‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 6 sur 115 · DU 20 JUIN AU 20 JUIN · texte numérisé non relu

DU 20 JUIN AU 20 JUIN

est agitée, bruyante, passionnée, assez pour accroître la diversité du spectacle et pour entraîner au besoin le spectateur lui-môme : il n'y a point encore d'obsession implacable qui retienne le citoyen d'aller librement à ses affaires ou à ses plaisirs ; la patrie n'est point proclamée en danger; à plus forte raison n'en est-on pas à envisager la permanence de l'échafaud. Le faste de la cour est bien terni, et les vrais courtisans de vocation, ceux qui ne se sont point laissé gagner aux idées nouvelles et qui ne prennent point leur parti de la perte de leurs privilèges, émigrent en détail ; mais tout ce qu'il reste du Versailles de naguère est rentré dans Paris. On n'y est point à court d'aristocrates qui ne ménagent pas le vacarme dans leurs cafés, leurs spectacles, leurs journaux et qui, de temps en temps, quand ils se trouvent en nombre et en train, portent la guerre chez les voisins — à charge de revanche.

Il n'est que trop à prévoir que l'équilibre ne pourra point se maintenir bien longtemps avec les menaces mutuelles d'extermination, et que, la guerre une fois déclarée, le peuple va cesser de considérer les provocations d'un parti coalisé avec l'étranger comme un simple sujet de badinage ; mais, si l'on fait abstraction des trois semaines de loi martiale inaugurée le 17 juillet par la lamentable fusillade du Champ-du-Mars, on peut dh^e que, jamais dans son histoire, Paris n'a passé une année de liberté aussi illimitée. En dépit des gènes apportées par la rareté du numéraire et les crises qui se produisent sur certaines denrées, la grande ville n'a jamais eu plus de gaieté, d'animation, d'ai'deur au

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plaisir, de goût du spectacle et d'entrain à s'en donner à elle-même. Si l'esprit de parti essaie parfois de le contester dans les papiers publics, le témoignage des mémoires et des correspondances des contemporains est unanime à cet égard : on peut le demander indifféremment à un aristocrate dissipé comme le comte de Tilly, à une amie de la royauté à l'anglaise, inconsolable de se voir dépassée, comme M"e de Staël, à une bourgeoise patriote comme M™o Jullien (de la Drôme), à un étudiant huguenot comme Edmond Géraud : la réponse est la môme.

On n'a point. encore songé à la révolution du calendrier ; un certain nombre d'amis des idées nouvelles ont pris l'habitude d'ajouter à la date gi'égorienne la mention de l'ère de la liberté, mais ils ne sont pas d'accord sur le point de départ ; les uns la font partir de la convocation des Etats-Généraux, d'autres de la première sanction de la Constitution, si bien que les uns se déclarent dans l'an IIP de la liberté, pendant que d'autres n'estiment en être qu'à l'an deuxième. C'est l'Assemblée législative qui décide offlcielkment de comprendre dans l'ère nouvelle l'année 1789 tout entière et qui, en janvier 1792, date ses décrets de l'an IV de la liberté; mais il n'y aurait pas d'excès à dire que l'année comprise entre les deux dates que nous avons rappelées en commençant mérite d'être appelée par excellence : l'An de la liberté.

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