‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 1 sur 91 · I. — L'AMÉRIQUE AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

I. — L'AMÉRIQUE AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI

Lorsqu'en 1592 Christophe Colomb abordait aux Iles Lucayes, croyant toucher rcxtrémité des Indes , personne ne soupçonnait assurément le rôle considérable que ce Nouveau Monde était appelé à jouer.

L'enthousiasme fut grand sans doute à la cour de Ferdinand et d'Isabelle quand le hardi explorateur fit, au retour de sa première expédition, son entrée triomphale à Barcelone; on était saisi d'admiration devant son heureux génie; les hommes de science voyaient avec joie le cercle des connaissances humaines s'agrandir tout d'un coup; les hommes d'État rêvaient d'asseoir sur d'immenses conquêtes la puissance

de'^léùi pays; les commei'çants supputaient déjà les gros bénéfices que ferait tomber dans leur caisse l'exploitation de ces pays neufs , mais personne n'imaginait que les Indes occidentales pussent être pour l'Europe autre chose qu'une proie magnifique.

Cette, première impression fut encore confirmée par la série de découvertes qui se continuèrent jusqu'au dix-huitième siècle. Plus on pénétrait avant dans l'immensité de ce continent nouveau , plus ses richesses naturelles apparaissaient à la fois considérables et, inexploitées. Les indigènes avaient peu transformé ce sol encore couvert de forêts inextricables et de vastes savanes; c'était un champ merveilleux ouvert à l'activité européenne.

Aussi, pendant près de trois siècles, l'Amérique futelle considérée comme une sorte de dépendance de l'Europe ; chaque grande nation s'y était taillé de larges possessions et cherchait simplement à en tirer profit pour elle.

La guerre de l'Indépendance fut en quelque sorte la première phase d'une désillusion qui n'est pas encore près de prendre fin. On s'aperçut alors que les colonies pouvaient fort aisément se passer de la métropole, que cette séparation, loin de nuire à leur développement, le favorisait, au contraire, d'une façon notable ; c'était l'entrée en scène de l'Amérique.

Aujourd'hui nous assistons à la seconde phase de la désillusion ; non seulement l'Amérique a une existence propre, mais elle devient pour le Vieux Monde une redoutable rivale. On sait déjà, au fond de nos campagnes les plus reculées, que le blé américain vient faire concurrence au nôtre, et les soldats d'Europe ont porté sur leur sac des conserves de bœuf fabriquées

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