FEMMES CERVEAU CERVELET
Anglaises (Boyd).. 870 128
Françaises (Broca) 869 129
Italiennes (Calori) 873 J26
Chinoises (Clapham) .... 878 121
Négresses (Peacock).... 859 140 Boshimanes ( Vlarschall ,
Flower.) 851 148
Ces mesures étonnent M. Topinard, le la sent perplexe. « Comment, écrit-il, fau envisager les variations de développement cervelet dans les races? Est-ce un caract indifférent, c'est-à-dire non soumis dans branches du genre humain à une gradat
— ii6 — rationnelle, ou bien, ainsi que le dit M. Hervé (i), le grand développement est-il un caractère d'infériorité? Si Ton consulte la physiologie et l'anatomie comparée, la réponse n'est pas douteuse. » (2). C'est aussi notre avis. Nous allons voir par Tétudedu cervelet dans la série animale que le développement de cet organe semble en relation avec celui de la vie affective et qu'il suit d'une façon générale la gradation ascendante des êtres.
Les anciens auteurs, Flourens le premier, ont observé que les différentes classes de vertébrés, où le système nerveux acquiert toute sa puissance, offrent un cervelet d'autant plus perfectionné qu'elles sont plus élevées dans la série. Au bas de l'échelle, les reptiles se caractérisent par l'exiguité de l'organe. Chez les batraciens, le cervelet est un peu plus fort. II s'accuse nettement chez les poissons, tout en restant réduit à un seul lobe médian. Celui des oiseaux est formé d'un gros lobe central et de deux prolongements latéraux ; et son volume est remarquable chez plusieurs. Enfin
(i) Revue critique de 1882, Revue d'Anthropologie. (a) Op. cit., p. 579.
le cervelet des mammifères, constitué deux lobes latéraux que réunit un lobemo] d'épaisseur variable, est en général plus i portant.
En regard d'une telle gradation, n'est pas déjà possible de mettre celle qu'accus parallèlement les facultés appétitives des a maux? Si la vie de relation des poissons surtout des reptiles est restreinte Ja vie afll tive n'a-t-elle pas par contre chez les oises et surtout chez les mammifères un mag fique épanouissement ? La question se poî mais il sera plus facile d'y répondre ap avoir considéré de plus près chaque cla de vertébrés.
Rudimentaire chez les ophidiens et les si riens, le cervelet est plus développé chez chéloniens, et surtout chez le crocodile, d( on connaît l'instinct féroce.
Les poissons ont généralement le cerve petit. Seuls, les raies et les squales (requi dont nous n'avons pas à rappeler Tardi belliqueuse, se distinguent par un orga volumineux et partagé en circonvolutions, plus ces poissons s'accouplent, contrairem<
— ii8 — à tous leurs congénères. Il y a longtemps que Serres, notant ce détail, et le rapprochant du volume cérébelleux, écrivait : « L'accouplement tiendrait-il à ce développement du cervelet? » (i)
Le même auteur, étudiant le cervelet des mammifères, nous dit que « la masse de ses hémisphères va en augmentant des didelphes, des insectivores aux rongeurs, aux pachydermes, aux^ ruminants, aux carnassiers, aux quadrumanes, aux phoques, aux cétacés et à rhomme » (2). Or, cette progression est exactement celle des instincts et des appétits.
Nous nous bornerons à rappeler la sensibilité si vive et si bien décrite par les auteurs (Buffon, Brehm, etc.) des amphibies et des cétacés (phoque, marsouin, dauphin, baleine). Il y a là un rapprochement qui s'impose et qui a été très habilement mis en valeur par le D*" Courmont (3) : il montre bien que la vie affective croît dans la série des vertébrés en même temps que le cervelet.
(i) Anatomie comparée du cerveau, t. II, p. 612.
(2) Op, cit. y p. 390.
(3) Le Cervelet. Ouvrage des plus documentés, couronné justement par l'Académie.
Mais cet organe ne nous est encore connu que très superficiellement : étudions-le plus avant, dans l'intimité de sa structure, et nous constaterons ses analogies croissantes avec le grand cerveau. Sa surface est tourmentée, sillonnée tout comme la surface cérébrale, dont les circonvolutions toutefois sont beaucoup moins nombreuses et moins ondulées.
On sait que les plissements de la masse encéphalique ont pour effet de multiplier la matière nerveuse et lui donnent son maximum de puissance sous le plus petit volume.
Comme le cerveau, le cervelet est composé de substance blanche et de substance gi^ise^ la première constituant une sorte de noyau que l'autre entoure de toutes parts. Mais il faut remarquer que la proportion de substance grise est beaucoup plus forte au cervelet qu'au cerveau. « La substance grise, dit le savant anatomiste Sappey, ne forme qu'une petite partie de la masse totale du cerveau.
Elle constitue la moitié au moins de la masse du cervelet... Si Ton pouvait la déplisser, c^//e substance grise du cervelet formerait une sphère qui différerait peu probablement de la
Sphère cérébrale » (i). Ainsi, au seul point de vue de la quantité, les deux organes de Tencéphale se valent, et, en dépit des apparences contraires, la balance s'établit ; car Ton n'ignore pas que la substance grise seule contient les éléments actifs de la vie nerveuse, les «enrones. Une telle disposition est capitale et milite en faveur de l'opinion qui refuse au cerveau le monopole des fonctions sensibles et attribue au cervelet un rôle des plus importants.
Ce qui confirme encore cette opinion, c'est que le cervelet reçoit une irrigation sanguine beaucoup plus abondante que le cerveau.
« La substance grise formant la moitié environ de la masse totale du cervelet, et cette substance étant très riche en vaisseaux, on peut dire d'une manière générale que cet or-^ gane est plus vasculaire que le.cerveau » (2).
La structure histologique offre de nombreux points de rapprochement entre les deux cerveaux. La cellule dite de Purkmje du nom de son inventeur est spéciale au cervelet
(i) Traité d'anatomicy t. III, p. 122.
(2) Sappey, op, cit.f p. 125.
comme celle dite grande pyramidale Test au cerveau : les deux cellules sont du reste analogues. La base de la première est arrondie au lieu d'être pyramidale : voilà toute la différence, La disposition de Técorce est à peu près pareille. Trois couches successives se rencontrent au cerveau : ce sont la couche granuleuse, puis la couche des cellules ^/ramidales^ enfin la couche profonde avec ses cellules fusiformes, bipolaires ou ganglionnaires (Ranvier). Le cervelet présente également ces trois couches : couche granuleuse, couche des cellules de Purkinje^ couche des grains ou plus exactement des cellules bipolaires.
Un enseignement ressort du faisceau de ressemblances que nous venons de constater rapidement. N'est-il pas évident que toutes les fonctions sensibles ne sont pas localisées dans un seul organe encéphalique, et que le petit cerveau, comme le grand, participe à la vie animale? Comment tant d'observateurs, d'ailleurs ingénieux, n'ont-ils pas été frappés de la structure compliquée et merveilleuse du cervelet, comment n'ont-ils pas pressenti
rimportance et la grandeur de son rôle?
Comment la plupart ont-ils fermé les yeux à la lumière en dédaignant cet organe ou en le tenant pour étranger aux facultés supérieures delà vie? Nous allons le voir, cette étrange méprise a sa source dans renseignement des maîtres qui a faussé la science.
L'ancienne physiologie s'est partagée en deux opinions bien tranchées sur le rôle du cervelet : la première a vu dans cet organe le foyer de la sensibililé (Pourfour du Petit, Dugès, Foville, etc.); la seconde, forte du grand nom de Flourens, a soutenu qu'il était un organe moteur, le siège de la coordination des mouvements. Ces deux opinions sont contradictoires : elles ont tour à tour fait loi dans renseignement et sont également erronées.
Les connexions particulières du cervelet avec la partie postérieure de la moelle épinière sont très nettes et ont depuis longtemps frappé les observateurs : elles ont certainement donné naissance àlapremièrehypothcse.
On sait que les cordons antérieurs de la moelle sont formés de fibres motrices, et que
les postérieurs renferment les fibres sensitives. Or les premiers se dirigent manifestement en avant vers le cerveau, tandis que les autres se portent plus en arrière et semblent se confondre avec le cervelet (pédoncules inférieurs du cervelet^ corps restiformes^exc) De là à conclure que ce dernier organe est le siège des sensations, il n'y a qu'un pas, et il a été franchi par nombre d'auteurs, surtout par l'illustre Foville.
L'hypothèse, est-il besoin de le dire, n'est bâtie que sur une vue générale et superficielle de l'anatomie : elle n'est confirmée ni par l'expérimentation, ni par la clinique. Avouons qu'elle est ingénieuse et tentante, Les dernières découvertes cérébrologiques lui donnent mêmeun regain d'actualité. Nesemblentelles pas établir que les centres moteurs ont leur siège dans la partie antérieure de l'encéphale et que les centres sensitifs au contraire se groupent dans sa partie postérieure? La division si manifeste de la moelle épinière se continuerait dans les centres nerveux supérieurs et accuserait un plan d'ensemble.
Quoi qu'il en soit, il faut avant tout s'en-
tendre sur les mots et savoir de quelle sensi^ bilité il s'agit ; car, ne l'oublions pas, il y a deux genres de sensibilités qui correspondent respectivement à la connaissance et kVappétii.
La sensibilité ordinaire, commune, est la sensibilité générale et spéciale : toutes les expériences prouvent qu'elle n'appartient pas au cervelet et qu'elle a le cerveau pour principal organe. A un degré plus élevé, la sensibilité comprend les émotions, les penchants, Iesdésirs,lespassions,tousces mouvements du cce//rqui)ouentun si grand rôle dans lavieani-' maie et en qui se résume ce qu'on appelle la vie affective ou appétitive. C'est à cette vie que préside, selons nous, le cervelet.
Les deux sensibilités dont nous venons de parler sont absolument distinctes, tout en étant liées Tune à l'autre. Les savants les confondent perpétuellement et ne tiennent pas compte de la faculté appétitive qui est si importante et nécessaire à toutes les autres.
A l'opposé de ceux qui attribuent la sensibilité commune au cervelet, Flourens a prétendu y voir un organe pour la coordinatio7i des mouvements de locomotion. Malgré
Tautorité de sa parole et la vogue qui l'a longtemps soutenue, sa thèse n'est pas acceptable: elle est loin, comme Ta dit Béclard « de nous donner la clef de l'influence mystérieuse du cervelet ». Elle repose seulement sur des expériences de laboratoire.
Un oiseau privé de cervelet présente de l'agitation et surtout de l'incohérence dans les mouvements, comme s'il était ivre. Les mammifères chez lesquels on pratique la même mutilatiop n'offrent pas un défaut d'équilibre aussi prononcé, mais ils sont peu agiles, marchent en titubant et tombent facilement.
L'interprétation de tels effets est variable : elle n'est pas contraire à notre thèse. D'ailleurs on paraît disposé aujourd'hui à attribuer les désordres du mouvement à la lésion des pédoncules et non à la perte du cervelet : ils n'ont donc pas la signification qu'on leur a prêtée. L'expérimentation en cérébrologie demeure très difficile, et ses résultats sont peu sûrs : c'est ce que déclare très justement le docteurCourmont(i) après beaucoup d'autres.
(i) Le cervelet.
Les savants, découragés par leurs insuccès, reconnaissent que Tobservation vaut bien rexpérimcntation et qu'elle est plus commode. Ils en reviennent à la clinique qui offre des expériences toutes faites, souscrivante cette parole du grand Cruveilhier : « Si le mystère qui couvre les fonctions du cervelet doit être un jour levé, ce sera en grande partie par l'étude comparative des lésions de fonctions observées pendant la vie avec les lésions matérielles observées dans le cervelet après la mort. » (i)
L'absence congénitale du cervelet est exceptionnelle; mais on Ta observée une fois chez une fille de lo ans, Alexandrine Labrosse.
Son observation porte qu' « elle paraissait indifférente à tout ce qui V environnait... On la voyait toujours dans un état d'abattement morne., ne parlant ]dimz\s^ n'accusant ni plaisir ni douleur; et quand on lui adressait une question, elle répondait seulement oui ou non, mais toujours juste. )i(2)
En révélant une indifférence profonde, une
(i) Anatomie pathologique^ t. iv, p. 785.
(2) Bulletin de la Société anatomique, i83i, p. 148.
absence complète de passion, cette observation presque célèbre dans la science prouve bien que le cervelet est le centre de la vie affective.
Les anciens auteurs signalent des cas nombreux où une affection du cervelet, soit une atrophie, soit une lésion profonde, a coïncidé avec la perte du sentiment et une singulière faiblesse de caractère. Il y a encore là un appui pour notre thèse, mais nous n'en exagérons pas l'importance. Les observations du passé ne sont pas toutes complètes ni concluantes, elles manquent surtout du contrôle si nécessaire et si précieux que nous apporte aujourd'hui le microscope : nul doute que Tavenir n'en donne de décisives.
La détermination du rôle du cervelet ne trouve pas seulement des obstacles dans les observateurs, elle en rencontre jusque dans les faits. Il est peu d'affections morbides qui la favorisent. Dans le vaste cadre nosologique, nous ne connaissons que certaines maladies nerveuses, surtout Vhystériej qui trahissent nettement l'exubérance des passions^ la prépondérance de la vie affective. Nous sommes
persuadé que le cervelet des hystériques nous réserve dans sa structure, sinon dans son volume, des révélations utiles. Enfin il est bon de noter que le cervelet est gravement intéressé dans les maladies mentales, où les passions jouent un si grand rôle (i).
Le cervelet,affirmons-ledoncpour conclure, a dans la vie nerveuse un rôle nécessaire, important*
Il ne préside pas à la motilité ni à la sensibilité générale, puisque d'après les magnifiques travaux qu'a suscités la doctrine des localisations (2), les centres inoteurs etsensitifs résident dans l'écorce cérébrale.
Il doit donc commander à la vie affective ou appétitive qui couronne la sensibilité commune, mais qui, négligée ou méconnue par les physiologistes, n'a pas encore trouvé de localisation positive.
C'est le rôle que lui assigne la raison et que tous les faits actuellement connus nous parais-
(i) Dr S. La folie, Téqui ; articles Se. cath, 1892-93. (2) D' S. La doctrine des localisations cérébrales , Téqm.
sent confirmer. II faut l'admettre ou se résigner à une invincible ignorance.
Notre thèse ou, si Ton veut, notre hypothèse répond aux exigences de la philosophie et éclaire d*un jour inattendu la physiologie nerveuse : elle rend compte de cette dualité de notre être physique et moral que la doctrine traditionnelle comprend, mais qui a si longtemps tourmenté et déconcerté les penseurs.