‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 137 sur 157 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

PENSÉES ET MAXIMES

Pensées religieuses ou mondaines, philosophiques ou poétiques. — Elles soulèvent un coin du voile qui nous sépare de la vie arabe. — L’Orient est resté immobile. — 11 De vit que de légendes et de traditions. — Dieu, la femme, la religion et la guerre. — 11 n’y a rien après. — Nous marchons, les Arabes n’avancent ni ne reculent. — Se mcitront-ils ea chemin?

Ces pensées, que nous donnons avec intention dans le désordre pittoresque où elles se sont produites, ont été recueillies, pour la plupart, dans les fréquents entretiens que j’eus avec Aab-el-Kadcr, à l'époque de son séjour forcé en France. Je passai alors près de lui quatre mois consécutifs, au fort Lamalgue, où il avait été d’abord interné, puis au château de Pau, où, le général L’heureux et moi, nous eûmes mission de le conduire en 1848 par ordre du gouvernement On comprend que, parlant moi-même arabe, je dus profiter avec empressement de ces relations journalières avec l’illustre captif, pour rassembler des renseignements précieux sur cette civilisation arabe qui nous est encore si peu connue, véritable forteresse dont il est difficile de forcer l'entrée.

L’origine d’une grande partie de ce recueil explique naturellement les allusions fréquentes qu'on y trouvera à la mauvaise fortune de l'émir, et leur donne, à ce titre, si je ne me trompe, itn attrait historique particulier.*

Ces pensées, alternativement religieuses ou mondaines, philosophiques ou poétiques, jettent quelques rayons de lumière sur un sujet presque ignoré encore, et que nous avons tout intérêt à connaître. En nous initiant, dans une certaine mesure, aux idées dominantes, à la littérature de ce peuple si différent de nous, elles soulèvent, pour ainsi dire, un coin de ce voile mystérieux qui, malgré la conquête et une domination déjà longue, nous sépare eticore de la société arabe.

La fortune.

La fortune n’a qu’un œil placé sur le sommet de la tête. Tant qu’elle ne vous a pas vu, elle vous prodigue les noms les plus tendres, elle vous appelle sou cher enfant et vous comble de faveurs ; mais, un beau jour, elle vous prend dans ses bras, vous élève jusqu'à elle, vous examine avee attention, et puis vous repousse avec horreur, en s’écriant : « Va-t’en, va-t’en, je me suis trompée, non, lu n’es pas mon fils. >

L'éuiir Aab'l-el-Kadcr, captif au fort Lauialguc

Le» Jiff^renU Ages de In vie.

On demandait à une femme arabe :

— Que pensez-vous d’un jeune homme de vingt ans ?

— C'est, dit-elle, un bouquet de jasmin.

CENSÉES ET MAXIMES

— Et d’un homme de trente ans?

— Celui-là est un fruit mùr,et satoureux.

— Et d’un homme de quarante ans ?

— C’est un père*de fils et de filles.

— Et d'un homme de cinquante ans?

— Il peut passer dans la catégorie des prédicateurs.

— El d’un homme de soixante ans?

— Il n’est plus bon qu'à tousser et à gémir.

l.o sultan-

l.e sultan est un palais dont le visir est la porte. Si tu veux passer par la croisée, tu risques fort de te rompre le cou.

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