I.A VIE ARABE
Ou vous auroz affaire à un homme prudent et bien élevé, et alors il vous laissera parler, vous répondra avec politesse, évitera même de vous blesser, et la plupart du temps se contentera de sourire en essayant de changer la conversation.
Ou vous aurez affaire à un fanatique, et alors, comme d’un côté il ne peut, le Koran à la main, vous faire aucune espèce de concession, et que d’un autre il n'ose pas vous dire ce qu’il pense parce que vous êtes le vainqueur, au lieu de s’évertuer à combattre vos arguments, il se bornera à tourner et retourner devant vous les grains de son chapelet, en priant mentalement Dieu de débarrasser son pays de la présence des impies et des infidèles.
La conversion de ces gens-là étant donc démontrée impossible, ce qu’il y a de mieux à faire avec eux, c’est de ne pas nous occuper de leur religion : agir autrement serait nous attirer de leur part un redoublement de haine sans résultat aucun.
Je reviens au savoir-vivre.
Il y a, comme on a pu le voir, dans l’ensemble des règles qui le constituent en pays arabe une grande ressemblance entre nos pratiques et les leurs ; mais il y a des différences aussi. Chez nous, éviter les défauts que je viens de signaler est le fait d'un homme à qui son éducation, son habitude de voir le inonde a donné du tact et de la tenue ; c’est le privilège de certaines classes. Chez les Arabes, pas un, quelles que soient sa naissance et sa position sociale, qui puisse méconnaître les minutieuses obligations qu’impose la fréquentation du monde; on peut être ignorant, on n'est pas mal élevé.
L’nc autre différence est celle-ci ; nous n’avons pas, nous, de règles invariables. C’est en général de l’usage, de la eon-
LE SAVOIR-VIVRE
vcntion. Autant il est dangereux de s'affranchir de ces bienséances, autant il serait ridicule d'en proclamer sans cesse la nécessité. Les Arabes, au contraire, dogmatisent sur ces minuties avec autant de solennité que sur des points de controverse religieuse. Je me trompe; il n’y a point là de controverse, ce sont des vérités fondamentales. Elles sont acceptées par tous, les veux fermés, parce que c’est encore et surtout de la religion.