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III, — LES FORMES DU MARIAGE

Quand un jeune homme et une jeune fille sont tombés d'accord de s'épouser, il leur suffit de se procurer une licensc de mariage chez le probate judge et le premier venu des juges ou des clergymen peut les unir, rien de plus facile comme on voit; c'est rapide, simple et économique.

Aussi arrive-t-il parfois qu'un père de famille se réveille un beau malin pourvu d'un gendre ou d'une belle-fille dont il ignore le nom. Un jour, un f armer

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de ma connaissance reçoit la visite d'un jeune voisin qui lui dit: « Vous savez, n'appelez plus Marie votre fille, elle est ma femme; je l'ai épousée hier! » Gela se passait, il est vrai, dans l'Ouest, où les habitudes solennelles ne sont jamais de mise, mais aussi on ne peut guère imaginer un mariage moins formaliste. Le plus curieux, c'est que le farmer n'avait pas la moindre idée d'en vouloir à Marie ; elle avait consenti à devenir la femme de ce jeune homme, c'était son affaire.

L'État américain n'intervient pas plus que la famille pour donner au mariage le caractère d'une cérémonie imposante. La license est la seule formalité exigée ; le consentement des parents n'est pas requis ; aucun officier public n'est nécessaire. Si on se marie devant le juge, c'est qu'on n'a pas à sa portée un ministre de sa religion, ou qu'on n'appartient pas à la même secte, ou qu'on n'appartient à aucune secte.

Il résulte de là que les Américains se marient sans solennité ou avec solennité, comme il leur plaît. J'ai donné tout à l'heure l'exemple d'un mariage express , voici maintenant celui d'un mariage de gens moins pressés , unis en présence de leurs parents et de leurs amis.

C'est aux environs de Chicago que la scène se passe, dans une charmante propriété toute ombragée d'arbres touffus. Sur la lisière du parc, une chapelle épiscopalienne dresse sa petite flèche aiguë; elle appartient à un aimable voisin de campagne qui la offerte pour la circonstance, bien que le mariage doive se célébrer suivant le rite presbytérien. Nous sommes au prin-

temps, et la chapelle, ordinairement nue , est décorée de plantes de toute espèce; on nous distribue même à tous des fleurs , dont chacun décore , qui son corsage , qui sa boutonnière , puis nous prenons place en attendant le cortège. La mariée porte une élégante robe blanche et le voile traditionnel , le marié est en costume de ville ; pendant qu'ils s'agenouillent devant l'autel, un petit orchestre joue médiocrement de très bonne musique classique, et la cérémonie commence aussitôt. Elle est présidée par un vieux clergyman en redingote , ressemblant assez exactement aux pères de famille que l'on voit dans les éditions illustrées de Berquin; malgré cette réminiscence, que je suis seul évidemment à avoir , je lui trouve la figure vénérable et reposée, une physionomie très à part au milieu de celles qui m'entourent, la seule peut-être qui porte l'empreinte d'une profession particulière. Il ne prononce pas un discours , mais lit à haute voix quelques textes, parmi lesquels je crois reconnaître l'épître de saint Paul aux Ëphésiens placée par la liturgie catholique dans la messe du mariage ; ensuite chacun des deux époux répète après lui une formule assez longue dont voici à peu près le sens : « Je jure de vivre avec cet homme (ou avec cette femme ) dans le très saint état de mariage, pendant la durée entière de ma vie, en santé ou en maladie, riche ou pauvre, pour le mieux, ou pour le pire {for better, for worse) ; je jure de l'aimer, etc., » puis on récite le Pater auquel toute l'assistance répond et, après le « oui » solennel, le ministre prononce la bénédiction nuptiale.

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