LES TRÉSORS
Sommaire: La maison d'habitation. — La maison homérique des rois. — Le trésor de Mycènes. — Le château d'eau de l'île de Cos. — La maison des temps historiques. — La YuvaixtovÎTiç, la TtacTai;, la porte, le vestibule et la cour. — Le foyer, la maison à deux cours, la maison de l'île de Délos.
Après les constructions qui protégeaient l'homme fixé dans un endroit contre les attaques du dehors, nous passons à celles qui devaient le garantir contre les atteintes de la nature elle-même. Après les murailles vient l'habitation de l'homme^ que celles-ci avaient mission de défendre. Les Grecs, comme tous les autres peuples primitifs, avaient eu tout d'abord pour demeures des grottes naturelles, ou, faute de grottes, des huttes ou cabanes, construites de différentes manières, selon les ressources naturelles de chaque localité; les Grecs en attribuaient l'invention à Pélasgos, père de la race pélasgique en Arcadie. Des maisons plus solidement et plus commodément construites chez cette peuplade et chez d'autres ont eu peut-être quelque analogie avec ces huttes primitives; mais il n'y a pas là matière pour les recherches archéologiques, car il n'existe ni traditions écrites sur ce sujet, ni ruines, ni aucune donnée précise. De même la transition de la hutte à la maison régulière, telle qu'Homère nous l'a représentée dans ses
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poèmes, ouvre un champ libre aux hypothèses, tandis qu'on peut reconstruire, du moins dans ses parties essentielles, l'antique demeure des dynasties royales de la Grèce; Homère en effet nous l'a décrite et sa description est évidemment le reflet fidèle de ce qu'il a vu autour de lui. Cela est vrai surtout de la demeure d'Ulysse; la description de ce monument, jointe à quelques détails empruntés aux demeures d'Alcinoûs et de Priam et à latente d'Achille, semblable à une maison, permet de se faire, au moins dans ses traits généraux, une idée exactedeshabitationsprincièresde cette époque.
D'après toutes ces données, la maison des rois se composait de trois parties, dont la séparation est nettement indiquée dans Homère ; cette disposition, sauf quelques différences, nécessitées par une plus grande exiguïté d'espace, se retrouvaitdans la plupart des principales maisons particulières. La première partie est réservée aux relations de la vie journalière et aux rapports avec le dehors; c'est la cour, qu'Homère appelle «ùX/j; elle donne sur la rue et l'on y pénètre par une porte à deux battants (xà TrpôOupa, ôupai ot/.)ao£;). Cette cour était entourée de bâtiments de ménage, où l'on serrait les provisions et les moulins à bras^ où se trouvaient les chambres des domestiques, les écuries et les étables, lorsque ces dernières n'étaient pas placées dans des cours spéciales; le milieu de cette cour était occupé par l'autel de Zeus, gardien de la maison (Zcù? Ipy.cîo;). En face de la porte de la cour s'élevait l'habitation proprement dite (owaa ou Soaoç) de la famille du roi; devant sa porte d'entrée régnait un portique à colonnes couvert (ctïOouca oojaotTo;), pareil au portique qui s'étendait des deux côtés de la porte d'entrée de la cour (aïOouca auÀîii;). Cette colonnade précédant la maison des rois a dû être assez vaste, puisqu' Homère nous dit que parfois les princes s'y assemblaient pour tenir leurs conseils. C'est par elle qu'on arrivait dans le Trpo'ooiAoç, qui suivait dans toute la largeur la façade de la maison proprement dite et que, par conséquent, on peut considérer comme un portique fermé ou comme la partie intérieure de l'aiOoiiGa ooSixatoç, séparée peut-être du reste de l'aiOouaa par un mur. C'est dans cet espace, nous dit Homère, qu'on dressait les lits pour les hôtes qui passaient la nuit dans la maison.
Du Trpoooaoç, on arrive dans l'habitation même (oûijjia) du prince
et de sa famille ; cette partie de l'édifice comprend la salle des hommes, les appartements des femmes, l'appartement conjugal, la salle d'armes et le trésor. La salle des hommes, to (xeyofpov, partie essentielle du palais, était, d'après Homère, une vaste enceinte, supportée par des colonnes ; le poète l'appelle ombreuse (ffxidsii;), peut-être par opposition au prodomos^ ouvert, éclairé de tous côtés, tandis qu'ici quelques rayons de lumière seulement pénétraient à travers les fenêtres des murs latéraux, ou à travers une ouverture, pratiquée dans le plafond pour laisser échapper la fumée. Près du mur postérieur du megaron et vis-à vis de la porte qui conduisait aux appartements des femmes, se trouvait le foyer (lo/ap-/)), où l'on dressait les plats pour les convives, qui mangeaient dans la grande salle. Le sol était généralement couvert d'un carreau très simple, quelquefois bariolé, les murs, au contraire, étaient resplendissants de plaques métalliques; si le megaron d'Ulysse, prince régnant sur de pauvres insulaires, n'avait rien de cette brillante ornementation, les palais des monarques puissants de l'antiquité, par exemple de Ménélas, se distinguaient toujours par leur décoration murale, lors même qu'elle n'avait pas la richesse quelque peu fabuleuse de la salle d'Alcinoûs. Nous n'essaierons pas de trancher définitivement la question des u£(7oS[/.ai, mentionnées par Homère. Quelques nouveaux archéologues, notamment Rumpf et Winckler ^, ce dernier s'appuyant sur les recherches du premier, regardent les fxeao'oaai comme une sorte de galerie, située à une certaine hauteur du sol, au bout du megaron, de chaque côté de la porte qui conduit dans les appartements des femmes (gynécée) ; les commentateurs anciens appellent de ce nom l'espace vide situé entre deux pilastres ou les pilastres mêmes. Cette dernière opinion nous paraît la plus plausible; on pourrait en effet expliquer à la rigueur l'existence d'une galerie de ce genre dans une salle d'auberge, où les femmes se tiendraient le jour et qui servirait la nuit de chambre à coucher pour les hommes, mais elles n'aurait aucune raison d'être dans le megaron d'une demeure royale ^.
1 A. Winckler. Die Wohnhceuser der Hellenen. Berlin 1868, p. 3i et suiv. ^ Suivant M. Protodikos, De cFifé!« //ower/c/s, Leipzig, 1877, p. 37etsuiv., les ,u£aoûij.at seraient les poutres-maîtresses du plafond. (O. R.)
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La troisième partie de la maison contenait les pièces réservées à la vie intime de famille; on leur donnait le nom générai de ôaAatAoi, plus tard celui de ywxiYM^niç. Elles communiquaient avec le megaron au moyen d'un petit corridor (TrpoOupov) et se composaient, d'abord d'une salle située au rez-de-chaussée , où se tenaient, le jour, les femmes appartenant à la famille, avec leurs servantes; puis de plusieurs chambres à coucher assez petites situées à côté de cette salle et réservées aux servantes, qui étaient au nombre de cinquante dans la maison d'Ulysse; enfin un étage supérieur (ÛTreptoov) renfermait les appartements exclusivement affectés à la famille du prince. L'appartement conjugal (ôâXaijLoçau sens restreint) du couple royal était peut-être placé au rez-de-chaussée, au bout de la grande salle des femmes; c'est ici, du moins, qu'Ulysse semble avoir installé sa chambre à coucher : il fit ététer l'olivier planté dans la cour et se servit du tronc pour en faire un des montants du lit nuptial. La salle d'armes était sans doute située à côté, bien que certains archéologues prétendent que, dans la maison d'Ulysse, cette salle, ainsi que l'appartement conjugal, était située au premier étage.
Voilà quelle était, dans ses traits généraux, la demeure des rois à l'époque homérique. C'est à dessein que nous avons passé sous silence toutes les hypothèses sur l'endroit où se trouvait l'escalier conduisant à l'étage supérieur, sur la place et la destination du tholos, des différents corridors, du porte-lances, etc.; tous ces renseignements n'ajouteraient rien à l'intelligence de l'ensemble. Nous n'avons voulu que nous faire, d'après les indications d'Homère, une idée exacte des parties essentielles d'une habitation princière de l'antiquité, telle qu'il s'en trouvait partout en Grèce, de dimensions plus ou moins grandes, selon la localité et la richesse du propriétaire. Quant à essayer, comme l'ont fait certains archéologues, depuis Voss jusqu'à Winckler, de reconstruire la maison d'Ulysse jusque dans ses moindres détails, ce ne sont que des badinages plus ou moins savants et d'autant plus inutiles qu' Homère nous a transmis seulement le type de la maison royale de son temps; le poète, d'ailleurs, ne connaissait nullement les conditions physiques où se trouvait Ithaque, encore moins pouvait-il se rendre compte de la possibilité qu'il y aurait eu d'y construire
un monument si coiossal^ pouvant contenir une salle pour cent convives^ des appartements pour de nombreux domestiques, etc. Hercher ^, qui a visité les lieux^ a rendu ungrand service en dissipant^ grâce à ses recherches, toutes les erreurs à ce sujet, et en dévoilant certaines falsifications, que Gell s'était permises à propos de sa prétendue découverte dessubstructions du palais d'Ulisse. Quelques archéologues éminents, qu'il est inutile de citer, s'étaient malheureusement laissé prendre à ces inventions qui, pendant un demi-siècle avaient eu libre cours dans le monde savant; nous espérons maintenant que les hallucinations de Gell, de Thiersch et de certains autres, en ce qui concerne les ruines de la maison d'Ulisse et les merveilles de la grotte des nymphes dans l'île d'Ithaque, auront disparu pour toujours des manuels d'archéologie grecque '.
Nous avons à parler encore du trésor (G-zinaupcç), qui occupait un vaste emplacement dans l'intérieur du palais entouré de son enceinte protectrice, et dont la construction, comme en témoignent plusieurs voûtes conservées Jusqu'à nos Jours, garantissait la conservation des richesses qui y étaient renfermées. Parmi ces monuments, citons particulièrement le trésor d'Atrée, qu'on trouve au milieu des ruines cyclopéennes de Mycènes, dont il a été question plus haut. Ce thèsaiiros, cité par Pausanias sous ce nom, découvert par des archéologues de notre temps et décrit déjà nombre de fois, se com^pose d'une aire circulaire, bâtie dans le flanc d'une colline (voy. le plan fig. 96, et la coupe transversale fig. gS); on y arrive par un corridor en maçonnerie A', la porte B est en pierres, superposées par assises horizontales ; elle est recouverte d'une immense dalle de pierre, au-dessus de laquelle on a laissé, comme dans la porte des lions de Mycènes (fig. 66 et 78), une
« R. Hercher, Homer iinddas ItJiakader Wirklichkeit. (Hermès, 1. 1., p. 263). 11 serait à souhaiter que ce travail aussi sérieux qu'ironique fût plus propagé dans le monde enseignant.
- L'endroit où Gell a prétendu avoir retrouvé les ruines de la maison d'Ulysse est l'isthme montagneux de A'ito, qui relie entre elles la partie N. et la partie S. de l'île. Le haut de cet isthme, que j'ai visité en 1876, forme une étroite crête rocheuse, où l'on voit les restes d'une ancienne forteresse pélasgique; il est de'toute impossibilité qu'il y ait jamais eu là une grande maison" comme celle qu'Homère nous décrit. (O. R.)
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ouverture triangulaire, afin de la décharger le plus possible. Par cette porte, sur les parois latérales de laquelle on remarque encore les traces des clous qui avaient sans doute servi à consolider une armure métallique, on arrive dans le compartiment principal C ; à celui-ci se joint à droite une autre pièce D. Cette dernière est taillée dans le roc vif, tandis que les parois de la chambre C sont formées d'assises de pierre horizontales, rangées en cercle; la circonférence de ce mur se rétrécit graduellement; il en résulte une espèce de coupole, qui a pour clef de voûte une grosse pierre^
Pausanias mentionne plusieurs de ces trésors, dont la construction, à en juger par le monument que nous venons de décrire, répondait parfaitement à son but.
A Mycènes même, il cite, outre le trésor d'Agamemnon, celui de ses fils, qui nous offre également quelques ruines. A Orchomène, en Béotie, il admire le thèsauros de Minyas, comme un chef-d'œuvre architectonique, qui ne le cède en rien à aucun monument de la Grèce ni d'aucun pays du monde; la description qu'en donne Pausanias (IX, 38, i) concorde parfaitement avec le plan du trésor de Mycènes; il n'y avait de différence que dans les dimensions : ce dernier, en effet, ne mesurait que I4™j40 et le premier 21 m. de diamètre. Nous ne rappellerons pas d'autres exemples et nous n'insisterons pas davantage sur la destination des trésors; mais, pour finir, faisons observer que cette construction voûtée a déjà été employée à une époque très reculée dans d'autres monuments, peu imposants à l'extérieur et qui avaient pour but d'abriter les trésors des temples, les tombeaux des héros et les sources. C'est ainsi que nous voyons la
Fig. 96. — Plan du Trésor de Mycènes.
^ Selon plusieurs archéologues (v. par exemple Bursian , Allg. Encycl., t. LXXXII, p. 393), ce prétendu trésor serait un tombeau ; le mot de Oyicaupo; ne serait ici qu'un terme technique, désignant cette forme particulière de construction. (G. R.)
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Fi". 97. — Canal du Château d'eau de Cos.
voûte régner dans un château d'eau^ découvert dans l'île de Cos et décrit par Ross. Là se trouve^ à une heure et demie de la ville du même nom, sur la pente du mont Oromédon, la source
Bourinna, d'où l'on amène l'eau po- ^l'^x table dans la ville. Afin de la main-
tenir pure et fraîche^ on a construit^ dans le flanc de la montagne, tout près de l'endroit où jaillit la source, un compartiment circulaire de 2"", 8 5 de diamètre, sur y mètres de hauteur, l'eau s'y jette par une ouverture ronde pratiquée au haut de la voûte, pour être ensuite dérivée du rocher au moyen d'un canal souterrain, long de 35 mètres sur environ 2 mètres de hauteur. La figure 97 représente l'embouchure du canal A, le compartiment B et la crevasse du rocher C, où la source prend naissance et qui communique au moyen d'une porte avec le compartiment. Celui-ci, désigné par la lettre D sur la coupe transversale, figure 98, est d'une conformation identique au trésor de Mycènes; il communique en haut avec un puits, creusé dans la , montagne et haut de 3 mètres Bj qui fait pénétrer dans l'eau de l'air pur. Au-dessus de la couverture du canal A, faite de grosses dalles horizontales et de pierres équarries longues et minces, on a trouvé un autre compartiment iT, dont l'entrée est située également dans le flanc de la montagne, entre l'entrée du canal et l'orifice du puits. Cet espace est mis en communication avec le compartiment principal au moyen d'une petite fenêtre a; c'était peut-être le sanctuaire des nymphes de la grotte ou la demeure d'un gardien, en tout cas la source recevait par là plus d'air qu'il ne pouvait en pénétrer par le puits B tout seul.
Fig. 98. — Coupe transversale du Château d'eau de l'Ile de Cos.
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Avant de passer de la demeure princière de l'époque héroïque et homérique à la maison grecque de la période historique^ remarquons d'abord que sur ce sujet encore nous avons peu de renseignements précis. Les monuments de ce genre, à l'exception peut-être d'un seul^ nous manquent entièrement^ et la description systématique que Vitruve nous a laissée de la maison grecque, sans compter certaines difficultés techniques, s'adapte plutôt aux magnifiques palais de la période post-alexandrine qu'à la véritable maison bourgeoise des Grecs. Il est cependant bien important de connaître celle-ci, pour l'étude des mœurs et de la vie grecques à l'époque où la Grèce brillait de tojit^n éclat.
Malgré certaines différences, la maison homérique peut étre considérée comme le point de départ du genre. Signalons parmi les différences ce fait que dans Homère l' habitation ^es femmes est constamment située au premier étage, tandis que plus tard, si elle est séparée de celle des hommes, elle lui est toujours adjacente. Mais dans bien des cas on a attaché à cette particularité, une trop grande importance; car, d'une part, même dans les maisons princières de la période homérique, les appartements des femmes pouvaient bien être placés derrière ceux des hommes ou à côté, sans pour cela exclure l'existence d'un étage supérieur, et, d'autre part, il est hors de doute qu'à l'époque historique les femmes habitaient quelquefois cet étage.
Du reste, la maison historique, telle que nous la connaissons, a beaucoup de points communs avec la maison homérique. Notons tout d'abord la cour, qui dans l'une et dans l'autre occupe une place considérable. Entourée de colonnes, elle forme le centre, autour duquel viennent se grouper avec symétrie les autres parties de la maison et où s'ouvrent généralement les portes des différents appartements. Mais, comme grandeur de l'économie générale, comme magnificence d'ornementation, la maison historique était de beaucoup inférieure aux maisons homériques. Cette infériorité ne tenait pas seulement à ce que celles-ci étaient habitées par des princes ou des rois puissants, celles-là par des bourgeois et de simples citoyens ^ ; mais le peuple grec
• Homère ne nous donne aucun renseignement sur la manière dont ces derniers se logeaient.
avait cela de particulier qu'aux meilleures époques de son histoire il décorait ses temples et autres m.onuments publics avec une splendeur, un luxe sans pareil, tandis que ses habitations
privées restaient petites, modestes et paraîtraient presque pauvres
aux générations gâtées et délicates. La vie publique était la patrie du
Grec; il vivait sous les portiques et sur les places publiques, il ne se sentait heureux et fier qu'à la vue de ses temples superbes et grandioses. Ce n'est qu'à partir de l'époque macédonienne, où sombraient déjà la puissance et la liberté de l'Hellade, que le faste prétentieux s'introduisit dans la décoration des appartements privés ; certains écrivains s'aperçurent en même temps, avec regret, qu'on négligeait de plus en plus les édifices publics, destinés au culte ou aux besoins de la vie civique. Mais, même à cette époque, on trouvait ce luxe exagéré d'ornementation dans les édifices que les grands et les personnes riches, suivant un caprice à la mode, se faisaient construire à la campagne, plutôt que dans les maisons des villes, auxquelles l'exiguité de l'espace et le tracé régulier des rues assignaient des limites très étroites.
On peut en conclure qu'en règle générale, la maison de ville n'avait qu'une seule cour. Vitruve, nous l'avons dit, ne décrit, à en juger par le grand nombre d'appartements somptueux qu'il mentionne, que les palaisde la période post-alexandrine; néanmoins cette description nous est très précieuse, car dans la première partie qu'il nous dépeint et qu'il appelle Yuvatxojvï-ctç, nous reconnaissons le principe fondamental de la plus ancienne maison grecque, tandis que sa seconde partie, qu'il nomme àvopomrtc, porte l'empreinte d'un luxe plus raffiné. Essayons donc , en suivant cette description, de nous représenter d'abord la maison antique, réduite à sa plus simple expression.
«Lorsqu'on est entré par la porte, dit Vitruve^, on arrive dans un passage assez étroit, que les Grecs appellent Oupcopslov.» C'est le vestibule de chez nous. A droite et à gauche se trouvent des pièces pour les usages domestiques. Vitruve place d'un côté les écuries, de l'autre les logements des portiers. De ce vestibule, appelé par d'autres ôupwv ou ttoXojv, on pénètre dans le
* Nous avons omis dans ce passage tout ce qui a trait à la maison romaine; nous y reviendrons plus tard, Chap. XX.
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péristyle (TrspKiTuXtov). C'est une cour ouverte, bordée de colonnes* les uns la nomment aÙAr,, d'autres tÔttoç irepixt'ojv. «Ce péristyle continue Vitruve, a des portiques à colonnes sur trois faces. Le côté qui est tourné au sud n'a que deux antes^ très éloignées l'une de l'autre et portant un entablement. Elles forment l'entrée d'un endroit dont la profondeur est égale aux deux tiers de l'espacement des antes. On appelle quelquefois cet endroit TrpoaTaç, d'autres fois TrapaaTa;.- C'est une chambre^ qui s'ouvre de toute sa largeur dans la cour, une salle ouverte, à laquelle on peut probablement appliquer aussi la dénomination de -rrasTa; souvent usitée chez les Grecs.
"Plus loin, dit enfin Vitruve, se trouvent de grandes salles, où se tient la maîtresse de la maison avec les servantes, qui filent la laine. A droite et à gauche de la prostas sont situées les chambres à coucher (cubicula), d'un côté le thalamus^ de l'autre V amphithalamiis . Tout autour de la cour, sous les portiques, viennent se ranger des appartements pour les usages domestiques, tels que salle à manger, chambres à coucher et logements de domestiques. Cette partie de la maison a reçu le nom de YuvaixwvT-i<; (gynécée).» Nous avons déjà dit que le gynécée nous semblait résumer en lui l'ancienne maison grecque, où une assez modeste place sur le devant était assignée à l'homme, habitué à vivre en public, pendant que la maîtresse de la maison, entourée de ses servantes, vaquait à ses occupations dans les appartements de derrière. Cette hypothèse, suffisamment fondée et approuvée par plusieurs érudits, une fois établie, nous pouvons tenter une restauration de l'ancienne maison grecque. Dans le plan représenté à la figure 99, on reconnaîtra facilement les principales parties constitutives de l'édifice, dont il a été question plus haut : A est le vestibule étroit, B la cour ouverte, entourée de portiques à colonnes, C la salle ouverte (rpodiaç, vrapacTOtç, TracrTaç), à laquelle sont contigus, d'un côté en D les appartements particuliers du maître de la maison, le thalamos, de l'autre en E ïamphithalamos, où se trouvaient peut-être les chambres à coucher de ses filles. Immédiatement après venaient des pièces assez vastes pour les servantes, travaillant sous la surveillance de la maîtresse dans l'endroit G; tout autour de la cour se suivaient
d'autres pièces H, donnant sous les portiques et réservées aux usages domestiques, telles que celliers, chambres à coucher, etc.; quelques-unes, étant situées près de l'entrée et débouchant dans la rue, servaient souvent de magasins ou d'ateliers /. Quelquefois il y avait derrière la maison, autant que les propriétés voisines le permettaient, un jardin K, que les auteurs anciens mentionnent assez fréquemment.
•Voici maintenant ce que nous savons sur l'arrangement intérieur : la porte conduisant sous le vestibule semble avoir été presque toujours placée au niveau de la façade'; cependant les expressions Trpôôvpov et TrpoTCijXaiov indiquent que dans quelques maisons la porte était précédée d'un petit espace, ayant un certain caractère architectonique, et orné soit de pilastres, soit, comme le prouvent les ruines d'unemaison privée, de colonnes. A côté du propylaion se dressait parfois la statue d'Apollon Agyieus et plus loin, devant la maison, une simple stèle symbolisait la présence d'Hermès protecteur des routes et des transactions commerciales.
La cour était généralement ornée d'un autel isolé et visible de tous côtés, qui était consacré à Zeus Herkeios, dieu domestique par excellence, comme nous l'avons déjà vu à propos de la maison homérique; dans des endroits moins accessibles, mais communiquant avec les portiques, [alœ, 4 et 5), Petersen place d'autres divinités, dites 6eoî xToaioi, dispensateurs des richesses, et les ôeol
« Le dessin d'une porte semblable figure dans l'ouvrage de Gerhard ; Trinkschalen des k'ôniglichen Muséums ^» Berlin. Planche XXVIII.
Fig. 99. — Plan d'une Maison d'Habitation à uue seule Cour.
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TtaTpôioi, dieux de la famille et des ancêtres. De la cour, on pénètre dans la salle ouverte, qui forme en quelque sorte la limite entre les relations avec le dehors et la vie d'intérieur; c'était évidemment le lieu le plus propre aux réunions de famille, en vue des sacrifices et des repas en commun. Nous n'hésitons pas, en conséquence, à placer ici le foyer sacré de la maison, le sanctuaire d'Hestia, déesse tutélaire. C'est là qu'on allumait primitivement le feu et qu'on faisait la cuisine; mais, plus tard, dès qu'un emplacement spécial pour la cuisine devint nécessaire, ce lieu devint le centre.de la maison et les Grecs venaient y sanctifier par de pieux exercices tous les incidents de leur vie domestique ^ "Tous les événements importants dans la vie de famille, dit Petersen, étaient autant d'occasions d'adorer Hestia : le départ comme l'arrivée ou le retour, même des esclaves, qui participaient au culte d'Hestia, en tant que membres de la famille, et surtout la naissance, la dénomination d'un nouveau-né, le mariage ou la mort. L'autel d'Hestia avait un caractère particulièrement sacré comme asile; auprès de lui venait se réfugier l'esclave, dans la crainte d'une punition; l'étranger, fût-il même un ennemi de la maison, y trouvait un abri bien sûr; car le culte d'Hestia réunissait tous les habitants de la maison, les hommes libres comme les esclaves, et les étrangers aussi bien que les membres de la famille.» Voilà ce que signifiait cet autel, et nous lui avons assigné la place qui convient au rôle si important qu'il a joué dans la vie privée des Grecs.
De la. prostas, on arrive à droite dans le thalamos, à gauche dans ï am^Jiithalanios {UloLaoiy à(xoi6txXa|/0(;); dans le premier sont renfermés les objets consacrés aux dieux du mariage et les divinités nuptiales. Dans la paroi du fond de la prostas est pratiquée une porte, qui, fort importante dans l'organisme de la maison grecque, est souvent mentionnée dans les auteurs. On l'appela uiTauXo?, par opposition à la Oûpa auXîtot;, conduisant du dehors dans la cour, "parce que, placée en face de cette dernière, elle est au delà ou derrière la cour*.-. Était-elle fermée, les servantes, occupées dans
1 Petersen, Der Hausgottesdienst der alten Griechen, dans la Zeitschriftfur Altertkumswissenschaft, i85i, page 199. Petersen place l'autel dans la grande salle des hommes, qui, d'après lui , sépare les deux cours.
2 Becker. Cliarikles, 2e éd., II., page 88.
les salles de travail ou dormant au premier étage {Tzûpyoi), avaient toute communication coupée avec les autres parties de la maison; il y a dans les auteurs grecs des allusions à cette fermeture. S'il y avait un jardin, attenant à la maison, il communiquait avec celle-ci au moyen d'une porte, qui prenait le nom de 6upa x-ziTrata (fig. 9g, 8).
Ajoutons à cette description de l'ancienne maison grecque à une seule cour quelques mots sur les habitations plus vastes et plus^ somptueuses d'une époque ultérieure, dans lesquelles on remarquait deux courSj les seules presque dont les érudits se soient occupés jusqu'à présent. Les restaurations de ces édifices tentées jusqu'à ce jour sont loin de se ressembler j il ne sera donc pas hors de propos d'en entreprendre une nouvelle.
Dans la restauration ci-contre (fig. 100), nous nous sommes fondés sur des faits réels et sur certains besoins, qui nécessitaient l'établissement de deux cours. Dans les villes on a dû être amené à ajouter une seconde cour aux bâtiments déjà existants. Plus se développait l'amour du luxe et de l'ostentation, et plus les personnes riches sentaient le besoin de rehausser l'éclat de leurs maisons; quant au grand nombre des citoyens, leurs habitations, même plus tard, restèrent telles que nous les avons décrites plus haut. Les riches eurent tout naturellement l'idée d'agrandir leurs maisons, en créant cette seconde cour, afin de rendre les communications plus commodes et plus agréables pour la famille. Cet agrandissement ne pouvait, bien entendu, être exécuté que dans l'intérieur du bâtiment, car, si d'une part, l'alignement de la rue opposait à la façade une limite infranchissable, d'autre part les jardins situés généralement derrière la maison offraient un terrain propre à l'emplacement de la cour en question. Aussi, guidés par cette simple considération, n'avonsnous fait subir, dans notre plan (fig. 100), aucune modification à la partie antérieure de l'édifice; le changement consiste en ceci, que de la metaulos (fig. 99, 7}, au lieu d'entrer dans l'une des grandes salles de travail, on pénétrait immédiatement dans la seconde couri^^; à celle-ci venaient se joindre les salles de travail G ainsi
1 C'était indispensable pour économiser de la place dans l'agrandissement d'une maison. Plus tard, dans les constructions somptueuses, il pouvait y avoir d'autres appartements entre la prostas et le second péristyle, comme cela se voit sur le dessin de Canina.
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que d'autres pièces L, dont il est impossible d'indiquer exactetnent la place; dans les maisons particulières^ l'espace plus ou moins grand qui était disponible^ l'importance de la famille et mille incidents de la vie journalière ont dû forcément en modifier souvent la disposition.
L'espace ainsi gagné devient le théâtre d'une vie de famille plus intime, pendant que la première cour est réservée aux rapports avec l'extérieur. La fxéTauXoç constitue toujours la limite entre ces deux corps de bâtiment; de là l'explication, longtemps cherchée, du nom de fjLÉaauXoî, qu'on donnait égalementà cette porte. La aÉTaoXoç, c'est-à-dire la porte située au fond de la (première) cour, devient ueaauXoç, c'est-à-dire porte placée entre deux cours, si la première est suivie d'une seconde. Quant à la prostas, au fond de laquelle était pratiquée la porte fjLéTauXoç-fji.£(;auXo;, elle a toujours la même importance et conserve toujours le caractère sacré que lui donne la présence du foyer sacré. Toute
cette disposition est d'autant plus vraisemblable qu'il y a là une grande analogie de forme et d'agencement avec le tablinum de la maison romaine, auquel (nous le démontrerons plus tard) la prostas a sans doute servi de modèle K
' Nous appelons ici l'attention du lecteur sur les judicieuses investigations de Winckler(Die Wohnhœuser der Hellenen, Berlin 1868, page i33 et suivantes), bien que nous ne partagions pas toutes les idées de l'auteur.
Pig. 100. — Plan d'une Maison d'Habitation à deux Cours.
Il est à peine besoin de dire que les descriptions ci-dessus ne donnent que les règles générales pour la construction d'une maison d'habitation; dans la pratique^ on s'en est souvent et beaucoup écarté. Que l'on regarde seulement la grande diversité des monuments conservés à Pompéi^ qui considérés tous ensemble rappellent bien le type de la maison romaine^
mais ne se ressemblent guère si on les examine un à un. V^oyez les maisons moderneSj variées à l'infinij et vous comprendrez dès lors facilement comment^ même dans la construction d'une maison grecque^ le hasard , la position et l'étendue du terrain^ ainsi que la situation personnelle et ;v. besoins du propriétaire^ ont pu provoquer des exceptions à la règle générale. Le seul spécimen qui soit parvenu jusqu'à nous d'une habitation grecque privée offre tant de ces exceptions qu'il est difficile d'y reconnaître même les parties essentielles des maisons décrites plus haut. Il s'agit d'un édifice trouvé dans l'île de Délos et dont la figure 101 nous donne le plan. Il se distingue par un très beau vestibule (rpoTiuXatov) Aj qui se trouve sur la façade étroite, donnant sur la rue et se compose de deux colonnes d'ordre ionique^ comprises entre deux antes fort gracieuses (fîg. 102). A droite et à gauche de petites portes (fîg. loi, 1 et 2) conduisent dans des pièces latérales , pendant que la grande porte 3 s'ouvre sur un corridor étroit ^ qui n'est autre chose que le grand vestibule B. La cour Cj où débouche ce corridor^ est fort petite et étroite et semble n'avoir été ornée d'aucune colonne. Malheusement les archéologues qui ont étudié cette construction n'ont pas précisé la nature des compartiments adjacents à la cour et au corridor; ils nous apprennent seulement qu'en F il y a une
Fig. 101.
- Plan dune Maison de Délos.
MAISONS D HABITATION, TRESORS
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citerne. Dans l'espace D, qui s'ouvre des deux côtés^ il faut peutêtre voir^ bien qu'il soit très étroit, laprostas; le compartiment E^ situé à droite^ serait alors le thalamos et G la cour intérieure^ où l'on n'a pas non plus trouvé trace de colonnes. Les savants prétendent que cette construction était autrefois un établissement de bains publics; mais cette hypothèse ne concorde guère avec l'exiguïté des dimensions. Laciterne^quia probablement donné lieu à cette supposition, ne serait pas déplacée non plus dans une maison particulière. Les Grecs ont toujours eu le soin d'installer dans leurs maisons des réservoirs d'eau^ de même que dans nos maisons modernes le puits est considéré comme un objet de première nécessité. En ce qui concerne les ruines de Délos, qui seraient fort précieuses pour la reconstitution de l'habitation privée^ Ross déplore leur destruction brutale; on les détruit sans cesse, comme tant d'autres débris de l'antiquité grecque, dans le but d'en retirer des pierres et du mortier pour les constructions nouvelles. Sans cette barbarie, il y aurait encore dans cette île des quartiers tout entiers. Dans la plupart des maisons, il y avait des citernes, tantôt voûtées, tantôt recouvertes de longues dalles de granit, placées immédiatement sous le sol.
Fig. 102. — Entrée d'une Maison de Dclos.
Fig. 103. — Tertre funéraire de Marathon.