expérience : c'est le cœur que fait battre la passion ; c'est le cœur qu'elle émeut, qu'elle agite, qu'elle ébranle, à tel point qu'il suffit de mettre la main sur le cœur pour savoir la nature de la passion, sa rapidité et sa puissance.

« Ainsi n le cœur est bien le siège ^ l'organe des diverses passions de Vâme^ puisqu'il les éprouve toutes sans exception, la colère

aussi bien que l'amour, la tristesse aussi bien que la joie, le désespoir comme l'espérance.

Et il les éprouve avec leurs degrés et leurs nuances, leur force ou leur faiblesse, leur lenteur ou leur rapidité, leurs soulèvements ou leurs moindres battements. En un mot, les organes des autres puissances ne font rien de plus que ce que fait le cœur par rapport aux passions.

. ' ic Au contraire, qui s'est jamais senti ému au cerveau? Sans doute, au moment d'une émotion, la rougeur peut monter au front, les idées devenir plus nettes ; mais c'est que le sang bouillonne au cerveau, et pourquoi, une fois encore, sinon parce que le cœur ému a poussé un flot condensé de sang ? A l'opposé, la pâleur envahit quelquefois le visage, la lumière de l'esprit s'éteint, la défaillance arrête le mouvement et semble préludera la mort. C'est que l'émotion du cœur s'est manifestée au visage ou au cerveau par l'arrêt du sang. Encore un coup, si ce n'est pas l'âme seule qui est émue, si elle l'est par le corps et dans le corps, c'est au cœur. Au cerveau elle connaît cette émotion, au cœrur elle la sent,

— a peu près comme au cerveau elle se rend compte que les yeux voient ; mais en somme, ce n'est pas plus le cerveau qui est ému que ce n'est le cerveau qui voit » (i). Au nom de la science, au nom de la raison même, nous nous inscrivons en faux contre cette mauvaise thèse qui ne s'appuie que sur des vraisemblances et des analogies et n'a d'autre fondement que... la tradition.

Le cœur est manifestement l'organe principal, le centre moteur de la circulation sanguine; mais il est si intimement uni à la vie sensible, il en répercute et en traduit si instantanément et si exactement les mouvements divers, qu'on l'a confondu longtemps avec l'encéphale, organe de la sensibilité. On y a vu à tort la cause de plusieurs fonctions des centres nerveux, ses agitations n'en étant manifestement que Tefifet et le retentissement nécessaires.

La physiologie, ne l'oublions pas, est une science moderne, et les premières notions positives sur la vie nerveuse datent d'hier. A

(i) P, Vallet, La Vie, p. 145-146.

la faveur de Tignorance profonde qui planait sur les fonctions de l'organisme et particulièrement sur celles de l'encéphale, les anciens ont longtemps considéré le cœur comme le centre de l'âme, le siège de la sensibilité, l'organe des passions, la source des affections : les savants et les philosophes s'accordaient ici avec les poètes, et ceux-ci traduisaient admirablement le sentiment vulgaire.

Le cœur, principe de la force nerveuse, occupait dans l'homme la première place et semblait présider à la vie totale. Le jour où la circulation du sang fut reconnue et démontrée, il y avait lieu de lui enlever une fonction usurpée et de le faire rentrer dans Tordre physiologique. Mais, fait singulier, la belle découverte d'Harvey n'arriva pas à renverser la vieille erreur, et l'hypothèse de Descartes sur les esprits animaux^ loin de la dissiper, vint lui donner comme un regain d'actualité et de crédit.

D'où viennent, d'après le célèbre révolutionnaire, ces esprits animaux qui correspondent en fait à ce qu'on est convenu d'appe-

1er aujourd'hui le courant ou Vin/lux nerveux? Ils ne sortent pas des nerfs, du cerveau même, ils sont la partie la plus vive et la plus agitée du sang et naissent dans le cœur et par les mouvements de cet organe. Là le sang est battu et échauffé ; ses éléments les jp\\xs légers, les plus subtils {esprits ou vapeurs) s'élèvent et se portent au cerveau qu'ils poussent et agitent en tous sens et d'où ils s'écoulent ensuite dans les différents nerfs de l'économie. Ces nerfs sont creux, pleins d'une moelle analogue à la substance cérébrale, et les esprits y coulent et y circulent aisément avec une étonnante impétuosité (i).

Est-il besoin d'observer que ce ne sont là que des vues ingénieuses de l'esprit, des hypothèses gratuites, que l'ignorance du temps autorisait, mais que la physiologie moderne ne permet plus d'accepter? Le système nerveux central envoie de nombreux filets au cœur, mais n'en reçoit d'autre fluide... que le

(i) Voir Descartes, Traité de Vhomme, Des Passions; et BossuET, Connaissance de Dieu et de soimême.

liquide sanguin, comme tous les organes.

Les nerfs ne sont pas des tubes creux; et la myéline qu'on regardait naguère comme l'agent principal n'est qu'une enveloppe isolante et protectrice du cylindraxej seul élément essentiel de la vie nerveuse. Vinjlux qui y circule n'est pas de nature physique ou pondérable; mais ce qu'on sait bien, c'est que les courants nerveux ne naissent pas du cœur et en sont indépendants. Bref, les esprits animaux qui ont fait fortune au dixseptième siècle n'existent pas, ne sont pas acceptables aujourd'hui et sont justement tombés dans un discrédit absolu et un oubli profond. Mais nous n'avons garde de médire sur ce point de la science physiologique du grand siècle, et nous reconnaissons humblement (\\iQVinfliix ou le couinant nerveux qu'on substitue à la vapeur ou liqueur animale des cartésiens n'est, hélas ! qu'un mot savant destiné à couvrir notre ignorance sur les phénomènes intimes de l'action nerveuse.

Ce qui est établi par les plus récents travaux et fait le fond de la science actuelle, c'est que le cœur est un organe merveilleusement

innervé. Sa substance musculaire est sillonnée en tous sens d'un réseau serré de fibres nerveuses que le microscope poursuit jusque dans les fibrilles élémentaires et qui sont accompagnées de ganglions et de cellules nerveuses. Cette richesse incomparable du cœur, qui attire dans son système nerveux ganglionnaire tous les ébranlements sensibles du système nerveux central, qui suscite un trouble plus ou moins appréciable de ses battements à chaque émotion vive et fait participer en quelque sorte l'organe sanguin à la vie de l'âme, explique l'erreur du passé sansî la justifier.

Mais ce qui est absolument inexplicable, après les démentis de l'observation, après les démonstrations catégoriques de la science expérimentale, c'est l'adoption de cette vieille erreur par des philosophes contemporains (i) qui croient servir utilement la cause du spiritualisme en contredisant l'expérience au nom de je ne sais quel sentiment rationnel.

Il senable en vérité qu' « ils n'aient rien

(i) Nous avons cité plus haut le témoignage de l'un d'eux, M.Vallet, et nous y renvoyons le lecteur.

appris ni rien oublié » en abordant le difficile problème de la science. Ils prétendent, comme au tempis de Descartes, localiser la vie affective dans le cœur, en faire dépendre toute la sensibilité et ne laisser au cerveau que la vie mentale. Les matérialistes ne sauraient souhaiter de meilleurs auxiliaires que ces spiritualistes à courte vue. Leur thèse est aussi dangereuse que fausse, et nous devons d'autant plus la combattre et la réfuter que, greffée sur l'instinct populaire, appuyée de raisons spécieuses, elle séduit encore de nombreux esprits.

Le sentiment vulgaire qui place' dans le cœur le centre des affections et qui en fait Torgane et le symbole de l'amour ne saurait nous arrêter. Il ne s'appuie pas sur une observation rigoureuse, mais sur une vague présomption : il traduit simplement le retentissement qu'opèrent dans l'organe sanguin les agitations de la sensibilité et fait prendre Teffet pour la cause. A cet égard, les erreurs d'appréciation, les illusions des sens, pour mieux dire, sont innombrables et ne trompent Jamais la raison. Personne, par exemple,

ne doute du mouvement de la terre depuis les mémorables travaux de Galilée, et pourtant tout le monde parle du lever et du cou^ cher du soleil, parce que nos yeux ne connaissent que ces apparences : qui songe à y voir une réalité? Dans un autre ordre d'idées, les hygiénistes savent bien que le tempérament dit bilieux ne se rattache pas absolument à l^étatdu foie, mais bien à une modalité particulière de la force nerveuse (i) ; et cependant l'expression commune demeure en usage parce qu'elle traduit une des manifestations les plus fréquentes, les plus claires du tempérament irritable. De même nous tenons pour certain que l'encéphale est le siège des passions et de la sensibilité, mais nous gardons l'habitude d'appeler affections ou sentie ments du cœur les mouvements de la sensibilité, parce que ces mouvements, sortis de l'organe encéphalique, ont là leur aboutissement fatal et nettement perceptible.

Que l'encéphale soit l'organe des différentes espèces de la sensibilité, de la sensibilité

(i) Cf. Dr S. Le Tempérament^ 2^ éd., Téqui.

— go — affective comme de la sensibilité générale et spéciale, c'est ce que l'observation démontre depuis longtemps, ce que de nombreuses expériences de laboratoire établissent d'une manière irréfutable : tous les physiologistes, tous les médecins sont d'accord sur ce point.

Un animal auquel on enlève le cerveau et le cervelet devient insensible sur-le-champ à tout ce qui l'entoure, aux excitations les plus diverses, aux bruits les plus violents et tombe dans un sommeil profond, une sorte de coma. On peut le blesser ou lui arracher des lambeaux de tissu, un membre même, sans qu'il paraisse affecté. Des mouvements inconscients répondent seuls aux excitations énergiques ; et ils sont dus à une action re- ^exe de la moelle épinière. S'il est permis de croire que l'animal mutilé a un reste de conscience et ressent encore la douleur, on doit reconnaître que sa sensibilité est très diminuée, émoussée, presque éteinte. Son cœur charnel n'en est pas moins intact, n'en reste pas moins l'organe et le centre de la circulation sanguine : les battements, toujours ré-

— 9ï — guliers, toujours normaux, envoient le liquide nourricier dans les différentes artères et maintiennent la vie générale de Téconomie. Il faut donc dire que Tablation 'des centres nerveux supprime à peu près la sensibilité en laissant le cœur dans son intégrité organique et fonctionnelle.

La contre-épreuve est décisive. Il est impossible sans doute de supprimer le cœur et les gros vaisseaux des vertébrés supérieurs et d'observer les effets de leur ablation ; mais on arrive assez facilement à les retrancher ou à les comprimer chez des animaux à sang froid comme la grenouille, et on reconnaît alors que la sensibilité demeure entière et par suite n'a pas de relation causale avec Torgane central de la circulation.

Toutes ces expériences, on le comprend, sont délicates et difficiles à réaliser, parce qu'elles intéressent le « trépied vital », les organes essentiels de l'existence ; mais celles que l'on peut mener à bien donnent des résultats qui ne permettent pas le moindre doute sur la vérité de notre thèse. Elles trouvent d'ailleurs dans l'observation directe,

surtout dans la clinique, une confirmation heureuse et éclatante.

Il n'y a aucune corrélation entre les aflFections sensibles et les « aflFections » cardiaques, entre les mouvements de la sensibilité affective et les troubles fonctionnels de l'organe sanguin. Les affections ne subissent pas directement le contre-coup des maladies cardiaques : preuve évidente qu'elles n'en dépendent pas. Qu'un individu soit atteint d'une hypertrophie du cœur ou de lésions graves des orifices, qui gênent beaucoup le cours du sang, il n'en reste pas moins libre dans l'expansion et le développement de ses sentiments : la force de sa sensibilité ne tient pas à celle de son cœur charnel^ ne s'en va pas avec elle, et son « cœur moral » reste souvent solide et vaillant tant que les centres nerveux ne sont pas eux-mêmes affectés. Il est clair que le trouble du muscle cardiaque ou des gros vaisseaux retentit plus ou moins dans l'encéphale, et que la sensibilité finit par être atteinte indirectement par suite d'une circulation défectueuse. Mais il ne s'agit là que d'une action dé-

rivée et secondaire qui n'a aucun caractère causal.

La sensibilité, au contraire, dans ses différents modes, se montre sous Tétroite dépendance des troubles encéphaliques : n'est-ce pas la preuve qu'elle trouve son siège dans les centres nerveux ? Pour la sensibilité spéciale, cette preuve est déjà faite, et l'on connaît les régions limitées de Técorce cérébrale qui président aux sens de la vue, de l'ouïe, etc. Pour la sensibilité commune, la science est moins avancée et se borne à prétendre qu'elle réside au cerveau et probablement dans l'écorcé. Quant à la sensibilité affective^ nous la croyons localisée au cervelet et nous donnons ailleurs les raisons motivées de notre sentiment : la science officielle ne se prononce pas nettement à cet égard, mais la plupart des auteurs s'accordent à confondre les deux sensibilités ensemble et à les attribuer également au grand cerveau, le çetit étant tenu pour un simple organe d'équilibration.

Si l'Ecole n'est pas très bien renseignée sur la nature des différentes sensibilités, elle

n'hésite pas du moins à les rattacher toutes d'une manière globale à l'organe encéphalique, et la pathologie lui donne pleinement raison. Qu'une maladie grave frappe l'encéphale, qu'il y ait inflammation, hémorragie, ramollissement, etc., et la sensibilité se trouve plus ou moins altérée ou perdue.

Une simple commotion même suffit à faire perdre le sentiment. Rappelons les troubles sensitifs graves, les perturbations affectives et morales qui résultent de la folie, de l'idiotie, -de l'épilepsie, de l'hystérie et, à un degré inférieur, les étranges et passagères altérations du caractère et des penchants qu'on observe parfois chez les femmes enceintes et les jeunes accouchées [folies puerpérales). Tous ces accidents sont uniquement d'ordre nerveux et proviennent certainement des centres encéphaliques.

De tant de faits qui vont se multipliant et qu'aucune contradiction ne peut atteindre, il résulte d'une manière évidente que l'encéfphale est le vaste organe de la sensibilité et le seul et véritable siège des affections. Le cœur n'en reste pas moins uni par mille lien3

— 9^ — à l'organe nerveux, et ses troubles, ses ag tions, ses frémissements sont là pour marq les mouvements de Tâme. A ce titre, il es il demeure le symbole vivant de Vamoiir^ i duisant seul d'une manière appréciable impulsions ou les répulsions de cette pi sance merveilleuse et souveraine qui déc des destinées de Thomme et qu'il apparti à sa volonté de livrer aux faciles séducti< du mal ou d'entraîner dans la voie étroite royale du bien.

La cause du cœur étant perdue, celle cerveau est-elle gagnée? Beaucoup de sava l'ont cru et le croient encore ; mais il n pas besoin d'un long raisonnement pour e blir que la question est obscure et très d( teuse.

Le cerveau ne constitue pas à lui seul t< l'encéphale ; et s'il est l'organe le plus vo mineux et le mieux connu de la bc crânienne, rien ne prouve que toutes fonctions de la sensibilité en dépendent que plusieurs n'aient pas ailleurs leur cen et leur organe. Des faits nombreux établ

t au contraire, nous le verrons, que le it cerveau ou cervelet a un rôle import dans la vie sensible, ^ue le cerveau participe activement à la sibilité, c'est ce que tous les physiologistes nettent et ce que les anciens eux-mêmes nt pas ignoré. A l'opposé d'Aristote, Tiltre Galien n'a jamais cessé de tenir le veau pour le centre et la racine même de nt sensible, et il s'appuyait pour défendre thèse sur des données anatomiques très cises. Il remarquait que tous les nerfs tent du cerveau, que les mouvements de ensibilité en dérivent ; il notait encore que cordons nerveux sont d'autant plus gros on se rapproche de l'organe crânien, que ►n les sectionne, la moitié centripète sent ;ore pendant que la moitié centrifuge ient insensible, enfin qu'une lésion céréle arrête le jeu de la sensibilité, alors même i le cœur n'est pas lésé (i).

Toutes ces observations du savant médesont exactes, et les inductions qu'il en î font honneur à sa sagacité. Mais elles ) De DecretiSy vu, 2, 6, 14.

sont loin d'être complètes et de satisfaire la critique la plus indulgente. C'est sans doute un grand progrès de savoir refuser au cœur la sensibilité, dont certains philosophes de l'antiquité voulaient le doter, et de l'attribuer nettement au cerveau, son véritable organe ; mais il eût été encore plus avantageux de définir exactement cette sensibilité et de faire le partage entre celle qui est commune et celle qui est affective, entre la connaissance et Yappétit.

Ce partage, qui est essentiel, n'a malheureusement pas été fait par les anciens, et il ne l'a pas été davantage par tous les modernes. Galien est donc bien excusable de ne Tavoir pas tenté. Tous les auteurs s'accordent à localiser également au cerveau les genres variés de sensibilité, mais en se gardant d'insister sur une question qu'ils connaissent très mal et qui leur pèse.

Bossuet lui-même n*a pas voulu l'approfondir avec son regard d'aigle, et il n'a pas craint de ramener les passions à la sensibilité commune et de les expliquer également par une impression organique. « Encore que les

s se diversifient, écrit-il, à la présence bsencc des objets, et par la facilité ou difficulté de les acquérir, ce n'est pas tervienne une réflexion par laquelle ncevons l'objet présent ou absent, falifficile à acquérir, mais c'est que Véloit aussi bien que la présence de Vobjet 'S caractères propres qui se marquent s organes et dans le cerveau ; d'où dans tout le corps les dispositions blés et dans l'âme aussi des sentit des désirs proportionnés » (i). Ainsi vements des passions et ceux de la té commune auraient une même ori- [is le cerveau, et rien ne les disiines uns des autres au point de vue le. Le grand évêque de Meaux s'en X notions acquises et ne pouvait de- L science.

science a fait de nos jours d'immenses lans le domaine de la vie et particut en neurologie et dans l'encéphale :

couvert les centres sensiti/s et mo^

aissance de Dieu et de soi-même, chap. ii.

►nt est semée Técorce cérébrale, elle le véritable rôle du grand cerveau, pu pénétrer celui du cervelet. De ce en reste à la vieille ihéori*^ de Flouefuse, nous le montrerons, de rompre tradition. Bien mieux, elle n'est pas ncée qu'on ne Tétait au dix-septième r l'exacte nature de la sensibilité afelle ne la sépare pas nettement de !t la localise généralement dans le et dans les cellules mêmes où elle sensibilité commune. Nous pourouver cette déplorable confusion par reux textes d'auteurs contemporains; us contenterons de citer le plus réitérialiste de marque, M. le h^ Ch.

!, de Lil.e :

notion, écrit-il, est un état de consori§ine centrale par opposition à la n qui est un état de conscience d'oriiphérique.

ute émotion implique la présence

ée, d'une image représentative pré-

ne peut être séparée de l'idée; or,

sa racine dans la sensation et toute

— lOO —

idée contient un sentiment quelconque, agréable ou désagréable. Seulement, dans rémotion, l'idée est voilée par le sentiment, cette sorte de vie affective qui est la base du caractère de chacun.

« Tout élément anatomique possède la propriété primordiale d'être affecté par les stimulants extérieurs, en un mot il a la propriété de sentir comme agréable et de recher^ cher tout ce qui est favorable à sa conservation et à son accroissement ^ et au contraire de sentir comme désagréable et d'éviter en conséquence tout ce qui dérange ou nuit à sa vie. C'est là une sorte de force que Ton pourrait comparer à l'affinité. L'être vivant ne se comporte pas autrement qu'un simple élément anatomique. L'émotion appelle donc fatalement Vappétit ou le désir, désir d'obte* nir ou d'éviter, désir qui devient le mobile ou le motif de nos actions. L'esprit manifeste ainsi des tendances, des attractions ou des répulsions que la conscience perçoit comme désir, instinct, passion. Cette affinité ou cette répulsion est une nécessité physique diU^sx bien que l'affinité d'un sel pour une base ou la ré-

— lOI —

pulsion de Taiguille aimantée devant le c rant électrique. Rechercher une impress agréable et éviter une impression pén n'est au fond que la conséquence physi de la nature intime des cellules nerveu mises en relation avec certains stimulants le désir devient le motif d'une action qi pour but de satisfaire un besoin ou d'év une souffrance... Les plaisirs sont les cot mitants subjectifs des changements organi(^ salutaires à l'organisme^ comme les doiiU sont les concomitants subjectifs des chan ments organiques qui sont nuisibles à Vor^ nisme » (i).

Il est difficile d'accumuler plus d'erre en quelques lignes et nous renonçons à réfuter; mais nous avons tenu à reprodi le texte du savant « philosophe » de L parce qu'il résume bien l'opinion courante

On croit et on enseigne non seulement ( la passion ne se sépare pas de la sensati mais que la vie affective n'a pas d'organe s cial; on prétend même que tout centre n

{i) La moelle épiniere et V encéphale j p. 425.

vciHc, plusieurs disent tout neurone, a non seulement un rôle sensitif ou moteur défini, mais qu'ilases appétits particulierset qu'il lesexerce activement en vue de son évolution. Nous ne savons ce que peut produire une pareille anarchie, si elle se réalise dans l'organisme; mais ce dont nous sommes sûr, c'est que la vie affective n'a pas les caractères de la vie cognoscitive, qu'elles ne sauraient se confondre Tune avec l'autre et qu'elles ont respectivement un organe approprié dans l'encéphale.

C'est ce qu'un avenir prochain prouvera et ce que de nombreux faits nous permettent dès maintenant de conjecturer.

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