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LES FORMES DU MARIAGE

Evidemment, cette cérémonie n'a rien de commun avec la formalité hâtive et presque clandestine que deux jeunes amoureux prient un juge ou un clergyman d'accomplir à leur intention, sans en prévenir leurs proches. Ici, il s'agit bien d'une fête de famille; deux demoiselles d'honneur accompagnent la fiancée, et elle a été modeste, me dit-on, car beaucoup de jeunes mariées en ont jusqu'à six; la chapelle est comble de jolies toilettes claires, l'orchestre joue la marche nuptiale de Mendelsohn à la sortie du cortège, et tout le monde se rend à la maison de la mariée , pour offrir ses best ivishes au jeune couple et prendre sa part du lunch et du luedding cake. Le wedding cake, ou gâteau de mariage, est une architecture de pâtisserie destinée à défier les siècles , ou du moins les années. On en distribue à tout le monde , mais il en reste encore une forte quantité que l'on gardera avec soin pour la montrer plus tard aux enfants et la faire figurer sur la table de famille aux anniversaires. En attendant, les jeunes gens conservent dans leur poche un petit morceau de wedding cake, qu'ils placeront ce soir sous leur oreiller, et ce qu'ils rêveront pendant la nuit s'accomplira. Telle est du moins la tradition.

En revenant dîner à Chicago dans le wagon réservé aux invités, je cause avec une jeune femme qui a visité l'Europe, comme beaucoup d'Américaines bien élevées d'ailleurs , et me demande si je ne suis pas surpris des usages que je rencontre ici. « Nous en avons un assez eurieux, me dit-elle, au sujet du mariage; c'est de nous marier le soir; si, aujourd'hui, miss C... s'est

mariée dans T après-midi, c'est qu'elle voulait avoir toutes les personnes de Chicago que vous voyez ici et qu'elles n'auraient pas pu venir facilement dans la soirée. Au reste, dans ce pays-ci, les hommes sont tellement affairés tout le jour qu'ils ne se marieraient pas sans cette coutume; ils n'en auraient pas le temps. » Voilà sans doute une boutade , mais elle est amusante et juste, car elle exagère un caractère vrai.

Les amis qui viennent assister à un mariage en Amérique arrivent rarement les mains vides. Le jeune ménage qui se fonde a tout à faire pour s'installer, et les cadeaux qu'on lui donne sont en général destinés à l'y aider. L'argenterie occupe la première place : services à thé et à café, plateaux, couverts, couteaux, coupes à bonbons, sucriers, grands pots de cristal cerclés d'argent, avec anses et couvercles d'argent, pour l'eau glacée dont on fait une si prodigieuse consommation, pour le sirop, etc., etc. Peu de bijoux ou de bibelots, mais en revanche des chaises, un lit, des tables, un magasin d'ameublement. Plus on va à l'Ouest, plus ce caractère d'utilité pratique s'accentue. A New-York, on offre plutôt des bracelets, des bagues, à la fille d'un Vanderbilt ou d'un Astor, et, à un mariage de ce genre, on comptait dernièrement que la fiancée avait reçu pour un million de francs de diamants , mais il s'agit là de ces Américains pour l'exportation dont j'ai parlé en commençant; dans le Dacotah, je vois mentionné, parmi les cadeaux d'un mariage de haute volée, un cure-dents en argent; on ne pousse pas plus loin l'amour de l'argenterie et l'esprit utilitaire.

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