L influence de la jeune fille
s exerce
plus directement sur ses frères et sur ses sœurs
Ecoutez comment le même auteur sait tracer ce qui se passe dans la famille où une grande sœur a su
se faire aimer et a pris à tâche de mener à Dieu tous ces cœurs qu'elle entraîne après elle.
Elle ne se met jamais à Vœuvre, elle y est toujours ; c'est elle qui chaque matin se dit :
Je puis être utile, je le serai.
Aussi, voyez-là :
« Elle essaye, le plus souvent avec succès, le don qu'elle a reçu du ciel d'adoucir et de concilier — d'apaiser les passagères tempêtes des âmes — de réduire, aux lois du calme et de la raison, l'effervescence passionnée du petit garçon ou du jeune adolescent qui se laisse entraîner par une fougue indomptée.
Elle s'interpose affectueusement dans les discussions trop vives — elle exhorte le plus grand et le plus généreux à céder au plus faible — et après les luttes qu'elle n'a pu prévenir, elle console le vaincu par les marques de sa tendre sympathie et montre au vainqueur un blâme triste et doux en le punissant par un délaissement de quelques minutes.
Elle est le refuge, le conseil, le médiateur dans les circonstances suprêmes, lorsqu'il s'agit de supplier, de fléchir, d'obtenir, d'excuser.
C'est à elle, la grande sœur, qu'on confie ce qu'on n'oserait dire à la mère, de peur de la peiner ou de l'alarmer — à elle qu'on s'adresse pour réparer
quelque désordre ou quelque accident qui fait craindre le mécontentement du père.
Son rôle est un peu — sur beaucoup de points — celui de la mère de famille ; elle a de moins, c'est vrai, l'autorité et l'expérience, mais elle a de plus, sa jeunesse qui attire, et même l'absence de tout pouvoir qui effraie. Et quand le frère coupable cède à sa douce influence, ce n'est qu'une condescendance fraternelle ; et il esquive ainsi le mot obéir, ce mot qui coûte tant à l'orgueil de l'homme.... Il faut toujours compter avec l'orgueil qui habite même les plus jeunes cœurs.
Elle-même, la jeune fille, dans ses rapports journaliers avec un ou plusieurs frères, apprend quelques-uns de ses futurs devoirs.
Elle s'exerce à la complaisance, à la douceur, à l'art de persuader par un mot et par un regard, mieux que par d'âpres raisonnements et de prétentieux discours. >> (M'"'' Desnos).
). Influence de la jeune fille dans les circonstances douloureuses de la famille
C'est à l'heure des souffrances physiques ou morales que se montre, plus spécialement, ce semble, l'influence de la jeune fille.
Que fait-elle? que dit-elle r comment dit-elle? Elle ne le sait pas elle-même.
Elle aime; et cette affection si pure, si sainte, si dévouée lui fait trouver des paroles qui calment, des tendresses qui apaisent, des dévouements qui étonnent.
Vovez-la à l'œuvre :
C'est dans la désunion qui hélas 1 peut exister entre le père et la mère et dont la pauvre enfant s'aperçoit vite, alors m.ême qu'on cherche à la lui cacher; et elle sait aller de l'un à l'autre, elle sait parler à l'un et à l'autre ; elle se montre si malheureuse que le père et la mère ont pitié d'elle et que, pour elle et à cause d'elle, reviennent des jours de paix.
C'est dans la pauvreté survenue presque subitement. Elle a aigri les caractères et rétrécissant les ressources, elle oblige à restreindre les dépenses, à descendre du rang qu'on occupait et à se livrer à un travail pénible. Alors la jeune fille est la première à s'oflfrir pour travailler, à accepter joyeusement le rôle d'ouvrière, à se montrer heureuse de mettre à profit ce qu'elle a appris dans ses études et de pouvoir se priver... et elle ramène un peu de joie et un peu de bien-èlre au foyer attristé.
C'est dans V iiiconduite d'un des enfants, cause de l'irritation continuelle du père et d'un déchirement de cœur bien douloureux pour la mère. La jeune
fille excuse ; elle explique ; elle supplie ; et fait tant auprès de l'enfant prodigue, qu'elle le ramène, tant auprès du père irrité, qu'il pardonne.
C'est une maladie pénible et sans issue qui vient arrêter dans sa vie active un des membres de la famille. Alors la jeune fille devient sœur de charité, et elle s'étonne elle-même de se trouver si forte et si expérimentée. Sans qu'elle s'en rende bien compte, sans qu'elle l'ait directement appris, elle devient garde-malade. Le bon Dieu dans son âme, l'amour filial dans son cœur, l'ensemble des connaissances qu'elle a rapportées du pensionnat lui donnent r esprit d'observation si nécessaire auprès d'un malade, le tact, le savoir-faire, la soumission intelligente aux ordres du médecin.
Et si le bon Dieu permet que la maladie s'aggravant fasse prévoir un dénouement fatal... oh ! comme elle sait rester près du lit où se meurt un de ceux qu'elle aime, triste sans doute, mais active, mais dévouée, mais pleine de sollicitude et d'un savoir-faire qui étonne.
Comme elle sait parler de paix, de résignation, de confiance ; comme elle sait affectueusement et délicatement tourner vers Dieu cette âme qui lui est si chère.
Par elle, vient le prêtre ; par elle, il est pieusement accueilli ; par elle^ est douce et sainte, l'heure de la mort.
CONDITIONS DE l'iNFLUENCE DE LA JEUNE FILLE
Heureuse la maison où Dieu place et conserve une jeune fille pieuse !
L'influence, comme le rayonnement du soleil qui éclaire, qui réchauffe et qui mûrit, suppose un foyer qui la crée et qui l'alimente.
Et ce fover n'est pas seulement votre cœur comme vous semblez trop le supposer, jeunes filles; c'est votre âme surtout, votre âme devenue la demeure de Dieu, qui seul peut vous donner et qui vous donne les vertus réclamées par la mission qu'il vous a confiée.
De votre âme, doivent rayonner :
La force pour ne pas vous décourager et pour mettre en œuvre tout le dévouement dont votre cœur est rempli.
La pieté pour vivre avec Dieu, agir toujours unie à Dieu, et suivre l'impulsion donnée par Dieu.
La sagesse dans les paroles que vous direz, dans les soins que vous prodiguerez, dans les conseils que vous pourrez donner, même dans les sacrifices que vous vous imposerez.
La prudence pour ne rien faire connaître au dehors de ce qui se passe dans l'intérieur de la famille, pour
conserver malgré vos peines de cœur, un visage calme et reposé, et retenir toute parole ou de plainte ou de découragement ou de blâme.
Elle est nécessaire encore la prudence pour écouter toutes les plaintes, ne jeter un blâme humiliant sur personne, faire valoir les qualités de ceux à qui on trouve à redire, ne jamais heurter directement celui qui se plaint.
Le tact pour dire à tous des paroles de consolation — pour montrer un simple oubli, là où on voit un véritable abandon — une parole sans portée, là où on voit une injure — un acte indifférent, là où on voit un acte malveillant — un bon côté, là où on s'obstine à voir tout en mal.
L'esprit de conciliation, un des rôles les plus difficiles mais les plus nécessaires dans les familles. — A votre âge, avec votre droiture, et votre désir du bien^ avec votre amabilité, avec votre voix sympathique et vos yeux qui se remplissent si facilement de larmes sincères, nul plus que vous n'est capable de le remplir.
Ecoutez sur la puissance de votre influence, ces conseils que vous adresse une femme du monde :
« A rencontre de ce qui se passe ordinairement, réservez le meilleur de votre charme et de votre gaîté pour la maison et pour ceux de votre sang.
Soyez la fleur qui parfume doucement l'atmosphère du logis familial, et non le bouquet éparpillé par les premiers venus.
Aux heures de lutte et d'angoisse, le front de votre père sera refraîchi comme d'une brise par la caresse de votre regard.
Dans les jours sombres, les yeux de votre mère chercheront votre sourire, comme on attend un rayon de soleil qui met les nuages en fuite.
Au milieu du fracas des orages domestiques^ votre voix résonnera comme une musique angélique et rétablira la paix entre ceux que vous aimez.
Mais c'est d'un être idéal, que vous nous parlez, dira l'un.
Pour le réaliser, que faul-ii cependant? de la douceur, de la bonté, de la raison.
La douceur — si on ne l'a pas naturellement — s'acquiert par un perpétuel effort sur soi-même.
La bonté naturelle s'augmente toujours par l'exercice qu'on en fait.
La raison se développe par la réflexion.
Dès qu'elle est sortie de l'enfance, la femme doit ainsi s'acheminer vers sa destinée véritable : Vabnégation et le dévouement. Dieu lui a réparti des facultés instinctives qui lui permettent de remplir de bonne heure le rôle de consolatrice et de médiatrice qu'elle
— 45 - ■ a toujours à mettre en œuvre plus ou moins dans la
vie.
Le plus cher désir de la jeune fille doit être :
de contribuer au bonheur des siens, d'ajouter à ce bonheur dans la mesure de ses moyens.
« Elle est déjà capable de beaucoup de bien ; et, si elle le veut, elle se rend tellement utile, nécessaire même, au foyer paternel, que la moindre de ses absences y fait un vide profond et que ses retours sont salués par tous, avec allégresse.
N'est-il pas délicieux d'être, dans le logis de famille, le point lumineux vers lequel se tournent les regards fatigués par les lueurs fulgurantes des tempêtes de la vie — d'être la fraîche oasis de repos pour ceux qu'on aime et qui suivent souvent un chemin aride, désolé et brûlant?
N'est-ce pas une joie de sentir qu'on répand par sa présence la paix dans les cœurs — de savoir que des paroles de bénédiction montent à toutes les lèvres dès qu'on apparaît ou qu'on est évoquée dans le souvenir ?
Voilà tout le bonheur, le bonheur vrai qu'une jeune fille peut ambitionner.
En se donnant, dès les premiers jours de son arrivée dans sa famille, elle fait l'apprentissage des chers devoirs plus complets encore qu'elle est appelée à remplir plus tard; elle se forme à cette discipline morale qui nous aide à supporter, avec calme et vaillance, les heures graves qui sonnent dans la vie pour chacun de nous. » (Baronne Staff).
RÊVES QUE FAIT NAITRE DANS LA FAMILLE l'influence DE LA JtUNE FILLE
I. Q.u"ils sont beaux les rêves de la mère 1 Quand ma fille sera là, elle sera pour moi : Une aide dans mon travail de tous les jours, aide sonniibe à qui j'indiquerai tout ce qu'il faut
faire et comment il faut le faire — elle écoutera
finalement et affectueusement toutes mes paroles; aide observatrice qui devinera ce que je ne saurai
pas dire et n'oubliera rien de ce que je lui aurai
montré une première fois;
aide prévenante et délicate qui m'épargnera la
peine matérielle et qui saura toujours faire ce qui
sera de nature à me procurer un soulagement et une
joie;
aide laborieuse que je ne verrai jamais inoccupée,
qui sera vigilante, voyant tout, se préoccupant detout.
Quand ma fille sera là, j'aurai un appui pour mes fatigues matérielles et pour les peines de mon pauvre cœur, aussi.
Une amie sur l'affection de laquelle je pourrai compter — une amie à qui, il me semble, et je sens que c'est vrai, je pourrai confier ces choses intimes qui ne doivent pas sortir de la famille et que je ne dois dire à personne.
Elle me comprendra : elle est pieuse, elle est discrète, elle est bonne !
2. Qu'ils sont beaux les rêves du père ! Quand ma fille sera là, la maison me sera plus douce — le foyer me sera plus cher; je l'aimerai davantage, j'y resterai plus longtemps.
Ma fille, elle est instruite, je le sais; elle a le goût des choses littéraires, elle a le sens des belles choses, des choses de l'art.
Je compléterai et ferai compléter en elle ce qui ne se montre encore qu'un peu vague quoique réel, et tous les deux, nous vivrons de temps en temps de cette vie de l'intelligence si utile pour moi qui suis absorbé tout le jour dans les travaux matériels : lecture, musique, ornementation de la maison... tout cela me viendra d'elle.
Et il me semble que je serai plus fort, plus dévoué, plus heureux.
3. Qu'ils sont beaux les rêves des frères et des sœurs plus jeunes !
Q uand la grande sœur sera là, oh ! que nous serons heureux I
Elle partagera nos jeux, elle nous en apprendra de nouveaux — elle nous récréera; — elle sera notre joie, elle nous accompagnera dans nos promenades — Elle nous protégera aussi dans les reproches mérités.
Oh ! que nous serons sages avec elle.
4. Qu'il est beau surtout le rêve de l'ange gardien du foyer .
Quand la jeune fille sera là, elle pieusement élevée, fortement chrétienne, sérieusement instruite de ses devoirs et si régulière dans les pratiques de sa vie d'EnfanI de xVlarie, elle va devenir un apôtre.
Dieu se servira d'elle pour régner plus complètement dans cet intérieur.
Avec elle, dès les premiers jours, la prière du soir se fera en famille — et tous les matins ce sera elle qui apprendra aux petits enfants à aimer le bon Dieu.
Par elle, les lois de lEglise seront mieux observées — les petits frères seront plus soumis, les grands.
rebelles au début peut-être, finiront par être attirés par sa bonté, son amabilité, son indulgence, par une foule de petits services qu'elle leur rendra.
Par elle, une atmosphère de paix, de joie, de sérénité se répandra dans toute la maison.
Par elle, viendra la consolation, l'espérance, la force, le dévouement.
Contente de tout et de tous, elle contentera tout le monde.
Peu exigeante, elle sera toujours aimable et souriante.
Peu coquette, elle sera toujours charmante et mise avec goût.
Bienveillante, elle ne pensera mal de personne; et elle sera persuadée qu'il n'existe nulle part aucune femme meilleure que sa mère — aucun homme meilleurque son père, aucune demeure aussi agréable que la sienne.
Douce, elle acceptera en souriant une taquinerie de ses frères et ne se blessera jamais d'un manque d'égard échappé ou à la légèreté ou même à un moment d'humeur.
Obligeante, elle sera toujours prête à rendre service; et son père, fatigué et ennuyé, la trouvera toujours disposée à causer avec lui, à jouer avec lui son jeu monotone de tous les soirs, à lui lire son journal, et à sortir avec lui — son grand-père et sa
grand'mère infirmes la verront prévenante, patiente, assidue près de l'un et de l'autre, écoutant sans laisser paraitre aucune lassitude leurs éternelles redites.
N'est-ce pas trop beau ?
Xon; parce que tout cela peut être vrai et sera vrai I
ARTICLE SECOND Vie extérieure de la jeune fille dans sa famille
I. CE QUE DOIT ÊTRE LA VIE EXTÉRIEURE DE LA JEUNE FILLE DANS SA FAMILLE
I . La vie extérieure de la jeune fille dans sa famille doit être en rapport avec la mission qu'elle a à remplir.
Or extérieurement, elle a pour mission :
1° de vnir en aide à sa mère :
dans les soins du ménage, dans Tordre de la maison, dans la direction des domestiques,
pour la remplacer quelquefois et permettre un repos bien gagné à celle qui jusque-là a tant travaillé et a tant usé sa vie.
2° de réjouir son père en lui prouvant :
par ses prévenances à lui être agréable, par son goût délicat à rendre la maison attrayante, qu'elle a profité des sacrifices qu'il a faits pour elle.
3° de se former elle-même — pour le jour où elle sera maîtresse de maison — à ces travaux multiples et compliqués qu'exige la tenue d'une maison, et qui ne s'apprennent que par une pratique de plusieurs années.
2. Voilà le but auquel doit tendre la jeune fille dans sa vie extérieure.
Pour l'atteindre, cette vie extérieure doit être :
une vie de soumission, une vie de dévouement, une vie d'ordre, une vie d'activité, une vie de joie.
I. Vie de soumission à son père, à sa mère qui veulent l'un et l'autre l'initier à sa vie nouvelle et la former à cette vie de plus tard, à laquelle elle aspire sans trop s'en douter encore.
Soumission affectueuse qui la portera à accepter avec joie et bonheur tout ce que ses parents demanderont d'elle, et même tout ce qu'ils désireraient sans oser quelquefois le lui demander. Le cœur d'une jeune fille pieuse comprend aisément ce qui peut faire plaisir.
Soumission complète qui lui fera exécuter tout ce qui lui est commandé — essayer toujours, alors
même que les ordres donnés paraissent difficiles ou contrarient.
Soumission constante qui la soutiendra dans ses heures de lassitude ou d'ennuis par cette parole : Papa le veut, maman le désire.
2. Vie de dévouement c'est-à-dire d'empressement à se prêter à tout ce qui peut être non seulement utile mais encore agréable à quelqu'un des membres de la famille :
dévouement de l'enfant qui aime, dévouement de la servante qui doit travailler, dévouement toujours prêt et que rien ne lasse parce qu'il est soutenu par l'affection.