‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 56 sur 115 · O. ISAMBERT · texte numérisé non relu

O. ISAMBERT

arrive à discerner : la Société patriotique de la section de la Bibliothèque, 5, rue de la Michodière ; la Société fraternelle des Halles, très active, qui présente à la Constituante une pétition contre les émigrés et qui entretient volontiers des rapports directs avec le club des Cordeliers; la Société des Bons- Enfants, tenue pour suspecte et entachée de feuillantisme par Legendre, qui défend vivement Danton du soupçon de s'y être laissé affilier ; la Société de la Fraternité, probablement section du Louvre *; la Société des Amis de la Loi et de l'Humanité, séante section des Gravilli«rs * ; la Société fraternelle des Patriotes de Tun et l'autre sexe, séante au Palais- Cardinal, vieille rue du Temple, dite aussi Club du peuple de la section des Enfants-Rouges, où Tallien, fondateur, donne la primeur d'un discours sur les causes qui ont produit la Révolution ^ ; la Société des Nomophiles, ayant des adhérents des deux sexes, rue Saint-Antoine, où le prestige de la demoiselle Théroigne rayonne d'un pur éclat ; la Société fraternelle séante aux Minimes, section de la Place-

1. Organisation réglementaire de la Société de la Fraternité, arrêtée en la séance du samedi 10 juillet 1790, in-8». Cette brochure n'indique pas le siège de la société. Elle est signée des fondateurs Pillet, président ; Froidure, Cartault, secrétaires. Je n'ai pas de données précises sur le Pillet dont il s'agit : entre autres citoyens de ce nom, il y avait un épicier de la rue de Chartres ; Froidure demeurait alors rue Boucher, Cartault, rue Thibautodé, tous deux section du Louvre. On rencontre par la suite des membres appartenant à la section des Arcis ou à celle des Lombards.

2. A partir de septembre 1791, le titre de cette société paraît ainsi modifié : Société des Amis de la Liberté, de l'Égalité et de l'Humanité.

3. Brochure in^8» de 24 pages de l'imp. de Demonville» — Tallien habitait alors rue de la Perle, c'est-à-dire entre les Minimes et le Palais-Cardinal, qui est le local actuel de l'Imprimerie nationale.

WBgS^ggg LJ I -I ..WJ^ ^ m

Royale ; la Société fraternelle des Amis des droits de rhomme et du citoyen et des Ennemis du despotisme, séante section de Montreuil, faubourg Saint- Antoine : elle compta, suivant Dulaure, plus de huit cents membres ; la Société de l'Egalité, section Notre- Dame, rue de la Licorne ; la Société de la section de Sainte-Geneviève, rue Galande, n° 72; la Société fraternelle des deux sexes de Sainte-Geneviève, séante aux ci-devant Carmes de la place Maubert * ; la Société des Droits de l'homme et de l'Egalité, séante section des Gobelins ; la Société de la section des Thermes-de-Julien * ; la Société fraternelle du Palais- Cardinal (?), rue Mézières ' ; la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité, séante à la Croix-Rouge, maison des ci-devant Prémontrés ; la Société des Amis de la Loi, établie aux Théatins (section de la Fontaine-de-Grenelle)*, dontOsselin est le fondateur et reste l'orateur le plus zélé ; la Société patriotique de la section du Luxembourg, dont les séances ne deviennent régulières qu'au début de l'année 1792 et qui compte Pache parmi ses membres actifs ; enfin, la plus célèbre, la Société des Amis des Droits de

1. Il semble bien que ce soient deux sociétés rivales, et non, comme on serait tenté de le croire, deux adresses successives de la même société. La Société fraternelle des Carmes demande aux Jacobins la correspondance le 15 août 1791, alors que celle de la rue Galande y était admise antérieurement. Je n'ai pas trouvé, d'autre part, quoique cela ne soit pas impossible, que la maison des Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard ait donné asile à une société fraternelle avant sa transformation en maison d'arrêt.

2 . C'est probablement elle que Dulaure note comme une des plus actives, sous le nom de club des Mathurins.

3. Ainsi dénommée dans un avis de convocation. Rue Mézières se trouvait le local du Grand-Orient, ancien Noviciat des^ésuites.

4. Elle changea un peu plus tard son nom en celui de Société des Amis des lois révolutionnaires.

Irhomme et du citoyen, séante au Musée, rue Dauphine, dite le club des Cordeliers *.

Cette Société s'est fait remarquer entre toutes parce qu'elle compte parmi ses membres un certain / nombre des hommes qui se sont le plus signalés dans la Révolution, soit par l'éloquence, soit par la hardiesse de leur parole, qu'il s'y produit et s'y discute des motions qui bien souvent seraient arrêtées aux Jacobins par des scrupules de forme, ou comme s'écartant de la Constitution et ne pouvant, par suite, être soumises à ses amis. La Société ne s'est pas, du reste, confinée dans les limites d'une section. Fondée dans l'église des Cordeliers, presque au lendemain du remplacement des districts par les sections, elle a étendu son recrutement de la section du Théâtre-Français à celle du Luxembourg et, depuis que son local est transporté dans la section des Quatre-Nations, elle rayonne sur une notable partie

\de la rive gauche de la Seine. Elle tient, d'ailleurs, ordinairement quatre séances par semaine, comme les Jacobins.

L'accusateur public ayant dénoncé, en avril 1791, les auteurs des placards reproduisant les arrêtés de ce club, le bataillon fayetliste du district ayant arrêté a qu'intéressé à n'être plus confondu avec un club évidemment ennemi de la loi par les placards qu'il se permet d'afficher », il prenait, pour éviter de pareilles méprises, le nom de bataillon de YObser-

1. Cette énumératlon, forcément incomplète, eût pu être aisément grossie de titres glanés dans des documents antérieurs ou postérieurs ; j'ai cru devoir la borner aux sociétés dont j'ai pu vérifier l'existence réelle dans la période dont je m'occupe.

vance^^ là Municipalité a pris le parti d'expulser la Société des droits de rhomme et du citoyen des bâtiments des Cordeliers. L'arrêté a été signifié, les scellés mis sur les portes de la salle, au commencement de mai 1791 et depuis la fin du môme mois, la Société occupe un nouveau local, rue Dauphine, à l'hôtel du Musée*, ancien hôtel Impérial, qui a

• !. Moniteur du 26 avril.

2. D'après M. Âulard, dans son article de la Grande 'Encyclopédie^ l'acte de la location, consentie par le siein* Metzinger, est du 28 mai. Le Répertoire de M. Tuetey (t. II, n" 2,813) signale d'ailleurs ce bail, conservé aux Archives nationales. La précision de ce détail aurait dû conseiller la circonspection à M. G. Lenôtre, qui, dans un livre d'ailleurs remarqué pour d'intéressantes recherchés topographiques, a prétendu établir que la Société « ne quitta jamais le vieux monastère dont elle tirait le nom sous lequel elle vivra dans l'histoire ». Il a induit cette découverte à l'aide d'un trop ingénieux raisonnement de la lecture d'un Guide de 1787. Aucun raisonnement ne peut tenir devant la multiplicité et la concordance des témoignages du temps. Dans les Mémoires des contemporains qui ont l'occasion de parler des Cordeliers, il est généralement spécifié que le club avait gardé ce nom du local primitit de ses séances. Lorsqu'on donne à la Société son titre officiel, dans aucun document, aucun journal postérieur à mai 1791, on ne retrouvera la formule : « séante aux Cordeliers ». En revanche, on rencontre fréquemment : « séante rue Dauphine ». On va en voir des exemples, dans les citations que je suis amené à faire dans le texte. En voici d'autres. Journal du Club des Cordeliers^ n» IX. Séance du 28 juillet 1791 : *< La Société a député à la municipalité pour la prévenir qu'elle continuait ses séances au Musée, rue Dauphine. » Séance du 31 juillet : « La Société a arrêté de faire insérer dans les journaux patriotiques un avis tendant à faire connaître aux citoyens que la Société n'avait jamais été dissoute et qu'elle continuait ses séances au Musée, rue Dauphine. » Séance des Jacobins du 4 mars 1792 (Aulard, t. III, p. 423) : « Un membre de la Société des droits de l'homme, séante au Musée, rue Dauphine, annonce que cette Société va discuter le projet de M. Pastoret. On nomme des commissaires. » Encore un texte dont la précision ne laisse rien à désirer, c'est ce début d'une lettre adressée par Lanthenas le 10 juin 1792 aux rédacteurs du Mercure universel : « J'avais cru, dans les circonstances présentes, ne pas devoir me refuser au désir de quelques patriotes de me voir membre de la Société den amis des droits de l'homme et dtt citoyen^ dite Club des Cordeliers^ séante au Musée, rue Dauphine. »

gardé son nom présent de l'hospitalité, donnée

quelques années avant la Révolution, à une Société

savante dénommée le Musée de Paris. Cet hôtel

nie encore, entre autres locataires, un

marchand de musique, un marchand

la loge maçonnique des Neuf-Sœurs,

r est l'orateur, et qui paraît tout à fait

us le courant feuillant, un oratoire pro-

isqu'en septembre i79i, le Musée des

ns, établissement d'instruction.

is du règlement, au début de chaque

:5ture du procès-verbal de la précédente

me lecture de la Déclaration des droits.

Momoro est la cheville ouvrière de

rédige et imprime un journal de ses

ui cherche de nouveaux membres; il

lotions et, si l'on décide d'envoyer une

uelque part, il en est volontiers l'ora-

a exercée par les Amis des droits de

la section du Théâtre - Français est

Les quatre cinquièmes au moins des

1791 dans cette section sont des mem-

ieliers*. Momoro en est, avec Danton,

Italie, Boucher Saint -Sauveur, qu'on

der à la présidence de leurs séances,

Desmoulins, Fréron, Duplain, Brune,

néricain, Dubail, Brochet, Berger, tous

tifs et en vue de la Société. Marat est

assez vraisemblable que tous étaient des adhérents late, sauf Clausse, curé de Saint- André-des-Arts,

Pons de Verdun. La section nommait vingt-six aravay, Assemblée électorale^ 1791-92).

inscrit; il est, pour le moment, souvent absent et peu en humeur de se montrer ; mais le club se fera plus tard de cette affiliation un titre de gloire. Des assidus, ce sont Legendre, Peyre, Anthoine, « député de 1789 », Lebois, qu'on voit, eux encore, paraître comme présidents; Hébert, Fabre d'Eglantine , Dusaulchoy , Robert , Dufourny , Ronsin , Vincent, Théophile Mandar, Champion, René Girardin, Dunouy, Desvieux, Mahieu, Marville, Dubuisson, l'Autrichien Proly, le ci-devant chevalier James Rutledge, Buirette de Verrières, le nain bossu, qui « rédige VAmi du peuple, quand la plume de Marat se repose ».

Le 17 juillet, plusieurs membres du club étant arrêtés, d'autres étant recherchés, les Amis des droits de l'homme suspendent leurs séances ; mais, le 25, le club se rouvre * et, dès le 27, une députation va, de sa part, aux Jacobins rendre compte des persécutions auxquelles il est journellement exposé*. En novembre, une crise intérieure se produit; la Société expulse de son sein James Rutledge, comme ayant tenu des propos outrageants contre les Jacobins et fait distribuer un ouvrage « séditieux ». L'aventurier irlandais ayant gardé quelques partisans, les Jacobins sont pris pour arbitres. « La scission qui s'est opérée dans la Société des droits de l'homme et du citoyen, à l'occasion de M. Rutledge, a entraîné une vingtaine de personnes à la suite de ce membre, pour former une nouvelle Société. La majorité reste au Musée,

Page 1