LE DROIT DU PREMIER OCCUPANT
sident de la République, et les individus qui, s'étant introduits par fraude avant cette époque, ont pu s'emparer par avance de certaines terres bien situées. Ce sont ceux que nous appelons généralement les sooners ou gens arrivés trop tôt; l'affiche les qualifie de Lot JumperSy c'est toujours la môme idée. »
Cette question des sooners agite vivement la population depuis l'ouverture de l'Oklahoma. Au début, les sooners, parmi lesquels se trouvaient naturellement beaucoup des compagnons de Payne et de Couch, se croyaient sûrs d'avoir gain de cause et faisaient constater au plus vite leur prise de possession; mais les protestations arrivèrent en foule, et aujourd'hui c'est en faveur des colons de bonne foi que se tranchent les différends. On me raconte un fait curieux qui marque bien ce revirement : parmi les reporters qui s'étaient rendus dans l'Oklahoma en avril 1889, l'un d'eux avait eu l'idée de relever les noms d'un assez grand nombre de sooners installés sur des lots de ville , à Guthrie. Ceux-ci , confiants dans leur titre de premiers occupants, étaient enchantés de lui donner la publicité d'un journal et s'empressaient autour du reporter. Pourtant leurs noms ne furent pas publiés de suite, mais, quand les droits des sooners commencèrent à être menacés d'une façon sérieuse, le malin journaliste fit comprendre à ses clients que leur sort était entre ses mains et vendit son silence pour trente mille dollars.
Quiconque est convaincu d'avoir mérité l'épithcte de sooner peut donc se voir dépossédé , mais il y a là une question de faitdifiîcile à prouver; de là les nom-, breux litiges qui se produisent.
Un fonctionnaire du gouvernement fédéral , le Land
Office Receiver, est chargé de recevoir les plaintes et les déclarations des colons à ce sujet; j'ai une lettre de recommandation pour lui et je me rends le matin à son bureau.
Ce bâtiment officiel est une maison en planches à un seul étage ; on entre sous une vérandah et on se trouve dans une pièce assez petite, au fond de laquelle un coffre-fort occupe la place d'honneur; un poêle et quelques chaises complètent l'ameublement, avec deux ou trois tables ornées des pieds de plusieurs gentlemen, qui causent et fument dans la position chère à tous les Américains. A une de ces tables se tient leLand Office Receiver y un grand jeune homme blond qui, la pipe aux dents, écoute les dépositions des personnes présentes, leur répond en quelques mots, reçoit leur serment, donne des signatures, le tout sans aucune solennité. Je m'avance au milieu des autres et je remets ma lettre au receiver. Il la lit , cause un instant avec moi et me fait asseoir en face de lui, pendant qu'il continue à examiner les affaires qui lui sont présentées.
Tous les individus que je vois défiler ainsi devant moi, une heure durant, viennent réclamer la libre possession de leur daim; tantôt ce sont les colons euxmêmes qui comparaissent, tantôt un agent d'affaires délégué par eux. Les uns gardent leur chapeau sur la tête pour parler au receiver^ les autres mettent les mains dans leurs poches; il est vrai qu'il ne s'agit encore que de formalités préparatoires.
Je demande au receiver si beaucoup de ces contestations ne naissent pas au sujet des lots de ville, plus enviés et plus disputés en général que les terres de culture. « Non, me dit-il, nous ne nous occupons en ce "moment-ci que des daims de 160 acres (64 hectares).