LES TOMBEAUX : LES DIFFÉRENTES SORTES DE MONUMENTS FUNÈBRES
Sommaire: Les tombeaux. Les tumuli : les tumuli de Marathon, de Panticape'e etdeSymè, les tombeaux de roche à Panticape'e, à Égine, à Mèlos et à Délos. Les tombeaux de Chalkè et de Chilidromia. Les tombeaux de pierre. Le tombeau de Xanthos , les tombes de Myra et de Telmessos, les tombes de roche dans les îles de Cos, de Rhodes, de Chypre. Nécropole de Cyrène. Décoration des tombeaux. Autels , stèles, statues et sarcophages. — Les tombeaux rocheux de la Lycie, de l'île de Rhodes. Les monuments funèbres isolés de Cyrène, de Mycènes et de Delphes, de Carpuseli et de l'île d'Amorgos. Les tombeaux-temples à Sidyma, à Cyrène, à Xanthos et à Cirta. Le Mausolée d'Halicarnasse. Le monument choragique de Lysicrate.
Pour finir la série des monuments grecs qui ont trait à la vie individuelle^ nous passerons de l'habitation des vivants à la demeure des morts; quittons les maisons pour nous approcher des tombeaux. Le culte des morts était poussé chez les Grecs au plus haut degré; aussi ce genre de monuments lui a-t-il emprunté une importance extraordinaire et produit une variété de formes vraiment étonnante. Nous allons envisager cette quantité innombrable de tombeaux au point de vue de leur construction, en essayant de les classer par groupes bien caractérisés. On peut les diviser en tombeaux-tertres, tombeaux rocheux et tombeaux en maçonnerie. Chacun de ces trois genres changeait de forme, de grandeur et de disposition architectonique, selon la nature du terrain et le mode d'ensevelissement.
Dans les contrées pauvres en pierres on élèvera des tertres ; on
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNÈBRES
érigera des tombeaux de pierres là où le sol est pierreux; dans les pays rocheux on utilisera à cette fin les cavernes naturelles ou bien on en creusera dans le rocher. Ce sont là les formes les plus
anciennes; plus tard, au
fur et à mesure que se propageait l' instruction et le goût artistique^ on prit l'habitude de construire des monuments indépendants et d'un caractère tout à fait spécial.
I. à) Parlons d'abord des tertres ou buttes de terre. Cette forme de tom-
beaux, la plus simple et la plus naturelle, était, depuis les temps les plus reculéSj usitée chez tous les peuples de la race caucasienne, comme le prouvent les nombreux débris disséminés de l'est à l'ouest des régions habitées par ces peuplades. La Grèce aussi contient beaucoup de ces monuments primitifs^ qui conservent la dépouille mortelle dans une petite chambre funéraire et attirent l'attention du passant sur le lieu sanctifié par la mort^ servant ainsi de tombeau et de monument commémora tif à la fois. Lorsque la science architectonique en était encore à ses débuts^ ils avaient plutôt l'air d'être créés par la nature que façonnés par la main de l'homme; aussi les Grecs leur donnaient-ils le
Fig. 101 — Tertre do Panticapée.
Fig. 105. — Vue du. Tumulus de l'Ile de Symè.
Fig. 105 lis. — Plan.
nom de monticules (xoXojvoî) et quelquefois celui de /ojaK-ra, parce qu'ils étaient faits de terre entassée. On peut considérer comme types de ces entassements les immenses tertres qu'on aperçoit encore aujourd'hui sur les rivages de l'Hellespont, et qui, à en croire la vieille tradition grecque, renfermaient dans leur sein les
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ossements des htiros d'Homère, d'AchillCj de Patrocle, d'Ajax et de Protésilas, Les Athéniens élevèrent aussi de ces demeures funèbres à leurs frères tombés dans la plaine de Marathon, en luttant pour la liberté; la figure io3 nous en représente une des plus imposantes qui avait primitivement 9 mètres de hauteur. Des tuinuli plus petits sont dispersés en assez grand nombre dans les plaines de l'Attique. Il faut ranger dans la même catégorie, comme ressemblance extérieure, les grands tertres des rois du Bosphore, qui se trouvent à Panticapée, dans la presqu'île cimmérienne, et dont la figure 104 nous fournit un spécimen.
Afin de donner plus de solidité à ces monticules et d'éviter l'éboulement de la terre, on les garnissait quelquefois de bor-
Fig. lOG. — Chambre funéraire de Panticapée.
dures en pierre; tel était le cas des tombeaux d'Aepytos à Pheneos, en Arcadie, et d'Onomaos à Olympie, décrits par Pausanias; — aujourd'hui encore il y a dans l'île de Symè un tumulus, qui correspond entièrement à la description de Pausanias. Il a 19 mètres de diamètre, il est entouré dans toute son étendue d'un mur d'appui haut de i™,25 à 2^,19 (xpïiTri'ç ou ôp-yxôç), composé de pierres polygonales non taillées (Xt'Ooi àpyoî, loyâosz) (fig. io5 et io5 bis). Le tertre de forme conique a été presque complètement détruit.
Il est à peine nécessaire d'ajouter qu'on s'est aussi servi de pierres dans ces tertres funéraires. Pausanias nous en cite un exemple dans le tombeau de Laïos près de Daulis, dont il sera question plus bas, à propos des tombeaux en maçonnerie.
b) Un autre mode d'ensevelissement dans l'antiquité consistait à déposer les corps dans des cavernes ou grottes, qui tantôt
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étaient toutes formées par la naturCj tantôt taillées et garnies d'ornements architcctoniques par la main de l'homme. Ici encore il y a une variété infinie : ou bien une grotte naturelle dans le flanc d'un rocher peut être agrandie et convertie en tombeau, ou bien on peut creuser dans le rocher, soùs la surface du sol, une chambre funéraire, ou bien enfin un bloc de rocher plus ou moins isolé peut également être creusé et recevoir une décoration architectonique.
Fig. 107. — Chambre funéraire de Jouz-Oba,
Considérons d'abord les tombeaux de roche souterrains. L'idée primitive en a été puisée dans les gorges et les crevasses des carrières. On en trouve près de Nauplie; on leur donnait le nom de «cyclopéens-'j à cause du grand âge qu'on leur attribuait. ^ On voit des grottes semblables de forme irrégulière près de Gortyne, dans l'île de Crète. Les carrières semblent avoir également inspiré les
i Tout récemment la Socie'té archéologique d'Athènes a fait faire des fouilles dans ces tombeaux, déjà mentionnés par Strabon , voir 'A6r,vatov, t. VII, 3e livr. (O. R.)
constructeurs de la nécropole de Syracuse^ construite sur un plan plus régulier.
Parmi les tombes royales de PanticapéCj citées plus haut (fig. 104), on rencontre de simples puits j s'enfonçant profondément dans le sol et débouchant dans une chambre funéraire (fîg. 106). Dans le tumulus de Jouz-Oba il y a un souterrain ou tunnel en encorbellement^ qui contient au fond la chambre funéraire avec le sarcophage du défunt (fîg. 107).
Si la péninsule hellénique est riche en tombeaux de ce genre ^, les îles grecques offrent une bien plus vaste matière pour l'étude des tombeaux rocheux plus ou moins anciens 2, Quelques-uns sont
Fig. 108. — Coupe transversale du Tombeau de l'He d'Égîne.
Fig. 109. — Plan
si bien creusés dans le sol que leur plafond se soutient sans aucun appui. Exemple : le tombeau de l'île d'Égine^ dont la figure 109 représente le plan et la figure 108 la coupe transversale. Un escalier étroit a conduit dans une entrée voûtée b^ par laquelle on pénètre dans la chambre funéraire proprement dite. Celle-ci contient sur ses trois faces trois sarcophages en pierre couverts de dalles de pierre.
Un tombeau dans l'île de Mèlos a sur chacun de ses côtés trois
• Sur les tombeaux récemment découverts en Attique à Spata, v. 'A6-/]vatov, t. VI, 3e liv. (O. R.)
2 Dans l'île de Céphalonie on rencontre un grand nombre de tombeaux : tantôt ce sont des chambres souterraines, tantôt de simples excavations rectangulaires creusées dans le roc à ciel ouvert, v. Bibliothèque des Écoles d'A thènes et de Rome, 12^ fascicule. J'ai aussi vu des tombes de l'une et de l'autre de ces deux catégories dans l'île de Cérigo: v. ibid., i8« fascicule. (0. R.)
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lits funéraires^ placés dans des niches semi-ciiculaires, comme nous le montrent le plan de la figure 1 1 1 et la coupe transversale de la figure i lo.
Dans d'autres tombeaux de ce genre on a étayé le plafond pour lui donner plus de solidité au moyen de piliers et de cloisons transversales en maçonnerie, et l'on a divisé en même temps l'espace intérieur en plusieurs compartiments séparés. Une chambre funé-
Fig. 110. — Coupe transversale du Tombeau de Mèlos.
raire de Délos (voy. le plan à la fig. 1 13 et la coupe transversale à la fig. 112) offre sur chacune de ses deux faces latérales deux piliers en maçonnerie a, entre lesquels se trouvent des niches
Fig. 111. — Plan.
étroites b. Dans chacune d'elles il y a deux lits funéraires superposés. Le plafond du tombeau, qui a 2"i,3o de hauteur, est fait de dalles Juxtaposées.
Un tombeau souterrain dans l'ile de Chalkc offre une autre disposition (fig. 1 14). Un étroit escalier b conduit à la porte d'entrée a. Au milieu de la chambre longue d'environ 4'",55 s'élève un pilier c, d'où partent deux grosses poutres de pierre jusqu'aux deux parois latérales; ces poutres supportent les dalles de pierre
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