CHAPITRE IX
Cerveau et cervelet.
deux cerveaux, le grand et le petite y a deux facultés sensibles, la coni et Tappétit.
nd et le petit cerveaux sont distincts^ Ditement liés : leur rôle spécial est leur synergie ne l'est pas moins, ictions de la sensibilité sont de même blés Tune à l'autre, mais inséparaconnexion des facultés appétitives et tives n'est pas moins établie que leur )n.
[ne que la sensibilité a deux fonctions îs, l'âme spirituelle a deux facultés
maîtresses, rintelligence et la volonté. La première réclame impérieusement le concours delà connaissance sensible ; la seconde a besoin de Tappétit pour s'exercer. Toutes ces puissances se lient et se concertent entre elles; et de leur commerce naît la vie psycho-sensible dont nous n'avons pas à dire les merveilleux effets.
L'accord de Tesprit et di; corps est trop intime, trop harmonieusement combiné pour rompre l'unité de la vie psycho-sensible et scinder notre personnalité : l'encéphale, avec la multiplicité de ses centres et la variété de ses organes, est l'unique instrument de l'âme. Le cerveau, chargé de la sensibilité commune, est spécialement préposé au service de l'intelligence ; le cervelet est l'agent des passions et du cœur^ le siibstratum de la volonté. Mais les fonctions, que ces organes servent respectivement, ne sont pas isolées dans l'économie :
elles s'unissent étroitement en une action commune, rattachées qu'elles sont à l'unité vivante. Quelque diversifiées que soient nos facultés, elles se résument toutes dans Tâme qui en est le principe et la source, La sensi-
— i33 — bilité, c'est Tâme que Timpression saisit; la mémoire, c'est l'âme qui retientet se souvient; l'imagination, c'est l'âme qui s<e représente les images perçues; le cœur, c'est l'âme qui sent et qui aime; l'esprit, c'est Tàme qui conçoit et qui pense. Et comme ledit admirablement Bossuety « toutes nos facultés ne sont au fond que la même âme, qui reçoit divers noms à cause de ses différentes opérations » (i).
Tel est le splendide tableau que nous aimons à tracer de la vie encéphalique et qui nous paraît digne de la philosophie traditionnelle et de la science moderne ; mais nous devons sincèrement avouer qu'il n'est pas sans ombre ou plus exactement que notre imagination l'a complété et achevé. Si la physiologie du cerveau est actuellement établie dans ses grandes lignes (2), celle du cervelet est à faire ; et, pour combler la lacune de la science officielle, nous n'avons pu présenter qu'une hypothèse.
Cette hypothèse, que nous défendons depuis longtemps déjà, nous paraît rationnelle et bien
(i) Connaissance de Dieu et de soi-même^ chap. I, par. XX.
(2) D' S. Le cerveau ; Le problème cérébral^ 2© éd.
- i34fbndée, et nous avons fait valoir les arguments qui l'appuient. Nous espérons qu'elle triomphera. Elle npus paraît en tout cas préférable à toutes celles que le passé a vu naître et qu'il n'a pu confier à l'avenir.
Ne parlons pas de l'opinion ancienne qui rattachait la sensibilité commune au cervelet: elle n'est plus défendue. Retenons seulement celle qui attribue à cet organe la coordination des mouvements et qui a eu un si long règne grâce au puissant patronage de Flourens. Estelle sérieusement établie? Il serait téméraire de le prétendre. Les savants de l'Ecole l'enseignent encore par respect pour la tradition, par pénurie de doctrine; mais ils la soutiennent sans conviction et sont tout disposés à l'abandonner. En fait, ils s'accordent pour avouer l'insuffisance des données et reconnaître leur profonde ignorance du problème cérébelleux.
Ecoutez le langage autorisé des maîtres : il est clair.
Le professeur Longet écrit : « La détermination précise des usages du cervelet est un des problèmes les plus embarrassants de la
— i35 — physiologie. » (i) « Le cervelet, dit de son côté le professeur Béclard, constitue certainement une des parties les plus importantes de l'ence'phale. Beaucoup de tentatives ont été faites pour déterminer sa part d'action dans les fonctions nerveuses ; mais, malgré un grand nombre d'expériences et de déductions empruntées à la pathologie , le rôle spécial de cet organe est encore aujourd'hui très obscur. » (2) Le professeur Vulpian n'est pas moins catégorique. « Le problème relatif à la nature des fonctions du cervelet est loin, ditil, d*être encore définitivement résolu...; nous n'avons aucune notion entièrement certaine sur le rôle physiologique de cet organe. » (3) Les savants étrangers sont d'accord avec les nôtres sur ce point : citons seulement Schiif et Ferrier. Le premier qui est un maître incontesté en expérimentation avoue que les fonctions du cervelet sont encore inconnues. (4). Le célèbre physiologiste d'Outre-
(i) Anatomie et physiologie du système nerveux ^X. I. p. 769.
(2) Traité de physiologie humaine^ Y^. 1062-
(3) Physiologie du système nerveux , p. 640.
(4)Lehrbuch der Physiologie, p. 357.
Manche écrit que « les fonctions du cervelet sont le sujet d'une des questions les plus obscures et les plus controversées de la physiologie cérébrale. » (i)
En face de tels aveux, il y a place pour des hypothèses; et l'avenir est à celle qui,comnie la nôtre, se concilie avec la raison et les faits. On ne la dédaigne déjà plus, et tout fait présager un revirement de la science.
Nous avons dit que Gall avait eu Theureuse idée de faire du cervelet l'organe de l'amour. Cette idée, parce qu'elle était nouvelle, a subi une longue contradiction ; mais on y revient de nos jours, et des faits expérimentaux et cliniques rapportés par Budge, Valentin, Wagner, Lussana, tendent à lui donner crédit. Nous ne doutons pas que son triomphe ne soit prochain. Le cervelet sera bientôt reconnu comme l'organe de la vie affective :
c'est notre intime conviction, et l'insigne faiblesse des théories qu'on imagine pour expliquer les émotions n'est pas faite pour l'enlever.
(i) Fonctions du cerveau, trad. franc., p. i38.
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