‹ La vie américaine (volume 2)Chapitre 17 sur 91 · COMMKNT SE SONT CRÉÉES LES « VILLES DE VIANDE · texte numérisé non relu

COMMKNT SE SONT CRÉÉES LES « VILLES DE VIANDE

double caractère de la ville se manifeste, tant par la luule de cheminées qui vomissent une fumée noire, que par la multitude de voies ferrées qui traversent tous les quartiers ; au centre même , on trouve d'immenses gares {dépôts) desservies par de larges espaces couverts de rails. Pour assurer la circulation des piétons et des voitures, on a dû construire des ponts sans nombre dont la disgracieuse carcasse de fer se dresse de tous côtés; aux environs de la Chicago River le mouvement des chemins de fer, des bateaux à vapeur, des tramways , n'est comparable qu'à celui de New- York, dans la partie basse de la ville. Pour faciliter le commerce , les Américains veulent avoir leurs chemins de fer au centre de leurs affaires et préfèrent de beaucoup gâter l'aspect d'une grande cité que s'exposer à y perdre du temps. Que leur importe d'ailleurs? Leurs villes sont de vastes maisons d'affaires où ils ne demeurent pas. C'est au dehors, dans les suburds, que se trouvent les résidences recherchées. Cela explique, par exemple, que tout un côté de la douzième rue, dans une partie très centrale, ne soit pas bâti du tout; une voie de chemin de fer le suit sur une grande longueur et lui donne un aspect sale et misérable. A Paris, on ne supporterait pas semblable chose. Les gares ont été jusqu'ici reléguées dans des quartiers excentriques , sauf celle de Saint-Lazare qui avait eu la bonne fortune de se trouver englobée parles agrandissements de la ville ; les gares nouvelles de la Cour des Comptes et des Invalides et la construction d'un métropolitain soulèvent de vives oppositions; on ne sacrifle pas l'élégance à la facilité des transports parce que Paris est avant tout une ville élégante, mais Chicago n'a pas les mômes prétentions et s'organise surtout en vue

du développement de son activité. Tout ce qui peut contribuer utilement à ce résultat lui parait justifié.

Dès avant la création des chemins de fer, Chicago se trouvait désignée par sa situation géographique pour devenir un grand centre de transports : placée à l'extrémité de la profonde échancrure que forme le lac Michigan, elle était le point le plus septentrional par où pût passer un voyageur se rendant de New- York au Nord-Ouest. Quand le Nord-Ouest commença à se peupler, Chicago naquit donc par la force des choses. De plus , le lac Michigan lui offrait une communication précieuse vers le Nord et, d'autre part, le Mississipi était assez rapproché d'elle pour que, grâce à un travail de canalisation assez simple , il fût facile d'atteindre par cette grande voie fluviale le sud des États.

Aucun point ne pouvait donc, aussi bien que Chicago, devenir le centre des chemins de fer américains , mais une circonstance particulière contribua à rendre plus rapides ses extraordinaires progrès à l'époque où l'Amérique commença d'une façon sérieuse la construction de son réseau ferré.

C'était en pleine guerre de Sécession; Saint-Louis avait pris parti pour le Sud, et le Nord-Ouest naissant, habitué à communiquer avec l'Est par la vallée du Missouri , dont elle est la clef, se trouvait coupé dans ses rapports avec la côte de l'Atlantique. Une situation aussi critique ne pouvait pas se prolonger indéfiniment et l'Est avait tout intérêt à la faire cesser; c'est alors que furent commencées les grandes constructions de chemins de fer qui devaient faire de Chicago le pivot du mouvement commercial et la véritable métropole de l'Ouest. Tous les capitaux de l'Est

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