‹ La vie apres le pensionnatChapitre 26 sur 49 · IV. PRATIQUE DU TRAVAIL INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

IV. PRATIQUE DU TRAVAIL INTELLECTUEL

Remettez-vous donc au travail ; relisez dans le livre La Vie au Pensionnat, le chapitre qui traite de la vie de V intelligence, pages 209 et suivantes. Nous

n'avons pas ici à le reproduire ni même à l'analyser, il est trop important pour ne pas vous obliger à le relire en entier.

Voici seulement des conseils pratiques :

1° Choisir les livres

Ce choix ne peut être fait par vous; vous vous laisseriez guider par votre imagination, et elle vous indiquerait toujours ce qui plaît, bien plus que ce qui est utile.

Ce choix dépend :

du degré d'instruction acquise et des lacunes de cette instruction,

de vos aptitudes, de vos goûts, de votre position actuelle, du milieu dans lequel vous vivez, du but que vous vous proposez ou plutôt qu'on se propose pour vous.

Si dans votre paroisse est établi un catéchisme de persévérance, là, vous seront indiqués les livres nécessaires aux résumés que vous ferez.

Livres exposant la vérité chrétienne et développant les preuves de larévélation et deladivinitédel'Eglise.

Livres d'apologétique défendant l'Eglise contre les attaques de la science.

Livres de philosophie montrant ce que la foi a apporté de lumière à la raison, et les biens que l'Eglise a répandus dans le monde entier.

Si dans la ville que vous habitez, on fait des cours d'histoire, des cours de littérature^ des cours de vie pratique, là encore, vous seront indiqués les livres utiles pour vos rédactions.

Etes-vous privées de ce guide pour votre travail et par conséquent pour voslectures? Demandez conseil à votre père — à vos anciennes maîtresses qui se feront un plaisir de vous venir en aide — demandez surtout la direction de celui à qui vous avez confié le soin de votre âme ; plus que tout autre, il a des lumières pour vous guider ; il a surtout du dévouement pour s'intéresser au perfectionnement de votre intelligence comme à celui de votre âme.

« Une chose à remarquer, écrivait le P. Lacordaire, c'est le peu de solidité des esprits et des goûts à notre époque.

A part un journal, un feuilleton, une revue de modes que lit-on ^

Peu de dames m'ont demandé ce que je pensais de tel ou tel ouvrage. — C'est qu'on dépense sa vie sans réflexion, sans sentir le besoin de nourrir son âme par une bonne et forte lecture ; et cependant, une nourriture substantielle ne nous est-elle pas nécessaire r Et, sans elle, la foi pratique n'est-elle pas souvent sans résultat r

Il y a peu de saintes aujourd'hui parce qu'il y a peu de femmes qui lisent sérieusement.

On lit des romans que je ne veux pas désigner, mais dont le moindre effet est de passer à la surface de l'âme comme une hirondelle passe sur le ciel bleu sans laisser la moindre trace.

N'oubliez donc pas qu'il y a deux vies, celle du corps et celle de Vâme. Si la première ne peut se développer et même subsister sans boire, sans manger, sans dormir — la seconde ne le peut non plus sans lire^ sans méditer, sans relire et sans méditer de nouveau.

Le choix de la nourriture et de la lecture ne doit-il pas nous préoccuper ? »

2° Lire avec méthode

La lecture des livres choisis doit être faite avec méthode, c'est-à-dire avec suite.

Un livre commencé ne doit pas être facilement interrompu ou laissé par caprice. Il doit être lu jusqu'à la fin, pendant les heures qu'une sage direction a assignées à cette lecture, selon qu'elle est ou simplement récréative ou qu'elle entre dans le /)/^w des études.

Un livre, celui qui surtout est destiné à la formation ou au développement de notre intelligence doit être lu un peu lentement de manière à laisser pénétrer dans l'esprit le sens des mots qui expriment une pensée et la suite des pensées.

En général, on lit trop vite. On lit pour savoir ; on ne pense pas à retenir ni surtout à s incorporer en quelque sorte ce qu'on lit, de manière à pouvoir après une lecture posément et intelligemment faite, reproduire de vive voix ou par écrit, ce qu'on a lu. Pour bien lire, dit Fénélon, il faut digérer sa lecture et la convertir en sa propre substance ; il faut lire avec recueillement ; il faut que la lecture devienne une demi-méditation.

On lit trop de livres aussi ; et la mémoire n'est souvent qu'une table des matières, à laquelle manque presque toujours l'indication du livre et de la page du livre où se trouve le mot dont on se souvient.

Un bon livre, bien étudié, bien réfléchi, bien compris, nous serait plus utile que tant de livres rapidement lus.

Un livre ne sera bien compris et sa lecture ne sera réellement utile qu'autant qu'avant de le lire on se rendra compte de ce qu'il renferme. Pour cela, il est nécessaire :

1° d'en lire la préface qui indique le but de Tauteur,

2° d'en lire la table des matières qui donne le plan suivi par Taute.ur.

On suivra ainsi l'ensemble du livre avec plus d'intérêt et on retiendra plus facilement la doctrine qu'il expose.

3° Recueillir des pensées

La lecture réfléchie n'est pas suffisante pour profiter des livres que nous lisons. Il faut encore recueillir dans chacun des chapitres de ces livres et copier les pensées qui nous frappent par leur originalité — leur éclat — la poésie dont elles sont revêtues — par la manière dont elles se présentent fortes, imagées — par les idées qu'elles font naître dans l'esprit pour lequel elles sont quelquefois comme un rayon lumineux. C'est un écrin précieux qu'on se procure et qu'on agence soi-même, et plus tard la lecture de ces fragments, si on a mis la date du jour où ils furent recueillis, nous rappellera des joies secrètes et de douces émotions.

Il serait utile encore après la lecture d'un livre, de copier dans ses grandes divisions, la table des matières.

Soyez abeilles dans vos lectures, ne soyez pas papillons.

4° Transcrire des pages

Ce ne sont pas seulement des pensées qu'il faut recueillir, ce sont encore des pages entières. Ce travail est plus long, mais il fait pénétrer plus profondément dans l'esprit des vérités que nous sentons le besoin de connaître plus à fond — ces pageSy

plus que les pensées, éveillent en nous des impressions et des sentiments qui élèvent notre âme et la maintiennent à une certaine hauteur — fortifient notre volonté — précisent nos connaissances.

5° Utilité des pensées et des pages recueillies

Cette transcription, dans des ^^/n>r5 réservés pour ce travail et, plus tard, reliés avec soin et conservés avec affection, est :

Utile pour Vattention qu'elle forme lentement en la fixant sur une pensée, sur une page, pendant quelques minutes d'abord, la retenant là, en l'obligeant à copier cette pensée et l'accoutumant ainsi à devenir plus constante.

Utile pour V intelligence qu'elle éclair^ doucement, sans fatigue, lui procurant une jouissance passagère sans doute, mais réelle, et lui montrant ainsi la source des joies qu'elle réclame.

Utile /)<9wr la mémoire qu'elle enrichit de pensées, de citations, choisies avec goût, classées avec méthode et par conséquent faciles à retrouver. — Pensées et citations qu'elle aura retenues, au moins quant au sens, par l'application qu'elle s'est imposée de les copier avec^une certaine lenteur. On a dit, et c'est vrai, que transcrire une page, c'est la lire deux et même trois fois.

Utile pour le goût qui ne transcrit, après surtout un peu d'expérience, que ce qui est réellement beau, ce qui resplendit, ce qui élève.

Utile à la composition^ fournissant à l'esprit, dans ces recueils qui, de mois en mois, sont devenus plus nombreux, un trésor, où il pourra puiser des idées pour compléter celles qu'il a émises lui-même, pour les rectifier quelquefois, pour leur donner plus de force et plus de grâce.

Ce recueil de pages prises dans les livres, fait naître petit à petit le désir d'un autre recueil plus intime.

Celui des pensées (\m naissent si fécondes, souvent si colorées dans l'esprit de la jeune fille.

Celui des aspirations qui élèvent son âme, et l'emportant au delà du monde matériel, la montent jusqu'à Dieu.

Celui des sentiments qui activent la vie de son cœur, et qui, bien guidés, peuvent rendre la vie réelle si pleine de dévoùment et de mérites.

N'est-ce pas un de vos plus ardents désirs, jeunes filles, celui d'écrire votre journal ?

Nous en parlerons bientôt.

6° La Gerbe d'Ita

Ecoutez ce qu'écrivait une jeune fille qui, sous le titre de Gerbe d'Ita, a publié quelques-unes des pages qu'elle avait recueillies dans ses lectures.

« Dieu mit près de moi une amie qui donna à mon esprit la direction qui m'a soutenue dans les nombreuses peines de ma vie.

Un jour que je me plaignais de ne pouvoir plus aller aux champs, comme aux jours de ma petite enfance, glaner les épis d'or, épars çà et là, elle me sourit comme une aïeule indulgente sourit à ses enfants et chercha, dans une région plus élevée, un plaisir ressemblant à celui qui me manquait.

Elle me dit avec ce visage doux et bon qui vit dans ma mémoire.

Glaneuse, je veux t'apprendre à marcher dans la vie en t'arrétant à chaque pas — en regardant autour de toi — en ramassant pour ainsi dire chaque épi tombé.

Plusieurs champs s'étendent devant ton regard :

Le champ de la foi\

Le champ de V histoire,

Le champ de la philosophie,

Le champ de la poésie,

Le champ du souvenir et de la famille.

Le champ de la fantaisie.

Tous produisent des épis. Recueilles-en quelques-uns; forme une gerbe que tu m'apporteras de temps en temps pour réjouir mes vieux jours, et quand tu ne

m'auras plus, glane encore, glane toujours en souvenir de moi.

Comme elle a dit, j'ai fait. Suivant son conseil, je n'ai pas voulu passer, les yeux fermés, à travers les hommes et les choses; je n'ai pas fait une lecture sans en retirer soit une courte analyse, soit une page, soit une réflexion née du sujet.

Ce que je voyais je le racontais; ce que j'entendais je le répétais; et ces labeurs étaient payés d'un sourire d'intérêt et d'une parole de bonté.

Puis, quand vinrent ces tristes jours où Dieu, pour un temps, sépare les âmes qu'il avait rapprochées, le pli était pris; écrire m'' était un besoin.

J'ai continué le long de ma vie à ajouter des épis à ma gerbe; je continue toujours et ne me reposerais de ce doux travail, que lorsque la voix adorée du Maître me dira : Glaneuse, passe des champs de la terre., aux champs fortunés de ta véritable patrie. » (De Stolz).

Ne l'enviez-vous pas le doux travail de cette glaneuse, et ne pourrait-il pas charmer votre vie de jeune fille, comme il a charmé sa vie ?

7° La Gerbe de deux jeunes filles

Nous avons sous les yeux un cahier élégamment relié dans lequel a été amassée et classée toute une

moisson de pensées recueillies pendant une année par deux sœurs.

Le go lit qui a présidé à ce choix est délicat.

Le^/^55^w^w^quia été fait suppose un jugement sur.

Le profit retiré a été l'élévation de l'intelligence, la direction de la vie, la formation de Tâme.

Le but a été la réalisation d'une pensée bien délicate.

Leur père au jour de l'an, leur avait donné comme étrennes :

Les œuvres de M&^ Landriot : La femme forte, la femme pieuse,

Les Conférences et les lettres du P. Lacordaire aux jeunes gens,

Les lettres- de M^'^ Dupanloup sur Véducation des filles — et les Conférences du même prélat aux femmes chrétiennes.

Ces enfants voulurent prouver à leur père qu'elles appréciaient sa générosité; et lisant posément et la plume à la main ces huit volumes, elles surent en extraire tout un gros cahier de pensées adaptées à. leur vie de jeune fille, leur donnant pour leur âme, pour leur cœur, pour leur intelligence, des conseils pleins de sagesse, pleins de vie et exprimés avec le charme que ces auteurs ont mis dans leurs écrits.

Le jour de la fête de leur père, elles lui offrirent ce cahier, et lui, le père, les yeux pleins de larmes de

joie, leur dit en les embrassant : Vous ne pouviez pas me faire un plus grand plaisir.

Cueillez donc dans les livres, cueillez des pensées, copiez des fragments de pages, comme dans les champs vous cueillez des fleurs, et formez un herbier littéraire; les anciens donnaient à ces recueils le nom ài^ anthologie qui a le sens àlîerbier.

Les fleurs de l'esprit valent bien celles des champs ; elles sont plus durables; elles sont plus agréables, plus utiles surtout.

8° Imitation de la Gerbe d'Iia

Nous n'avons pas à tracer ici un plan d'études ni même de lectures., difficile à suivre par une jeune fille dans sa famille, si elle n'est pas guidée directement soit par un maître particulier, soit par l'enseignement donné dans les cours.

Voici simplement quelques indications générales.

Relisez, aux premières pages de ce chapitre, ce qu'écrivait cette glaneuse qui s'en allait chaque semaine, chaque jour quelquefois, cueillir à travers les livres des épis qu'elle amassait en gerbe gracieuse dans des cahiers devenus pour elle des trésors.

Essayez ce qu'elle faisait. .Comme elle, copiez, analysez.

Champ de la Foi

Quels nombreux et fertiles sillons dans ce champ de la foi, ouvrent, devant notre âme et notre esprit, ces livres qui nous parlent de Dieu.

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