I . Influence de la jeune fille sur son père et sur sa mère
La jeune fille a pour son père et pour sa mère une tendresse moins expansive peut-être qu'aux jours de son enfance, mais plus forte, plus énergique, plus pénétrée de la pensée de leur faire du bien, et ce bien elle le fait réellement.
Elle est pour eux, sans qu'ils s'en doutent, la protection mystérieuse qui leur rend la protection maternelle dont ils ont entouré son enfance.
Elle leur parle peu de Dieu, mais elle parle d'eux à Dieu, tous les jours.
Elle obtient pour eux des grâces dont ils ne se doutent pas, mais qui lui sont réellement dues :
Grâces, au point de vue temporel : souvent^
Grâces, pour leur âme, leur caractère, leur vie intime : toujours.
SousTinfluence de leur fille, pieuse sansaffectation, aimante sans enfantillage, dévouée sans ostentation, digne sans raideur, aimable sans fadeur, se fait une transformation, lente quelquefois, mais toujours réelle.
Une femme qui a consacré sa vie à élever des ieunes filles et les a longtemps suivies dans l'intérieur de leur famille a écrit :
« La vertu religieuse qui se fait sentir dans la jeune fille malgré l'imperfection et la légèreté de son âge, exerce sur la famille une influence sensible.
Q uq\s parents ne se respecteraient eux-mêmes en se voyant l'objet du respect de l'enfant qui reconnaît en eux les représentants de Dieu r
Quelles volontés iyranniques et capricieuses n'auraient honte de leur déraison, en voyant l'obéissance et la patience répondre toujours à leurs impérieuses exigences ?
Q.uels esprits avides de plaisirs mondains ne seraient disposés à rentrer en eux-mêmes, à l'aspect de cette angélique sévérité, de cette joie calme et pure, empreintes sur le front de la jeune fille ?
Quelle mère, distraite des soins et des devoirs de son intérieur, ne songerait à reprendre sa vie sérieuse et dévouée, en compagnie d'une si aimable et si docile compagne ?
Quel père, éloigné peut-être du logis par un malentendu ou une mésintelligence regrettable ou
par quelque tentation du dehors, ne se sentirait de nouveau attiré chez lui par la présence de cet être candide et pur, si joyeux de son retour quand il rentre le soir, et qu'il voit si expansif, si naïf, si tendre?
Elle a gardé le privilège de tout dire, cette fillette bien-aimée qui est une enfant encore, mais qui déjà sait commander, en priant, sait exiger en souriant, sait reprendre en aimant.
Elle a le pressentiment, sinon la connaissance, des nuages qui obscurcissent l'horizon de la famille et lorsqu'elle sent autour d'elle l'atmosphère refroidie, elle apporte la chaleur de son cœur, elle l'épanché, elle le laisse déborder; elle égaie, par sa joie facile, la maison morne et attristée ; elle ravive d'un mot les cœurs ulcérés qui se croyaient morts à toute sensation pure.
Il faudrait pénétrer les secrets de bien des familles pour comprendre l'action bienfaisante que la jeune fille pieuse exerce dans cet âge si tendre, où ignorante encore de la vie, elle n'a pour la diriger, dans l'œuvre de l'apaisement des âmes qui lui sont chères, que l'intuition, l'inspiration de l'amour filial et la force de son innocence.
De ces vases purs qu'apporte le Dieu de paix dans nos maisons souvent troublées et désolées, s'exhale un parfum d'innocence, une influence régénératrice, une vertu calmante, un encens religieux qui relèvent les cœurs et rassérènent les âmes. »
Voyez, en finissant, le gracieux tableau que nous présente de Gasparin dans son livre La Famille :
Approchez-vous de cette jeune fille qui marche posément près de son père dont la main tremblante s'appuie sur son épaule.
Le père se penche pour écouter : il est devenu Venfant qui apprend ; la fille est devenue la mère qui enseigne.
Ce n'est plus Lui qui fait du bien, c'est elle qui verse son cœur dans le cœur de son père, son âme dans l'âme de son père.
11 y a des mots maternels dans les paroles de la fille : il y a àts acceptations d'en fant dans le sourire du père.
Il entre une douce protection dans l'amour de la fille et cependant cet amour n'a jamais été plus soumis et plus respectueux. Il semble qu'il veuille faire pardonner son usurpation volontaire.
O père, ô père, semble dire la fille, tu me menais quand j'étais enfant, tu formais mon cœur quand j'étais petite ; père, père, c'est moi maintenant qui forme ton âme, moi qui te mène à Dieu.