I. Livres de piété qui nous mettent
En rapports intimes avec Dieu, nous le montrant présent partout — partout. Père qui prend soin de nous; partout, Maître qui nous impose un devoir et nous donne les moyens de l'accomplir.
En rapports intimes avec Notre-Seigneur Jésus- Christ, Dieu, c'est vrai, mais homme aussi comme nous, et disant à chacun de nous : Ce que tu dois faire, je l'ai fait — ce que tu dois souffrir, je l'ai supporté — je t'ai donné l'exemple autrefois; à cette heure, je te donne la force — avec Jésus-Christ vivant encore dans la sainte Eucharistie où nous pouvons aller lui parler et l'écouter.
En rapports intimes avec la très sainte Vierge, la mère de Jésus-Christ et notre mère à tous qui a conservé dans le ciel les sentiments maternels qui la portent à aimer nos âmes comme elle aimait son fils Jésus.
2. Livres de doctrine qui nous font connaître : Dieu, Jésus-Christ, VEglise continuatrice de la vie et de l'œuvre de Jésus-Christ : vie de bienfaits *— vie de luttes — vie de souffrances — et nos devoirs envers Dieu, Jésus-Christ, VEglise....
Oh ! l'utile travail que celui de réunir, en les groupant, quelques-unes des belles pages ou même quelques-unes des pensées sur Notre-Seigneur Jésus- Christ qu'on rencontrerait en lisant les ouvrages du P. Lacordaire, de M-'' Bougaud, du P. Monsabré.
3. Livres d'exemples, nous montrant, dans la vie des Saints, la mise en action des enseignements de lésus-Christ et de l'Eglise — exemples plus à notre portée peut-être, dans la vie de ces jeunes filles de dix-huit et de vingt ans, qui par la piété ont su rendre leur passage sur la terre si dévoué et si utile.
Avant tout, plus que tout, soye^ fortes dans la foi.
La foi, c'est la connaissance de Dieu,
La foi, c'est le service de Dieu pratiqué et enseigné,
La foi, c'est la défense de Dieu.
Or pour connaître, pour savoir, pour défendre Dieu, il faut étudier ; il faut faire pénétrer dans son esprit les vérités renfermées dans le catéchisme — il faut conserver ces vérités, les entourer, au fond de son âme, de respect et d'amour, les laisser en quelque sorte s'unir à notre âme comme la nourriture s'unit à notre corps.
C'est alors, mais alors seulement, que la piété est solide, qu'elle sert de base à toute la vie et la rend utile et dévouée,
qu'elle est droite, apprenant à préférer les devoirs de la position à toute autre dévotion, quelque entraînante qu'elle soit,
qu'elle est forte, sachant tout sacrifier à l'accomplissement de son devoir, et supporter sans faiblir et sans murmurer les peines de la vie, les tristesses et les chagrins intimes.
« Je ne crains pas de le dire pour l'avoir expérimenté trop souvent, écrit M?'" Dupanloup, il y a aujourd'hui parmi nous, en matière de religion, une ignorance déplorable. J'ai rencontré, même chez des personnes très instruites d'ailleurs, pieuses et pratiquantes, de véritables profondeurs d'ignorance en cet endroit.
On ignore tout de sa religion ; on ne sait rien ou presque rien de ses enseignements, quelquefois les plus essentiels;
Rien de sa constitution, rien de sa liturgie ;
Rien de ses preuves, de ses droits, de son action dans le monde ;
Presque rien de ses origines, de l'histoire même de Jésus-Christ.
On ne comprend pas ses intérêts les plus évidents, on est incapable de les servir, incapable de les défendre.
Voilà pourquoi nous voyons tant de chrétiens mous, flottants, et si peu de ces mâles et forts chrétiens, enracinés et fondés dans la foi, comme disait S. Paul, si peu de grandes âmes et de grandesvertus.
11 n'y a que la foi, à l'état de lumière et de flamme, qui puisse faire les âmes énergiques et vaillantes, comme il en faudrait aujourd'hui. »
Les Conférences du P. Monsabré, celles du P. Félix,
Les œuvres de M^'" Besson,
Les Conférences, plus anciennes mais plus précises et plus simples, de Frayssinous,
Quelques catéchismes développés, vous seront très utiles pour l'étude que nous vous demandons.
Champ de la Philosophie
Ne vous effrayez pas de cette science qui n'a de réellement effrayant que les mots sous lesquels on la présente.
La philosophie, c'est la science ou plutôt Vanionr de la sagesse, c'est-à-dire :
de cet état d'une âme qui se connaît et se possède ; qui sait où est îe vrai, le bien, le beau et qui
le cherche, qui le trouve, et met toute la puissance de
son être à le connaître q\. à \ecommuniqiicr.
Quels magnifiques épis à glaner dans ces livres qui nous montrent la vérité dans sa splendeur,
qui nous font sentir la grandeur du bien, excitant
en nous le désir de le pratiquer, qui nous initient à tout ce qui est beau, dans la
nature, dans les arts, dans les âmes, dans Dieu ! Magnifiques épis à glaner dans ces livres qui nous parlent de tout ce qui, en nous, est réellement grand, réellement beau, réellement méritoire : notre âme, ce don de Dieu, reflet de sa vie, de sa beauté, de son immortalité ;
qui nous montrent la puissance et la grandeur de notre intelligence,
la force de notre volonté,
le dévouement de notre cœur,
l'éclat que peut donner à toutes choses,
notre imagination, la puissance qu'ajoute à notre intelligence,
l'attention, l'attrait, la joie que nous fait éprouver la
splendeur du vrai.
Tout cela est du domaine de la philosophie.
La philosophie élève l'âme au-dessus des sens et du monde visible, lui montre unis à la religion, dont elle est Tauxiliatrice, sa nature, sa destinée, sa puissance, ses droits.
La philosophie forme l'esprit et l'habitue à penser par lui-même, à juger, à raisonner avec justesse, à s'affranchir des préjugés et des passions. Ni dans son jugement, ni dans ses actes, elle ne se sépare jamais de Dieu qui est le siège de la sagesse^ le foyer de la vraie philosophie.
La philosophie éclaire et complète toutes les sciences, elle s'insinue, comme l'air s'insinue dans tout le monde matériel, dans tous les actes humains, et prend simplement alors le nom àe philosophie de la vie pratique.
« Un petit cours de philosophie, dit M^'^ Landriot, servirait à donner du prix et de la solidité à vos qualités aimables.
Je voudrais des femmes solidement vertueuses, ayant pour complément une instruction variée plus ou moins profonde, selon leurs loisirs et leur vocation.
En donnant de la sagesse et de la vigueur à l'esprit (résultat de l'étude de la philosophie) on éviterait plus facilement les sensations, où le cœur est entraîné plus loin qu'il ne faut pour sa sécurité et son bonheur.
...Je crois que dans l'éducation des femmes on ne s'occupe pas assez des questions fondamentales : On développe la sensibilité outre mesure ; on laisse l'âme d'une jeune fille se remplir de toutes les
impressions qui arrivent des sens ; on laisse T imagination trop libre, surtout on ne l'accoutume pas assez à distinguer la volonté du jugement et celui-ci de l'imagination, à dominer les impressions du dehors pour les soumettre à une analyse scrupuleuse de la raison et du bon sens. »
Contentez-vous au moins de lire, de résumer, de copier, de réunir en gerbes, quelques-unes des pages ou des pensées fortes, brillantes, fécondes de nos philosophes chrétiens ; et, comme l'on fait quelques jeunes filles studieuses, composez pour votre usage personnel : un code de vie.
Nous avons sous les yeux quelques-uns de ces recueils intimes, sous ce titre : Essai sur les moyens de me rendre heureuse — certes, ils ne sont pas irréprochables, mais Vapplication qu'ils ont demandée, les lectures et la constance qu'ils supposent, ont servi à rendre plus réfléchies, plus posées, plus sages celles qui les ont écrits.
Le Dictionnaire du Bonheur — dans lequel l'auteur avait essayé d'indiquer, en les développant, tous les mots qui lui paraissaient donner un moyen de devenir meilleure — de pratiquer un acte de vertu même insignifiant — d'affaiblir, ou même de déraciner un vice — de diminuer les fantaisies — de dominer et d'assouplir son caractère....
Uart d'arriver au vrai, par Balmès,
Les Sources, par le P. Gratry.
Le Prix de la vie, par Ollé-Laprune, L Essai sur le gouvernement de la vie, par Duchesne. . . Vous serviront àQ guides pour ce travail.
Champ de l'Histoire
Il y a largement à glaner dans l'étude de l'histoire.
Il y a à raconter un siècle, une époque.
Il y a à reproduire des/aits isolés.
Il y a à juger des hommes qui, passant devant nous, ne peuvent plus, à cette heure, ni cacher, ni diminuer les actes qu'ils ont produits, ni nous tromper sur leurs intentions.
Il y a à citer des mots qui caractérisent une époque ou un homme, et à les justifier.
Il y a à redresser des jugements portés par la passion ou par l'ignorance.
Il y a à se rendre compte des causes qui ont produit ces effets brillants ou désastreux qui sont racontés.
Il y a surtout à voir l'action de Dieu et l'influence de l'Eglise — à justifier l'Eglise des accusations portées contre sa conduite par la mauvaise foi.
Revoyez les notes (\\iox\ vous a dictées au Pensionnat, et procurez-vous les livres qu'on vous a indiqués. Les classiques étudiés sont de précieux manuels à
conserver — voyez pour l'Eglise, le second volume Après le Catéchisme^ Réponses aux objections, et le bel ouvrage de M^'"" Baunard : Un Siècle de V Eglise de France, 1800 à 1900.
Champ de la Poésie et de la Littérature
I. Il faut aimer ce travail qui glane parmi les livres, et conserve, en les copiant et souvent en les apprenant par cœur, les poésies qui tout en récréant l'esprit et charmant l'imagination, donnent à Tâme une force qui la soutient et la relève, et une clarté qui lui montre et lui fait aimer ce qui est beau.
Il faut que chaque jeune fille ait un cahier où elle recueille toutes les belles pages, toutes les poésies qui ont produit sur elle de fortes et brillantes impressions,
poésies, qu'elle relira pour elle seule,
poésies, qu'elle lira le soir à la famille réunie autour du foyer, et, par elles, fera pénétrer dans les âmes qui lui sont chères, quelque chose de divin.
Un recueil imprimé, quelque bien choisi qu'il soit, ne vaut jamais pour nous un recueil fait par nous.
La poésie qui est l'art dans ce qu'il a de plus élevé, est encore le meilleur auxiliaire pour grandir les âmes. Il y a entre le beau et le bien la plus étroite
parenté, ce sont deux faces de la perfection; et donner à une âme de vives émotions esthétiques, c'est faire beaucoup pour l'améliorer, alors même que ces émotions n'auraient pas directement un caractère moral.
Faire entrer la poésie dans la vie, c'est y faire entrer la vérité, disait Auguste Cochin; c'est aussi y faire entrer la joie.
Nul n'aime la poésie sans aimer la lumière, Nul n'aime la lumière sans aimer la vérité, Nul n'aime la vérité sans aimer la justice. Nul n'aime la justice sans aimer Dieu, Nul n'aime Dieu sans trouver le bonheur... chantait un poète breton.
2. La littérature embrasse, surtout pour vous, à cette heure, Y histoire littéraire, c'est-à-dire V indication des productions de l'esprit et \q jugement 2. porter sur chacune de ces productions qui — à travers le temps destructeur de tout ce qui est médiocre — se sont conservées par leur goût délicat, leurs pensées élevées, leur style pur et correct, et s'offrant comme des modèles, sont toujours lues avec plaisir et profit.
Les deux volumes classiques : Notions élémentaires de Vhistoire littéraire vous serviront àe guides pour lire les ouvrages plus complets que nous vous indiquerons.
Procurez-vous YHistoire de la Littérature française, par Alfred Nettement, Les Portraits, de Léon Gautier, Quelques volumes de Emile Faguet, Et les livres plus modernes de Doumic.
Champ du Souvenir et de la Famille
Ce champ est bien vaste, il est bien fertile; il est surtout bien attrayant pour la jeune fille.
Elle est si gracieuse la famille, vue à dix-huit ans avec les yeux de Tafïection et de la foi 1
Tout ce qui s'y passe est si bon, si réconfortant que la jeune fille voudrait ne jamais rien oublier de ce qu'elle a vu, de ce qu'elle a senti, pour retrouver plus tard les émotions qu'elle a éprouvées, les joies qui l'ont fait sourire, les dévouements dont elle a été l'objet, les sacrifices généreux dont elle a été témoin.
De là, le besoin de confier au papier ce qu'elle a vu, ce qu'elle a senti, ce qu'elle a désiré; de là, cet empressement, le soir quand tout est calme autour d'elle, pour se retirer dans sa petite chambre et pour écrire ce qu'elle appelle : Mon journal.
La question d'engager une jeune fille à écrire son journal a été discutée : Est-elle utile ^ N'a-t-elle pas son danorer?