NATURE DE CETTE INFLUENCE
1. L"influence de la jeune fille, au milieu des siens, est immense ; et, si elle y apporte :
une âme pieuse, c'est-à-dire vivant avec Dieu, et
agissant sous le regard de Dieu, un cœur dévoue, qui n'aspire qu'à se donner, avec
l'ardeur de cet âge heureux qui ne mesure pas
les sacrifices, une intelligence cultivée qui aspire à mettre en
action ce qu'elle a appris, et qui est apte à
apprendre ce qu'elle ne sait pas, une volonté ferme et désireuse de rendre heureux
tous ceux qui l'entourent, cette influence a quelque chose de divin.
2. Nous ne voulons pas écrire ici de simples pages poétiques, mais, c'est être dans le vrai que dire de la jeune fille, entrant dans sa famille :
i" E/le est comme le soleil dans la nature.
Elle répand la lumière — seulement cette lumière n'est ni éclatante ni éblouissante; elle est douce, elle est pénétrante ; elle est le jour en permanence.
Elle dissipe les nuages qui de temps à autre viennent ternir le ciel de cet intérieur qui devrait être si pur.
Elle colore ce qui sans elle serait terne. Un simple bonjour, un simple merci prennent sur ses lèvres un charme particulier.
Elle épanouit les âmes et les cœurs que des froissements inévitables rétrécissent souvent, rendant pénibles les rapports mutuels.
Elle mûrit les bonnes résolutions qu'elle aide à se transformer en actes.
2° Elle est comme un souffle frais et embaumé.
Elle répand autour d'elle une douce fraîcheur qui réjouit; elle met tous les cœurs à l'aise et ne permet pas que s'acclimate la bouderie ou le silence, pire qu'un reproche.
3° Elle est encore une harmonie qui rétablit l'ordre.
un lien qui rattache ce qui s'était séparé, un chant qui ranime, répand sur toute chose une douce gaîté.
Il est des familles, où, comme le dit si bien un homme d'expérience, tout sonne sec.
« Chacun semble y vivre pour soi ; on n'y a pas appris ni à supporter, ni à se sacrifier aimablement pour les autres, ni à se chérir avec expansion.
« Il y fait froid; on n'y a ni gaité, ni entrain ; on vient y soupirer ou y bailkr ; il n'y a aucun de ces liens bons, doux et souples entre parents et enfants, entre maîtres et serviteurs.
« On s'y sent mal à l'aise. »
Il n'y a pas, dans ces familles, de petits enfants, ou ils sont délaissés ou gâtés.
Il n'y a point surtout de jeune fille telle que nous la supposons, élevée sous le regard de Dieu et avec le dévouement et l'intelligence que donne la mission divine si généreusement acceptée par elle.
La jeune fille est un peu pour la famille — quoique à un degré inférieur — ce qu'est la mère pour l'enfant.
Un enfant qui n'a pas eu sa mère pour l'élever s'en ressent jusqu'à la fin de la vie; une famille dans laquelle n'a pas vécu, grandi, agi une jeune fille s'en ressent toujours.
A l'un et à l'autre, il a manqué quelque chose.
4° L'influence de la jeune fille — telle que nous la supposons et que nous l'avons formée dans nos
pensionnats religieux, s'exerce sans même qu'elle pense directement à l'exercer.
C'est un effet de la présence de Dieu dans son âme — du dévouement dont elle a rempli son cœur — de la délicatesse de ses manières — des connaissances dont elle a orné son esprit.
« Q.ue c'est beau, que c'est bon, que c'est utile un cœur de jeune fille réellement chrétienne, disait Mgr Dupanloup.
Quel ordre, quelle simplicité, quelle transparence dans son âme !
Tout y est vrai, parce que tout vient d'un fonds vraiment angélique. C'est la vertu qui semble personnifiée, c'est la piiretr, la bénignité dans sa plus discrète expression : c'est enfin la plus délicate des créatures pleine encore de la grâce baptismale, offrant en même temps la plus virile fermeté.
Dès que le mot devoir frappe son oreille, docile, elle avance. Et si un mot impie ou immonde s'échappe devant elle, elle sait opposer la plus invincible résistance. D'un regard, d'un mouvement de sa paupière abaissée ou relevée, elle écrase celui qui a parlé. Du fond divin de son âme, ce regard foudroie.
Rien ne montre plus la force d'une' éducation chrétienne que l'alliance magnifique de la pudeur et du courage dans une jeune fille de quinze, seize, dix-sept ans.
Elle sait craindre et fuir comme un petit oiseau, et elle sait attaquer, résister, soutenir la lutte comme un lion, dès qu'il s'agit d'un bien réel à faire ou d'une vertu à défendre. »
Cette jeune fille est véritablement un ange, c'est-àdire un envoyé de Dieu, un messager de Dieu qui dans une maison fait loi.
O vous, venues dans votre famille avec cette mission d'ange gardien, d'ange consolateur, d'ange défenseur et protecteur, d'ange de la réconciliation et du retour à Dieu, comprenez la grandeur de votre mission. Elle est esquissée dans cette page que nous rappelons à votre souvenir.
Si vous vouliez !
C'est à vous que s'adressent ces paroles, à vous, jeune fille, qui, dans votre maison, êtes la véritable reine.
Ce mot vous fait sourire; vous savez bien cependant qu'il est vrai.
Vous savez bien l'empire que vous exercez sur votre père, sur votre mère, sur vos frères, sur tous ceux au milieu desquels vous vivez.
N'obtenez-vous pas tout ce que vous voulez; et ne forcezvous pas, impérieusement quelquefois, mais plus ordinairement petit à petit, ce monde qui vous entoure à ployer devant vous ?
Quand vous avez dit tout bas : je veux, f aurai..., votre être tout entier se met au service de cette volonté tenace, impérieuse, qui finit par triompher.
Alors votre parole devient plus douce,
Votre caractère plus aimable,
Votre regard plus aimant,
Vos manières deviennent plus assouplies,
Vous êtes obéissante, prévenante, entraînante, de bonne humeur, de gaieté, d'esprit, — gracieuse de flatterie.
Vous ne laissez passer aucune occasion de faire plaisir. Vous captivez.
Pauvre père, pauvre mère, comme ils se sentent faiblir ! Vous les voyez en venir peu à peu à vous demander : Que veux-tu de nous? Et avec une diplomatie étonnante, vous ne demande^ pas, d'abord, ce que vous désirez avec tant d'ardeur; vous en parlez un jour avec indifférence... un autre jour encore vous laissez percer un simple désir. Et ■puis.... Et puis, on dit oui a tout.
Ce manège a duré un mois, deux mois peut-être ; vous n'avez pas senti la lassitude de la contrainte que vous vous êtes imposée.
C'est que vous voulie:[ !
Oh ! SI vous vouliez! Si, à la place de ces désirs souvent futiles et excités par la vanité, il y avait en vous la volonté forte, généreuse, tenace, de mener à Dieu ceux que vous aime\ et défaire régner Dieu dans votre famille l
Si tous les jours, pendant un mois, deux mois, un an — ils durent peu de temps, et ils coûtent peu les efforts quand on veut et qu'on aime — si vous disiez au bon Dieu, dès la première heure, avec cette générosité qui vous caractérise: Mon Dieu, soye\ avec moi aujourd'hui, je veux lous donner aux miens.
Et que, sous Timpression de la présence de Dieu en vous, aidée par la force de Dieu, vous vous obligiez à cette série de petits sacrifices, de continuels renoncements, de travail assidu qu'exige votre mission d'apôtre,... croyez-vous que vous n'auriez pas, chaque soir, dans ces quelques minutes de tête à tête avec le bon Dieu que vous vous réserveriez, à constater quelque succès ?
Qu'importent d'abord les grands succès?
Oh ! si vous vouliez comme veulent tant de jeunes âmes qui n'ont pas comme vous les ressources de l'intelligence et les ressources de la liberté !
Une transformation étonnante n'a-t-elle pas été opérée dans une famille par une simple domestique qui a agi avec la pensée que je vous suggère : // faut que f apporte le bon Dieu dans la maison oîi je suis ?
Sans rien d'extérieur qu'un visage doux et reposé ; très simple, très laborieuse sans empressement, toujours prête à entreprendre, à laisser, à recommencer, à accepter un reproche — jamais ni un mot ni un geste d'impatience ou de désapprobation, refoulant au fond de son âme les révoltes qui s'y faisaient sentir....
Ce n'était pas toujours facile, certes, mais elle voulait; mais elle avait pour soutien, dans ce renoncement à peu près continuel et dans ce sacrifice de ses goûts et de ses aptitudes,... elle avait la prière de toutes les heures, simple recours à Dieu qui vivait en elle; — elle avait cette question qu'on lui avait recommandée et qu'elle se faisait aux heures surtout de froissement : Mon Dieu, êtes vous avec moi ? —
elle avait la sainte communion du matin qu'après plusieurs mois de travail assidu et de bonne volonté, elle avait obtenu de ses maîtres la permission d'aller recevoir.
Chaque semaine, elle rendait compte à celui qui la dirigeait
— membre de la famille qu'elle servait et par conséquent, plus qu'un autre, désireux d'établir là le royaume de Dieu
— de ses efforts et de ses insuccès.
Elle avait reçu comme direction :
Faire accepter la piété, la faire apprécier, la faire aimer sans en parler.
Faire éviter les graves manquements à Dieu, les réparer dans le silence, et se montrer simplement étonnée et peinée.
Faire pratiquer quelques actes de bonté et quelques aumônes.
Ne redire à rien..,
Oh! si vous vouliez ! Savez-vous pourquoi vous ne voulez pas ou pourquoi votre volonté n'est que superficielle?
Laissez-moi vous le dire simplement ou paternellement. Vous êtes atteinte d'une épouvantable maladie : la lâcheté et Végoïsme, — vous pensez trop à vous et souvent rien qu'à vous — vous remplissez votre imagination, votre cœur surtout, de ces futilités dont une mode ridicule remplit les étagères d'un salon. Rien de bien mal encore peut-être, mais Dieu, le bon Dieu, n'est en vous que par accident.... Il n'y est pas vivant, il n'y est pas maître, il n'y commande pas...
Balayez donc tout ce qui est futile. Donnez à Dieu la place d'honneur. Prêtez votre volonté à Dieu — votre cœur k Dieu
— vos lèvres à Dieu — vos mains à Dieu. Oh! si vous vouliez! (Paillettes d'Or).
ÉTENDUE DE l'iNFLUENCE DE LA JEUNE FILLE
L'influence de la jeune fille s'exerce :