‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 2 sur 91 · LE VRAI THÉÂTRE DE LA ME AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

LE VRAI THÉÂTRE DE LA ME AMÉRICAINE

à Chicago. On se rappelle quelle émotion a causée dans le monde agricole de l'Europe la question des importations américaines. Des tarifs douaniers protecteurs ont été établis pour arrêter la marche du lloau, mais personne n'a une foi profonde dans ces barrières trop faciles à renverser et l'Amérique a cessé d'être un objet de curiosité pour devenir un objet d'effroi.

Ce n'est pas tout : dans la société qui se fonde de l'autre côté de l'Atlantique, des formes nouvelles apparaissent. Faut-il les attribuer à des circonstances passagères, ou bien, au contraire, sont-elles la première marque d'une évolution à venir? L'Europe commence à s'en inquiéter et les vieilles nations de l'ancien continent se demandent s'il leur faudra chercher les modèles chez ces barbares.

Toutefois, le grand mouvement que j'ai essayé de iractériser n'affecte pas sur toute la surface de ce vaste continent le même ordre ni surtout la môme intensité. Il s'est produit on Amérique une sorte de déplacement de foyers qui explique les fortunes très diverses du Sud et du Nord.

Au moment de la découverte et pendant les deux -iùcles qui suivirent, on peut dire que l'Amérique était toute au Sud ; c'était le temps des grandes colonies espagnoles et portugaises, des épopées fameuses des co;iquisiadores, et des vaisseaux chargés d'or ; on savait vaguement que quelques sectes puritaines étaient allées chercher un refuge sur les côtes de la Nouvelle- Angleterre , mais leur existence ne s'était encore ma-

nifestée par aucun événement fameux; elles vivaient ignorées du monde , tandis que les noms de Gortez et de Pizarre avaient déjà acquis une renommée immortelle.

L'histoire de l'Amérique commence donc dans les pays tropicaux. C'est là que s'est créé le premier foyer de développement du Nouveau Monde, puis il a pâli peu à peu et s'est effacé devant un second foyer plus septentrional , dont la chaleur et la clarté vont chaque jour grandissant.

Ce foyer, c'est aux Ëtat-Unis qu'il se trouve; c'est là que la population atteint son développement le plus rapide , là que des villes surgissent tout à coup au milieu d'un désert , là que l'esprit d'entreprise porté au plus haut degré couvre le sol vierge de chemins de fer, de fermes et de manufactures, avant que la vieille Europe ait appris le nom du pays où s'opèrent ces merveilleuses transformations. C'est de là, par suite, que nous vient la concurrence redoutée dont je parlais tout à l'heure, et nos habitudes de langage elles-mêmes trahissent cette sorte de domination des État-Unis, car, lorsque nous parlons du type américain sans autres indications, c'est vers le citoyen de New-York ou de Chicago, vers le Yankee ou vers le colon de l'Ouest, que notre esprit se reporte naturellement.

Si on veut se rendre compte de l'Amérique contemporaine et comprendre l'esprit américain, les manières de faire américaines , la vie américaine , c'est donc aux États-Unis qu*il faut aller.

Mais là encore il y a un choix à faire : le mouvement en avant n'est pas partout marqué de la même manière, et ce ne sont pas les États qui ont jeté au début le plus grand éclat qui tiennent aujourd'hui la tête*

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