I. Il est nécessaire qu'il y ait en vous
La docilité pour écouter ce qui vous est dit.
La soumission pour accepter, avec paix, toute parole qui blesserait votre amour-propre — tout acte qui vous paraîtrait un peu humiliant.
Vattention pour voir, pour saisir, même pour deviner tout ce qui se fait autour de vous.
La bonne humeur pour vous plier gaiement à ce qui vous est demandé.
Lsi force pour soutenir des efforts qui vous seront pénibles quelquefois.
Ces vertus vous étaient faciles au pensionnat parce que vous n'étiez jamais seule.
A chaque heure on vous disait ce que vous deviez faire — à chaque devoir, comment vous deviez le faire. — Chaque jour on vous encourageait en vous donnant le résultat de votre application ou de votre négligence.
Dans votre famille, vous serez toujours livrée à vous-même.
Oh! que vous aurez besoin du bon Dieu, besoin de bien vous pénétrer de ce que nous vous dirons, en parlant de votre vie intime dans la famille et du perfectionnement de votre âme 1
2. Il est nécessaire qu'il y ait autour de vous des exemples sans doute, mais surtout des leçons fermes, précises, quotidiennes.
Les exemples ne vous manqueront pas : ils vous seront donnés par votre mère ; les leçons peut-être vous feront défaut.
Ah ! si pour faire de vous, cet ange du foyer que rêvent votre père et votre mère — cet apôtre sur lequel compte le bon Dieu pour le faire connaître et régner dans votre famille — cet appui qu'attend votre père — cette consolatrice que désire votre mère. — Ah: si l'affection suffisait, si le dévouement suffisait, si l'oubli de soi poussé jusqu'à l'héroïsme suffisait, nous n'aurions pas écrit ce petit livre, nous vous aurions laissées complètement à vos mères.
Mais les mères les plus dévouées sont souvent et presque toujours absorbées par les soins de la maison et elles n'ont pas tout le temps que demande l'éducation de leur fille, cette seconde éducation, complément nécessaire de la première qui, négligée ou
faussée, a des conséquences à peu près irréparables. L'entraînement des affaires paralyse souvent la bonne volonté.
Les mères les plus dévouées n'ont pas toujours, au degré qu'il faudrait, la vue surnaturelle plus nécessaire pour l'éducation et la préservation d'une jeune fille, que la plus consommée des expériences humaines.
La vue surnaturelle fait prévoir un danger moral, habituellement ou caché ou amoindri aux yeux humains.
Elle fait deviner et, seule, peut diriger, ce qui se passe dans le cœur de la jeune fille qui aux premiers jours de l'adolescence commence à avoir des secrets. — Surveiller, sans trop le montrer, les occupations, les lectures, les fréquentations, les sorties, les rapports avec les domestiques, les habitudes, les tendances à la solitude, la dissipation, le journal écrit en cachette et tenu soigneusement fermé...
La vue surnaturelle donne à un degré que n'atteint pas l'expérience humaine, le savoir-faire divin qui doucement et même agréablement instruit et dirige.
Ce savoir-faire divin parvient à faire accepter une privation jugée nécessaire — vn travail pénible dont il ne montre que la joie — un refus qui blesse par lui-même et qui, grâce au tact avec lequel il est exprimé, ne laisse aucune impression fâcheuse.
Il donne la force d^âme nécessaire pour exiger un devoir religieux, ou un devoir de famille ou de convenance — pour demander un sacrifice — pour ne pas faiblir devant un entêtement ou devant des larmes.
O mères 1 c'est pour vous venir en aide dans cette tâche si difficile de la formation et de la préservation de votre fille que nous vous offrons ce livre, fruit, nous le disons simplement, d'une longue expérience acquise sous le regard de Dieu.
Ce que produisent dans l'âme de la jeune Fille les premiers jours de sa Vie après le Pensionnat
I. Cette vie après le pensionnat est si différente, pour la jeune fille, de sa vie au pensionnat, elle vient si subitement succéder à cette première vie, rompre presque sans transitions des habitudes de huit ou dix ans, — que devant l'esprit, l'imagination, le cœur de cette jeune fille, arrivant dans sa famille non plus pour y passer deux mois comme pensionnaire en vacances, mais pour y rester toujours comme enfant de la maison, s'ouvre tout un horizon nouveau.
Horizon brillant, horizon enchanteur qui, pendant les premières semaines, la met comme hors d'ellemême.
11 y a bien là une chambre, une maison, des murs comme au pensionnat, mais ces murs, cette maison, cette chambre ont un aspect qui la ravit et fait naître en elle des impressions de paix et de joie qu'elle n'avait jamais encore senties.
Certes, elle aimait son pensionnat, mais sa maison, la maison de son père, de sa mère, la maison de sa petite enfance, qui va devenir pour elle — elle le croit simplement — sa maison pour toujours, elle l'aime, non pas davantage peut-être, mais d'une affection qui a quelque chose de plus grand, de plus complet, de plus saint.
Et elle ne se lasse pas de regarder tout ce qui l'entoure, de parcourir tous les appartements de cette maison, de venir et de revenir dans sa chambre à elle, la chambre où elle sera chez elle.
2. Cette vie après le pensionnat n'aura pas seulement, dans ses premiers jours, un horizon nouveau à l'imagination et au cœur de la jeune tille.
Elle lui présentera aussi toute une série de devoirs nouveaux.
Et elle entend la voix de sa conscience, avant même celle de ses parents, qui les lui impose.
— lO —
Elle comprend que l'heure est venue de réaliser cet ardent désir de son cœur :
Etre utile à celle qu'elle aime.
Oui, jeune fille, jusqu'à présent, au pensionnat, on a :
par l'obéissance, assoupli votre caractère, par l'étude, éclairé votre intelligence et développé en vous le goût du beau et du bien, par la réflexion, formé votre jugement, par la vie régulière, dominé votre vivacité, par les pratiques pieuses, dirigé vos pensées habituelles vers Dieu le Maitreetle Père.
L'heure est venue de mettre en œuvre tous ces trésors amassés :
L'heure du dévouement, L'heure du bien à faire,
L'heure de vous montrer reconnaissante envers ceux qui ont tant fait pour vous.
3. Les Devoirs nouveaux que présente la vie après le pensionnat ont pour objet :