LA FERME-RECLAME
adopté des expressions particulières pour caractériser
I immensité, le vocabulaire anglais se trouvant épuisé par leur habitude de tout exagérer : ainsi un grand hôtel est un hôtel mammoth, c'est-à-dire mammouth.
II a fallu remonter aux espèces disparues pour trouver dans la création un point de comparaison ; un site n'est pas pittoresque, il est le plus beau du monde. Un train de chemin de fer n'est pas bien organisé, mais le meilleur au monde {the best in the world). A la-Compagnie concurrente , dont le bureau est en face , on vous offrira, il est vrai, des billets pour le train le plus élégant du monde {the handsomest train in the world) ^ mais l'employé ne sourit môme pas en vous faisant son boniment. De même , un homme qui réussit bien dans SCS affaires est un homme splendide [a splendid man), un bon orateur est un blizzard (1) d'éloquence, etc.
Avec de semblables habitudes, que voulezrvous que réponde le Yankee auquel vous demanderez si les fermes de l'Ouest sont étendues? Il parait surpris et laisse échapper quelque mot à grand effet. Les fermes ne sont pas seulement grandes, elles sont prodigieusement grandes [wonderful extensive) (2), mammoth, que sais-je encore? Autant vaudrait demander à un Marseillais si sa maison de commerce est importante! On racontait même jadis, moitié sérieusement moitié plaisamment, que, dans certaines fermes de l'Ouest, le père de famille qui commençait à tracer un sillon avec
(1) Le blizzard est ua vent impétueux fort redouté, une sorte de tempête de neige.
(2) Les Américains n'emploient jamais l'adverbe dans les expressions de ce genre : ils disent, par exemple, awful good, awful pretly, au lieu de awfully good, awfully pretty. Ce n'est pas do l'anglais, c'est du patois, mais cela s'imprime et se dit partout.
sa charrue , avait soin d'embrasser sa femme avant de partir et de lui faire ses recommandations au sujet de l'éducation de ses enfants, tellement il lui fallait de temps pour revenir à son point' de départ.
J'étais donc très désireux de rencontrer sur mon chemin ces immenses exploitations, effroi du cultivateur européen, orgueil du Yankee, lorsque j'entrepris de visiter les États agricoles de l'Union. Partout où je passais,' je m'informais avec soin de leur existence, et le lecteur appréciera la place qu'elles tiennent dans l'agriculture américaine en écoutant le récit de l'enquête à laquelle je dus me livrer pour découvrir les quelques fermes d'étendue anormale qui existent, en effet, sur le territoire de l'Union.